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Le tour du monde avec les ONG d’ici
Agriculteurs boliviens Doubler ses revenus avec 1/20 de sa terre
Martine Letarte
1e août 2006,
numéro 15

Martine LetarteLa Bolivie est le pays le plus pauvre des Amériques, après Haïti. Près des deux tiers de sa population vit dans la pauvreté, et un tiers vit dans une extrême pauvreté. Depuis 1998, avec l’appui financier de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), la Société de coopération pour le développement international (SOCODEVI) a mis sur pied un projet de diversification des cultures pour les agriculteurs boliviens. Après l’analyse des diverses options possibles en fonction des particularités du pays, la production d’épices s’est imposée d’elle-même. Grâce à ce projet, des familles
ont pu doubler leur revenu annuel.

BoliviePhoto : Michel Mathieu

Les agriculteurs ne l’ont pas facile en Bolivie. Les cultures traditionnelles du pays sont l’orge, le maïs et les pommes de terre. En plus de devoir composer avec un climat sec et un relief montagneux, les Boliviens ne peuvent mécaniser leur production puisque chacun ne possède qu’un petit lopin de terre. Ils font tout à la main. Avec des coûts de production aussi élevés dans un contexte d’ouverture des marchés, ils ne peuvent concurrencer les grandes entreprises agricoles du monde entier. «Les agriculteurs ont maintenant de la difficulté à vendre leurs produits sur le marché local et leurs conditions de vie se dégradent d’année en année», soutient le responsable du projet de la SOCODEVI en Bolivie, Michel Mathieu.

Lorsque les gens de la SOCODEVI ont décidé de donner un coup de main aux agriculteurs boliviens, il leur apparaissait évident qu’ils devaient diversifier les cultures. Les contraintes étaient toutefois nombreuses.

D’abord, ils devaient trouver une production qui, partout dans le monde, se fait entièrement à la main, pour que les Boliviens demeurent concurrentiels. Ensuite, le produit devait être non périssable et d’une bonne valeur économique par kilo, puisque la Bolivie n’a pas accès à la mer et que le transport routier est lent et cher. «Après avoir regardé tous ces critères, nous avons pensé aux épices, surtout qu’elles sont de meilleure qualité lorsqu’elles sont cultivées en altitude», précise M. Mathieu.

Une idée rentable
Lorsque la SOCODEVI a fait part de son idée aux agriculteurs boliviens, ils n’étaient pas très enthousiastes. «Ils n’y croyaient pas. Ils étaient tellement découragés qu’ils ne voyaient pas la lumière au bout du tunnel. De plus, ils avaient souvent participé à des projets de développement et, après deux ou trois ans, on les laissait tomber même si le travail n’était pas complété», explique M. Mathieu qui, depuis 1998, fait quatre séjours par année en Bolivie.

Le projet a commencé modestement, avec quelques familles boliviennes.
Des coopératives d’agriculteurs ont été créées aux alentours de Sucre, la capitale constitutionnelle de la Bolivie. La SOCODEVI a aussi fondé, à Sucre, une entreprise en charge de la commercialisation des produits. Les épices sont vendues sèches ou en huiles essentielles, principalement au Brésil, en Argentine et en Uruguay.

Les agriculteurs boliviens possèdent généralement une terre d’une superficie de deux hectares (20 000 m2) et, en participant au projet, ils en convertissent environ 1 000 m2 à la production d’épices et de plantes aromatiques, généralement de l’origan. La SOCODEVI leur montre comment préparer leur terre pour la nouvelle culture et leur explique le fonctionnement d’une coopérative. Pour payer leurs plantules, les agriculteurs s’engagent à remettre 10 % de leur première récolte à leur coopérative.

En moyenne, les agriculteurs qui participent au projet ont un revenu annuel de 216 $ US. En accordant seulement 1/20 de leur terre à la culture d’épices, ils réussissent à l’augmenter à 526 $ US. La bonne nouvelle s’est rapidement répandue en Bolivie. Actuellement, environ 900 familles participent au projet et leur nombre augmente chaque jour. Les agriculteurs doivent maintenant s’inscrire sur une liste d’attente et patienter avant de prendre part à l’initiative de la SOCODEVI.

Diversifier les opérations des coopératives
En plus d’augmenter constamment la production d’épices, la SOCODEVI a d’autres projets en tête pour améliorer le sort des agriculteurs boliviens. Car même s’ils doublent leur revenu annuel moyen, ils n’ont pas encore assez d’argent pour répondre à tous leurs besoins de base.

L’an passé, la SOCODEVI a décidé
d’agir pour sauver le bétail lors des sécheresses. «La richesse d’une famille bolivienne dépend du nombre de bovins qu’elle possède. Pendant les longues périodes de sécheresse, il n’y a plus de pâturages et les vaches deviennent très maigres. Les agriculteurs ne peuvent plus les vendre et, éventuellement, ils perdent leur troupeau», affirme M. Mathieu.

Pour éviter ces énormes pertes, les coopératives fondées par la SOCODEVI ont ouvert récemment deux parcs d’engraissement. «Nous achetons des bêtes qui sont littéralement en train de mourir de faim. Nous les soignons, nous leur donnons de la nourriture sèche, nous leur donnons à boire et, une fois qu’elles ont recouvré la santé, nous les vendons. Nous donnons un tiers du profit à l’entreprise de commercialisation, un tiers à la coopérative et un tiers au producteur qui nous a vendu la bête», poursuit M. Mathieu.

Les Boliviens n’en reviennent tout simplement pas. «Encore une fois, ils n’y croyaient pas au début. Pour eux, c’était impossible de nourrir des vaches avec de la nourriture sèche. Ce n’est pas dans leur culture. En plus de leur permettre de récupérer une bonne partie de l’argent qu’ils croyaient avoir perdu, nous leur achetons de l’orge, du maïs et du blé pour fabriquer les petites croquettes. Et ces parcs d’engraissement nous permettent d’utiliser le fumier, denrée rare en Bolivie, pour nos cultures d’épices», indique M. Mathieu.

Même si tous ces résultats sont extrêmement gratifiants pour la SOCODEVI, la plus grande réussite du projet ne se calcule pas en dollars, selon M. Mathieu. «Lorsque nous sommes arrivés en Bolivie, en 1998, les agriculteurs étaient complètement désabusés. Pour eux, plus rien n’était possible. Aujourd’hui, ils ont les yeux pétillants et ils ont soif d’apprendre. Ils ont maintenant confiance en leur capacité de se développer. Ils ont retrouvé l’espoir, et l’espoir, ça change tout!», conclut-il.

La publication de ce reportage a été rendue possible grâce à l’Agence canadienne de développement international (ACDI).
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