La Bolivie est le pays le plus pauvre et le moins développé de l’Amérique du Sud. Dans les campagnes, les communautés autochtones isolées n’ont souvent aucun service à leur disposition, pas même l’électricité. Depuis 1999, Les œuvres du cardinal Léger, avec le soutien de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), appuient l’Association de producteurs de lait de la province des Andes, APLEPLAN, qui travaille d’arrache-pied pour améliorer la qualité de vie des paysans et augmenter la productivité agricole.
Une Bolivienne en train de traire une vache
Photo : Maria de Eguia Huerta |
Avant l’implantation du programme de l’APLEPLAN, la production laitière était très artisanale dans les Andes, comme partout en Bolivie. Les producteurs travaillaient individuellement, au meilleur de leur connaissance. Une partie de la production était souvent contaminée en raison du fait que les paysans avaient difficilement accès à des moyens de production performants.
De plus, les producteurs se retrouvaient floués puisqu’une compagnie venait ramasser leur lait en passant de maison en maison avec un camion-citerne. L’entreprise achetait le lait aux producteurs à petit prix pour ensuite le revendre à gros prix à l’usine. Les producteurs ont vite compris qu’ils devaient s’organiser en réseau et faire affaire directement avec l’usine s’ils voulaient faire plus de profits. En décidant d’agir en Bolivie, Les œuvres du cardinal Léger ont décidé de laisser les communautés autochtones prendre en main leur propre développement. «Les groupes paysans sont très bien organisés. Ils savent quoi faire pour améliorer leur sort, mais ils n’en ont pas les moyens. C’est là qu’ils viennent solliciter notre appui», affirme le gestionnaire des programmes de l’organisme en Amérique Latine, Jaime del Carpio.
Commencer par le commencement
Les initiatives de développement varient d’un village à un autre. Avant de faire quoi que ce soit pour améliorer le rendement des producteurs, APLEPLAN doit souvent commencer par leur donner accès à de l’eau potable. «Beaucoup de Boliviens s’approvisionnent en eau comme ils le peuvent, dans les rivières généralement. COCAWI, l’organisme avec lequel APLEPLAN fait affaire pour l’aspect technique de ses programmes, installe des tours éoliennes qui pompent l’eau sous terre pour donner de l’eau potable aux paysans», précise M. del Carpio. Il faut aussi relier des villages très isolés
situés sur les hauts plateaux au réseau d’électricité. On peut ensuite y installer des réservoirs pour refroidir le lait, par exemple. Regroupant la production de 15 familles en moyenne, ces réservoirs engendrent beaucoup de changements dans la pratique des producteurs. «Premièrement, ils doivent apprendre à respecter les normes d’hygiène, puisque si le lait d’un producteur n’est pas propre, il contamine la production de tous les
autres une fois dans le réservoir», explique M. del Carpio. Le fait de travailler en communauté a également l’avantage de permettre aux producteurs de faire plus de profits. «En se regroupant, ils peuvent faire affaire directement avec l’usine qui vient chercher le lait dans les réservoirs. Ils éliminent ainsi un intermédiaire», ajoute-t-il.
Toujours pour améliorer la production laitière, APLEPLAN donne de la formation aux paysans pour qu’ils soient en mesure d’améliorer la qualité de l’alimentation du bétail, de reconnaître les maladies susceptibles de contaminer leur troupeau et d’utiliser plus judicieusement les ressources naturelles.
Importance du rôle des femmes
Le programme de développement comprend également un volet axé sur l’équité entre les hommes et les femmes. Traditionnellement, les Boliviennes sont très impliquées dans la production agricole communautaire, mais leur travail a toujours été sous-estimé. APLEPLAN a décidé de changer la donne. «L’organisme a créé des programmes de formation pour encourager les femmes à faire partie des conseils de direction des entreprises ou des comités qu’ils forment. Ça a porté fruit puisque de plus en plus de femmes gèrent maintenant les réservoirs de refroidissement du lait», indique le représentant des Œuvres du cardinal Léger.
De plus, avec l’appui de l’APLEPLAN, les femmes implantent et gèrent plusieurs magasins communautaires et entreprises de produits dérivés du lait comme la crème glacée, le fromage et le yogourt. «Avant, il n’y avait pas d’entreprises de produits dérivés puisque la production du lait était moins efficace, donc moins abondante, et les surplus n’étaient pas suffisants pour permettre une telle industrie», poursuit l’homme impliqué dans le travail humanitaire depuis 25 ans.
Capitaliser sur de bonnes pratiques
On compte maintenant près de 6 000 bénéficiaires directs du programme d’APLEPLAN. La qualité de la production du lait a augmenté de façon exponentielle, tout comme les profits. «C’est difficile de donner des chiffres puisque ce n’est pas dans la mentalité des gens là-bas. Beaucoup d’argent est directement réinvesti dans la communauté. Tout de même, chaque famille arrive à se payer plus de vêtements, de fournitures scolaires, de nourriture, etc. Leur qualité de vie a beaucoup augmenté», témoigne M. del Carpio, en mentionnant que les gens des régions voisines de la province des Andes aimeraient bénéficier de ce même programme. «Ils apprécieraient bien qu’on fasse la même chose chez eux, mais on ne peut pas tout faire.»
Ces investissements dans les communautés assurent également la survie des villages. «Auparavant, lorsque les enfants des régions éloignées terminaient leur primaire, leur famille avait tendance à déménager pour que les enfants puissent poursuivre leurs études et s’assurer un avenir. Maintenant, avec tout ce développement, les familles ne pensent plus à quitter, car elles voient du potentiel dans leur village», conclut M. del Carpio qui, chaque année, passe un mois en Bolivie pour constater les progrès réalisés.
| La publication de ce reportage a été rendue possible grâce à l’Agence canadienne de développement international (ACDI). |
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