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République démocratique du Congo Construire la démocratie

Martine Letarte, collaboratrice - 1er août 2007

Martine LetarteL’an dernier, des élections législatives et présidentielles démocratiques, libres et transparentes avaient lieu en République démocratique du Congo (RDC). Les premières depuis l’indépendance du pays, en 1960. Plusieurs années ont été nécessaires à la préparation de l’événement, car il n’était pas seulement question de logistique, mais aussi, d’éducation populaire. L’organisation non gouvernementale (ONG) Développement et Paix a participé à cet important défi, grâce au soutien financier de l’Agence canadienne de développement international (ACDI).


Une Congolaise vote pour la première fois de sa vie lors du premier tour des élections présidentielles, en juillet 2006. Photo prise à Likasi dans la province du Katanga en République Démocratique du Congo.
Photo : Sylvie Bélanger

Dans certains pays, l’intervention n’est pas toujours évidente pour les ONG. Avec ses décennies de dictature sous le régime de Mobutu, les années de guerre qui l’ont suivi et qui ont fait plus de quatre millions de victimes, la RDC est un de ceux-là.

«C’est certain qu’en 2001, ce pays représentait un haut taux de difficulté. Notre conseiller canadien a dû être rapatrié quelques fois pendant la guerre, même si, avec sa famille, il était basé dans la capitale, un endroit moins dangereux que d’autres régions plus reculées. Toutefois, après la guerre, avec le gouvernement de transition, ça allait somme toute assez bien», assure d’emblée Danielle Gobeil, directrice adjointe au service des programmes internationaux de Développement et Paix.

Des élections historiques
À la suite d’un accord de paix en 2002, et après la mise en place d’un gouvernement de transition, les élections se préparaient en RDC. Elles ont finalement eu lieu en 2006. «Il faut comprendre que c’était vraiment un moment historique pour la population. C’étaient les premières élections libres et démocratiques depuis l’indépendance du pays. Il y avait beaucoup d’éducation civique à faire», explique Mme Gobeil.
La population devait être sensibilisée, et pour atteindre tous ces gens, même dans les endroits les plus isolés, Développement et Paix a agi avec la structure efficace de l’Église catholique. «C’est la seule organisation qui a vraiment des représentants partout au pays. Nous avons préparé du matériel d’éducation civique et formé des animateurs qui devaient par la suite travailler avec la population», précise-t-elle.

Le matériel préparé par Développement et Paix a servi à former plus de 60 000 animateurs dans les 47 diocèses du pays. Que signifie aller voter? Comment ne pas se laisser corrompre par un candidat? Comment organiser une rencontre avec un candidat? Voilà quelques exemples de questions qui ont été abordées lors de la formation. Enfin, plus de 30 000 observateurs électoraux ont été formés pour s’assurer que les élections seraient bel et bien libres.

La radio du peuple
Développement et Paix a également travaillé à mettre sur pied un réseau de radios communautaires. «Les radios, qui diffusent leurs émissions dans les langues locales, sont très importantes dans des populations comptant un haut taux d’analphabétisme. C’est un outil très puissant pour la démocratie», affirme Mme Gobeil.

Contrôlées par des organisations formées de différents groupes de la société, les stations de radio reflètent vraiment les préoccupations du peuple. Elles donnent la parole aux gens, diffusent des bulletins d’information, mais aussi du divertissement et de la musique. De plus, dans un contexte préélectoral, les radios ont évidemment joué un rôle important d’éducation citoyenne. Elles ont invité les candidats pour que les journalistes et le public leur posent
des questions.

«Dans la population, des clubs d’écoute ont même été mis sur pied pour porter une attention particulière aux propos des candidats. Des discussions et des débats suivaient les émissions», explique Danielle Gobeil.

Pour une continuation
La population congolaise a très bien réagi aux diverses initiatives de Développement et Paix en matière d’éducation civique. «Il faut dire que ce projet a été lancé dans une période de grande intensité. Les élections représentaient l’espoir pour le peuple, après la guerre et la misère. L’élection d’un dirigeant légitime était le premier pas vers une paix durable dans le pays», soutient Mme Gobeil.

Cette grande motivation de la population, Développement et Paix la mesurait chaque jour. «Je me rappelle qu’une chargée de programme que nous avions là-bas me racontait que lorsqu’elle allait dans des villages éloignés, en pirogue, des centaines de personnes des villages de la région se réunissaient sur les rives pour l’accueillir»,
ajoute-t-elle.

D’un point de vue logistique, les défis étaient considérables et, encore une fois, la population a fait preuve d’une grande mobilisation pour faire de ces élections un succès. «Dans ce pays immense, arriver seulement à faire des cartes de citoyen était un véritable casse-tête, puisque la plupart des gens n’ont même pas de carte d’identité. De plus, les gens qui ont participé à la mission d’observation ont été très impressionnés par le sérieux de l’organisation malgré le peu de moyens. Dans des locaux où il n’y avait pas d’électricité, les gens comptaient à la main les bulletins de vote, à la lumière d’une lanterne. C’était vraiment quelque chose à voir», affirme Mme Gobeil.

Ce grand enthousiasme de la population s’est finalement traduit par un important taux de participation lors de la journée d’élection. Malgré les appels au boycottage de certains acteurs politiques et les tentatives d’empêcher les élections, 70 % des électeurs se sont prévalus de leur droit de vote au premier tour et 65 % lors du deuxième.

Dernièrement, le projet de Développement et Paix a pris fin, mais l’ONG souhaite aller de l’avant avec une deuxième phase, qu’elle considère nécessaire. «La situation du pays est encore très fragile, soutient Mme Gobeil. Une fois qu’on réussit à tenir une première élection libre et démocratique, le travail ne s’arrête pas là! Il y a de nouveaux leaders qui sont élus et il faut maintenant s’assurer qu’ils entretiennent un bon dialogue avec la population locale et qu’ils rendent des comptes.

Cet article est produit en collaboration avec le gouvernement du Canada par l’entremise de l’Agence canadienne de développement international (ACDI).
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