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Burkina Faso : Lutter contre la désertification et pour des conditions de vie meilleures
Martine Letarte
1e décembre 2006,
numéro 23

Martine LetarteAu Burkina Faso, peu de terres sont cultivables, les sols sont pauvres, les pluies peu abondantes et concentrées dans une seule saison. Pourtant, l’agriculture et l’élevage occupent près de 90% de la population active. Évidemment, les récoltes sont maigres et environ la moitié de la population vit sous le seuil de la pauvreté dans ce pays qui figure parmi les plus pauvres de la planète. Depuis les années 60, l’organisation non gouvernementale CUSO envoie des coopérants au Burkina Faso avec le soutien financier de l’Agence canadienne de développement international (ACDI). Des dollars bien investis pour aider les Burkinabés à lutter contre la désertification et à améliorer leurs conditions de vie.

Burkina Faso
En périphérie de Ouagadougou (capitale du Burkina Faso),
la désertification fait rage même en dehors de la période de sécheresse.
Photo : Susan Learoyd, CUSO

Monique Morazain, une Rimouskoise de 28 ans, vient tout juste de rentrer d’un séjour d’un an au Burkina Faso. Envoyée par CUSO, la coopérante travaillait pour l’organisme SOS Sahel InternationalBurkina Faso. Le Sahel est une zone de transition entre le désert du Sahara, au nord, et la forêt tropicale verdoyante, au sud, laquelle longe la côte maritime. Dans les pays sahéliens, les récoltes sont aléatoires et seules les plantes qui résistent à la sécheresse réussissent à survivre. «Cette zone est fragile et l’équilibre entre les hommes et leur environnement est précaire. La pauvreté est très grande au Burkina Faso et les gens ont tendance à surexploiter les terres et à couper les arbres. Ainsi, le désert progresse et cet état de fait est très préoccupant puisque les Burkinabés se retrouvent dans une situation de plus grande vulnérabilité. C’est la raison pour laquelle SOS Sahel International a mis en place de nombreux programmes axés sur la gestion des ressources naturelles», explique Mme Morazain.

L’or bleu
Au Burkina Faso, la saison des pluies ne dure que trois mois durant lesquels il ne tombe qu’entre 200 et 500 millimètres d’eau. En plus de ces pluies irrégulières, les grandes chaleurs de tous les jours accélèrent l’évaporation des eaux en surface. Dans de telles conditions, la population locale doit pouvoir accéder à l’eau du sous-sol pour satisfaire ses besoins de consommation et de production. SOS Sahel International-Burkina Faso appuie les communautés dans le forage et l’entretien de puits.

«Nous formons des gens de la population locale afin qu’ils puissent entretenir et réparer les forages, parce que nous avons réalisé qu’auparavant, beaucoup de gens venaient de l’extérieur creuser des puits sans donner les outils à la population pour s’en occuper. Résultat, un seul petit problème suffisait pour qu’une installation ne fonctionne plus», indique Mme Morazain.

Freiner le ruissellement de l’eau
Beaucoup d’efforts sont aussi déployés pour freiner le ruissellement de l’eau qui appauvrit les terres. «Nous utilisons différentes techniques, comme les digues, les diguettes et les cordons pierreux. Nous formons les Burkinabés pour qu’ils arrivent à maîtriser ces techniques et nous leur fournissons les outils nécessaires», indique la coopérante.

La technique du zaï est aussi mise de l’avant. «Nous creusons des trous dans le sol pour y concentrer l’eau et les matières organiques. Dans ces trous, nous déposons des semences. En plus de freiner le ruissellement de l’eau, cette opération permet d’obtenir de belles récoltes», poursuit-elle.

Le reboisement est aussi une avenue encouragée pour freiner le ruissellement de l’eau et pour lutter contre la désertification. «Auparavant, des gens venaient financer le reboisement au Burkina Faso sans se soucier de ce qui arriverait à long terme. Pour que nos efforts donnent des résultats durables, nous encourageons les cultivateurs à reboiser en leur faisant signer un contrat dans lequel nous nous engageons à leur donner une somme d’argent s’ils plantent un arbre et réussissent à le garder en santé pendant deux ans. En plus d’être bon pour leur terre et de leur permettre de gagner un peu d’argent, l’arbre, s’il est fruitier, peut servir à combler les besoins de toute la famille pour les années à venir», explique Mme Morazain.

Ne pas négliger l’humain
Bien que SOS Sahel International-Burkina Faso ait été créé pour lutter contre la désertification, l’organisme ne peut fermer les yeux sur d’autres besoins criants de la population. «Tous ces efforts de gestion des ressources naturelles sont importants puisqu’ils permettent d’augmenter le rendement des terres. De cette façon, les Burkinabés sont plus aptes à vivre de leur terre et cela limite l’exode rural. Mais on ne peut pas se limiter à ces actions sur l’environnement. Nous devons aussi soutenir la population dans d’autres domaines», affirme la jeune femme. Avec une espérance de vie de seulement 47 ans, la santé est un domaine préoccupant au Burkina Faso et SOS Sahel International a décidé d’agir. «Nous construisons des Centres de santé et de promotion sociale (CSPS) dans les milieux ruraux. Comme il y a une pénurie de médecins, il y a dans chaque centre une infirmière en chef, une adjointe et une accoucheuse. Nous faisons beaucoup de sensibilisation sur l’hygiène et sur l’importance d’accoucher dans les CSPS plutôt qu’à la maison. Nous appuyons aussi la création de Centres de récupération et d’éducation nutritionnelle qui prennent en charge les nourrissons qui souffrent de malnutrition», soutient Mme Morazain.

SOS Sahel International octroie aussi du microcrédit aux femmes qui souhaitent mettre en place de petites activités génératrices de revenus. «Certaines femmes produisent des beignets ou des galettes, d’autres vendent des produits agricoles, etc. Les revenus sont modestes, mais ça fait toute la différence lorsque les familles ont besoin de liquidités pour acheter des fournitures scolaires ou qu’il leur faut des soins médicaux», explique-t-elle.

Enfin, le Burkina Faso a l’un des taux d’alphabétisation les plus bas au monde: 19 % pour les hommes et 8 % pour les femmes. Plusieurs projets de SOS Sahel International contiennent un volet d’alphabétisation. «C’est essentiel pour permettre aux dirigeants des organismes avec lesquels nous faisons affaire d’être en mesure de faire le suivi financier de leur entreprise, de comprendre les calculs, etc. C’est aussi très important pour les femmes à qui l’on accorde du microcrédit. L’éducation leur donne une toute nouvelle confiance en elles et beaucoup de dignité. Nous les voyons maintenant participer aux comités de villages et prendre la parole en public», conclut Mme Morazain, qui serait bien restée une année supplémentaire au Burkina Faso pour voir la population parcourir encore plus de chemin.

La publication de ce reportage a été rendue possible grâce à l’Agence canadienne de développement international (ACDI).
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