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Le tour du monde avec les ONG d’ici
Cameroun : Cibler les camionneurs pour lutter contre le sida
Martine Letarte
15 novembre 2006,
numéro 22

Martine LetarteAu Cameroun, comme dans beaucoup de pays d’Afrique, la propagation du VIH/sida est préoccupante. En effet, 5,5 % de la population camerounaise est infectée. Chez les camionneurs du pays, le taux grimpe à 16,2 %. CARE Canada, organisation non gouvernementale bénéficiant du soutien financier de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), a donc décidé d’intervenir auprès de ce groupe précis de la population. Pour que ses efforts soient vraiment efficaces, CARE Canada doit toutefois étendre ses activités à toute la population qui est fréquemment en contact avec les camionneurs.

Au Cameroun, le risque que les camionneurs transmettent le VIH/sida est très élevé. «Ils traversent constamment le pays, donc ils sont souvent partis de chez eux. Plusieurs ont même quelques familles secondaires là où il y a des points d’arrêt pour recevoir et livrer de la marchandise», explique la gestionnaire de programmes pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale chez CARE Canada, Eve Dufresne.

Pour lutter contre la propagation du VIH/sida, CARE Canada travaille avec les populations installées près de ces points d’arrêt, où il y a généralement beaucoup de prostitution. «Les camionneurs font beaucoup plus d’argent que la moyenne des Africains, alors il y a de bonnes affaires à faire avec eux. En plus, ils doivent souvent attendre dans les points d’arrêt pendant plusieurs jours, alors plusieurs ont des relations sexuelles avec des filles du coin», affirme Mme Dufresne.

Toutefois, la prostitution n’est pas toujours facilement identifiable au Cameroun. «Une fille peut vendre des légumes le jour et, le soir, avoir des relations sexuelles avec un copain camionneur plus âgé qui paye son loyer. Est-ce que cette fille est une prostituée? Ce n’est pas toujours clair. Ainsi, pour rejoindre ces filles, nous devons travailler avec toutes les populations situées près des points d’arrêt pour lutter contre la propagation du virus», poursuit Mme Dufresne.

Sensibilisation et formation
Care intervient de différentes façons auprès des populations. Évidemment, le volet sensibilisation et formation est important. «Pour arriver à bien rejoindre les Camerounais installés près des points d’arrêt des camionneurs, nous travaillons avec des organisations locales bien ancrées dans le milieu. Nous faisons aussi de l’éducation par les pairs. Par exemple, pour ce qui est des camionneurs, nous travaillons beaucoup avec leurs syndicats. Le message passe beaucoup plus facilement lorsqu’il vient de l’un de leurs compatriotes. C’est la même chose pour les travailleuses du sexe. Elles sont beaucoup plus réceptives aux paroles d’une femme de leur communauté qu’à celles d’une Occidentale qui ne comprend pas leur réalité», affirme Mme Dufresne.

Le personnel des cliniques médicales doit aussi être formé pour être en mesure de bien diagnostiquer et de traiter ces infections. «Entre autres, nous montrons au personnel médical comment reconnaître les différentes infections sexuellement transmissibles (IST) par les symptômes plutôt que par les tests sanguins qui coûtent très cher», précise-t-elle.

L’heure du traitement
Pour rejoindre les gens susceptibles d’avoir contracté le VIH/sida, CARE encourage les gens à faire traiter leurs IST. «Les gens qui ont contracté l’une de ces infections sont très à risque d’avoir contracté le VIH/sida puisqu’ils ont assurément des relations sexuelles non protégées. Une fois que ces personnes sont rendues dans un centre de santé, le personnel les encourage à faire un test de dépistage», explique Mme Dufresne.

Évidemment, les interventions de CARE augmentent la pression sur les centres de santé, et des précautions ont dû être prises pour que ceux-ci soient en mesure de l’assumer. «Nous devions nous assurer que les centres de santé situés sur l’axe routier emprunté par les camionneurs avaient tout ce qu’il fallait pour traiter ces personnes. Premièrement, nous avons acheté des stocks de médicaments pour traiter les différentes infections et des tests de dépistage que nous avons remis aux différents
établissements », poursuit-elle.

CARE doit aussi s’assurer que les centres de santé peuvent gérer adéquatement la situation lorsqu’un patient reçoit un résultat positif de test de VIH/sida. «Toute une prise en charge psychosociale du patient doit avoir lieu, et puisque les camionneurs sont constamment en déplacement, c’est tout un réseau qui a dû être mis en place», raconte Mme Dufresne.

Étendre le programme pour accroître l’impact
Ce projet de CARE Canada au Cameroun est récent. Il a été mis en branle au début de l’année 2005 et se poursuivra jusqu’en 2010. CARE entrevoit déjà tout le potentiel du projet et souhaiterait éventuellement l’étendre à toute l’Afrique centrale. «Les camionneurs traversent plusieurs pays dans le cadre de leur travail et nous perdons leur trace. C’est très difficile aussi pour eux de recevoir des traitements puisque les centres de santé des différents pays de la région ne sont pas organisés en réseau», explique Mme Dufresne.

Ainsi, Care souhaiterait étendre son programme au Nigeria, au Tchad et à la République centrafricaine. «Maintenant, nous nous concentrons sur le Cameroun, mais lorsque nous commencerons à obtenir des résultats intéressants, nous aimerions bien agir aussi dans les pays voisins», poursuit-elle.

Ce qui est encourageant pour l’équipe, c’est qu’après seulement un peu plus d’un an de travail, des résultats se font sentir. «Déjà, les infirmières remarquent que beaucoup plus de camionneurs vont consulter pour des IST. De plus, elles se sentent davantage en confiance lorsque vient le temps de poser un diagnostic et de traiter une infection depuis qu’elles ont reçu de la formation», conclut Mme Dufresne.

La publication de ce reportage a été rendue possible grâce à l’Agence canadienne de développement international (ACDI).
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