Au Cambodge, l’un des pays les plus pauvres du monde, le recours qu’ont certains Cambodgiens à des services sexuels contribue fortement à la propagation du VIH/sida. La prostitution y est une pratique très courante.
Les consommateurs de services sexuels, s’ils ne se protègent pas adéquatement, courent de grands risques d’être infectés et de transmettre le virus à d’autres, y compris à leurs proches (femmes et enfants). Pour freiner la propagation de cette infection, les oeuvres du Cardinal Léger, en collaboration avec une organisation partenaire cambodgienne nommée Rachana et l’Agence canadienne de développement international (ACDI), travaillent à sensibiliser les habitants des villages cambodgiens où le risque lié à certaines pratiques sexuelles est élevé. De plus, les organisations partenaires tentent d’augmenter les revenus des familles en les aidant à acquérir de nouveaux savoir-faire. En conséquence, cette initiative contribue à freiner l’exode rural, qui est grandement responsable de l’augmentation de la prostitution dans cette région du globe.
Un groupe de villageois cambodgiens suivant une formation en éducation sexuelle sur le port du condom. Vu les sourires, l’animatrice a su capter l’attention de son auditoire! Photo : Lynda Sauvé |
Au Cambodge, le salaire annuel moyen est de 260 dollars américains, et 36 % de la population vit avec moins de 1 $ par jour. Devant cette situation de pauvreté extrême, plusieurs femmes voient dans la prostitution un moyen rapide de subvenir aux besoins de leur famille. Phnom Penh, la capitale du Cambodge, rivalise avec Bangkok pour être la plaque tournante mondiale de la prostitution et de la pédophilie. Près de 3 % des Cambodgiens de 15 à 49 ans et 30 % des travailleuses du sexe sont infectés par le VIH/sida.
Lorsque l’organisation des oeuvres du Cardinal Léger a commencé à travailler au Cambodge, en 2003, son intention était d’intervenir en faisant la prévention du VIH/sida. «C’était bien évident que nous ne pouvions pas mettre fin à la prostitution, soutient Lynda Sauvé, gestionnaire des programmes des Œuvres en Asie. Nous avions déjà mis sur pied plusieurs programmes du type “on fait faire de la broderie aux femmes plutôt que de la prostitution”, mais cela ne fonctionne pas. Elles
décrochent rapidement puisqu’elles gagnent à peine quelques dollars par semaine avec l’artisanat alors qu’elles peuvent faire beaucoup plus en se prostituant. Nous avons donc décidé de travailler sur la prévention et la sensibilisation.»
Des trucs simples, mais efficaces
C’est en partenariat avec Rachana que les oeuvres du Cardinal Léger agissent dans cette région de l’Asie du Sud-Est. Rachana intervient sur plusieurs plans pour améliorer les conditions de vie des Cambodgiens de la province de Takeao, située à deux heures de route de Phnom Penh. Rachana enseigne notamment aux familles d’agriculteurs de nouvelles méthodes pour améliorer la productivité de la culture du riz et de l’élevage. Une productivité accrue procure aux familles de meilleurs revenus et encourage davantage les membres de la famille à se consacrer aux travaux agricoles, contribuant du même coup à dissuader les jeunes femmes de quitter leur région pour aller travailler dans les manufactures ou se prostituer dans la capitale.
«L’une des plus grandes réussites de Rachana concerne l’élevage avicole. Au Cambodge, les familles pratiquent l’agriculture de subsistance. Les volailles sont en liberté et, par conséquent, en contact avec les autres animaux et les humains. Elles mangent ce qu’elles trouvent dans la maison et dans la cour. Rachana a fait beaucoup de sensibilisation à cet égard. Maintenant, beaucoup d’agriculteurs préparent de la nourriture avec du riz et des plantes et, dès que des cas de maladies surgissent chez les poussins ou les volailles, ils sont mis en quarantaine dans une cage. Ces petits changements ont fait toute la différence pour les agriculteurs qui perdent maintenant beaucoup moins d’animaux. Rachana organise également des activités de formation auprès des paysans sur les techniques d’irrigation des rizières, qui requièrent beaucoup d’eau. On recueille dorénavant l’eau de pluie dans des bassins et en temps de sécheresse, on les utilise pour irriguer les cultures.»
Changer les mentalités
Si ces nouvelles astuces augmentent considérablement les revenus des familles, elles n’empêchent pas pour autant certains hommes de fréquenter les prostituées. Pour Rachana, c’est là que son travail de sensibilisation prend toute son importance. Heureusement, les communautés sont ouvertes à recevoir de l’information et à participer aux différentes activités de sensibilisation. «Par exemple, pour réussir à freiner la propagation du VIH, les intervenants expliquent l’importance de porter
un condom et font même des démonstrations sur son utilisation», affirme Mme Sauvé.
Le défi que doit relever Rachana et les oeuvres du Cardinal Léger est de changer les mentalités. «Au Cambodge, les femmes n’ont pas leur mot à dire sur les agissements de leur mari. Et les hommes sont difficiles à rejoindre par la sensibilisation. Tranquillement, nous essayons de faire comprendre aux hommes que s’ils n’utilisent pas de préservatifs lorsqu’ils ont des relations avec des personnes infectées ou susceptibles de l’être, ils sont eux-mêmes à risque d’être infectés et d’infecter ensuite leur femme et leurs enfants», conclut Mme Sauvé, consciente que ce travail sera de longue haleine.
| La publication de ce reportage a été rendue possible grâce à l’Agence canadienne de développement international (ACDI). |
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