Le Niger est recouvert à 75 % par le désert du Sahara. L’eau y est rare et le fleuve Niger constitue une grande richesse
pour le pays et sa population. Cette importante source d’eau est aux prises avec une problématique environnementale
causée par la prolifération d’une plante aquatique envahissante appelée la jacinthe d’eau. Cette dernière se multiplie
très rapidement et finit par couvrir la surface de l’eau, étouffant ainsi la vie aquatique. C’est donc une réelle menace pour
ce réseau d’eau si précieux.
Grâce au soutien financier de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), les Œuvres du cardinal Léger appuient l’École instrument de paix (ÉIP), une organisation non gouvernementale (ONG), dans ses démarches pour transformer cette menace en bienfaits pour la population. Ces efforts de protection de l’environnement ont, à bien des égards, des répercussions positives sur la vie des Nigériens.
La jacinthe d’eau est une plante tropicale originaire de l’Amérique du Sud. Ce végétal aquatique flottant et dit envahissant se retrouve maintenant sur les cinq continents et dans plus de 50 pays. Il est considéré comme un fléau puisqu’il forme en surface de véritables tapis opaques, asphyxiant les cours d’eau et empêchant aussi la navigation et la collecte de l’eau pour l’irrigation. Il rend donc la vie difficile à d’autres espèces de plantes et d’animaux aquatiques, dont les poissons qui ne peuvent supporter les hauts taux de nutriments organiques qui finissent par s’accumuler. À la longue, la plante en vient, ni plus ni moins, à tuer les plans d’eau. La jacinthe d’eau représente aussi une autre menace importante pour la santé des Nigériens puisqu’elle constitue un excellent abri pour la ponte des œufs des moustiques, responsables de la transmission de la malaria. L’ÉIP a décidé d’intervenir dans trois villages situés sur les berges du fleuve Niger, soit Wali, Séno et Bébatan, pour transformer cette problématique de la jacinthe d’eau en occasion de développement. En valorisant ses diverses utilités, les villageois ont pour effet de protéger non seulement les plans d’eau, mais aussi les conditions de vie des Nigériens.
Des propriétés à exploiter
Même si elle peut être très nocive, la jacinthe d’eau possède des caractéristiques bienfaisantes qui peuvent se révéler des solutions durables aux problèmes des Nigériens. Tout d’abord, l’ÉIP a commencé par enseigner aux agriculteurs la façon de produire du compost à partir de la plante aquatique. «L’Université de Niamey a fait des études sur l’engrais fabriqué avec la jacinthe d’eau. Les résultats démontrent que ce type d’engrais organique donne un meilleur rendement que les engrais chimiques. D’un point de vue économique, c’est très bon pour les Nigériens, car ils voient leurs rendements augmenter et ils ne doivent plus acheter d’engrais», explique Carmen Dupont, gestionnaire des programmes des Œuvres du cardinal Léger en Afrique.
Les tiges de jacinthes d’eau sont aussi utilisées pour faire de la vannerie. «Les femmes confectionnent des paniers et toutes sortes d’objets d’artisanat qu’elles utilisent dans leur vie quotidienne. Elles peuvent aussi vendre ces objets», poursuit la gestionnaire.
De plus, la jacinthe d’eau est une plante très performante lorsque vient le temps de purifier l’eau. Dans des bassins de décantation creusés sur différents paliers, la plante assimile le phosphore des eaux usées. Cette propriété n’est pas négligeable dans un pays où seulement 43 % des habitants ont accès à de l’eau potable.
Actuellement, l’ÉIP mène aussi des expériences pour arriver à fabriquer des briquettes de matière organique à base de jacinthes d’eau. «Pour cuisiner, les Nigériens prennent toutes sortes de matières combustibles pour faire un feu, principalement le bois. Comme les arbres sont rares au Niger, il est clair qu’il faut empêcher l’augmentation de la désertification. Les briquettes à base de jacinthe d’eau, séchées et compactées, pourraient s’avérer une alternative
prometteuse pour réduire l’utilisation du bois comme combustible pour faire la cuisine», souhaite Mme Dupont qui
se rendra bientôt au Niger pour voir les dernières avancées de ce projet de recherche.
L’environnement et plus encore
Si le point de départ d’intervention de l’ÉIP est la protection des ressources environnementales, l’ONG en fait bien davantage pour la population. Afin d’accroître l’autonomie financière des villageois, l’ÉIP encourage les familles à diversifier leurs revenus. L’organisme donne un coup de main aux femmes qui souhaitent exploiter de petits commerces, souvent avec des produits dérivés de la plante aquatique. «Nous permettons aux femmes d’avoir accès à du microcrédit. Elles apprennent ainsi à gérer un fonds avec lequel elles peuvent se prêter de l’argent entre elles. Ce sont des notions élémentaires de gestion, mais avec un tel système, elles arrivent à faire beaucoup», affirme Mme Dupont.
L’ÉIP fait également de la sensibilisation et de l’éducation auprès de la population à propos des principes de base de
protection de l’environnement. Les villageois apprennent l’importance de conserver les arbres pour empêcher la désertification. Des formations sur la plantation d’arbres sont aussi organisées pour les familles et les écoles.
Les différents ateliers de l’ÉIP permettent ainsi aux Nigériens de développer de nouvelles connaissances et compétences. «Lorsque nous comparons les villages appuyés par l’ÉIP à d’autres qui ne le sont pas, nous observons rapidement une différence au plan organisationnel. Les villages appuyés sont mieux structurés, il y a une meilleure solidarité entre les hommes, les femmes et les jeunes, et leurs actions sont plus efficaces», constate Mme Dupont.
Enfin, au Niger, 85 % de la population est analphabète. Ainsi, dans toute initiative, l’ÉIP fait de l’alphabétisation fonctionnelle. Par exemple, les villageoises doivent savoir lire les chiffres et calculer pour gérer un fonds de microcrédit.
Ces différents types d’apprentissage apportent de grands changements dans la vie des Nigériens. «Au Mali, une femme m’a déjà raconté qu’elle se faisait toujours voler lorsqu’elle allait vendre son riz au marché parce qu’elle ne reconnaissait pas les chiffres sur la balance. Cette situation se produit aussi au Niger. Depuis qu’elle a suivi quelques ateliers d’alphabétisation, cette commerçante peut reconnaître les chiffres, savoir combien de kilos elle vend et le montant qui lui revient. Elle contrôle donc mieux son profit. C’est quelque chose de grand pour ces personnes qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école. Elles gagnent beaucoup de confiance en elles, ce qui est un gage de durabilité dans le développement. On peut ainsi parler d’éveil de la population», conclut Mme Dupont.
| La publication de ce reportage a été rendue possible grâce à l’Agence canadienne de développement international (ACDI). |
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