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Région des Grands Lacs africains : Désamorcer le cycle de la violence
Martine Letarte, collaboratrice - 1er avril 2007 |
La région des Grands Lacs, en Afrique, a été le théâtre des pires cruautés dont l’Homme est capable : le génocide rwandais a fait environ 800 000 morts. Pour briser le cycle de la violence et éviter qu’un pareil massacre se reproduise, les gouvernements ont un rôle à jouer, mais la société civile a aussi sa part de responsabilité. Cette dernière doit tout mettre en œuvre pour désamorcer les situations explosives et régler les conflits avant qu’ils ne se terminent dans un bain de sang. Différents organismes locaux prennent toutes sortes d’initiatives pour y arriver, et le Centre d’études et de coopération internationale (CECI) les appuie grâce au soutien financier de l’Agence canadienne de développement international (ACDI).

Photo d’un camp de régugiés prise au Rwanda en 2002
Photo: CECI |
Le CECI est présent dans la région des Grands Lacs depuis longtemps, mais depuis 2002, il dirige le projet Action citoyenne pour la paix (ACIPA) au Rwanda, au Burundi et en République démocratique du Congo. «La force de notre projet réside dans le fait qu’il est régional, puisque dans cette zone hypersensible, nous ne pouvons pas nous concentrer sur un pays et ignorer les autres. Par exemple, lors du génocide qui a frappé leur pays, des milliers de réfugiés rwandais se sont retrouvés dans les pays voisins, comme le Congo, où intervient la même dynamique ethnique. Ainsi, on s’aperçoit qu’un conflit percole facilement d’un pays à un autre», explique Hélène Lagacé, chargée de projet par intérim de l’ACIPA au CECI.
Le CECI a donc décidé de concentrer ses efforts à renforcer la société civile de la région des Grands Lacs pour soutenir le processus de développement de la paix. «La société civile a un rôle à jouer dans le maintien de la paix, puisqu’il ne faut pas oublier que la population est souvent facilement manipulable lors de conflits. Nous n’avons qu’à regarder ce qui s’est passé au Rwanda… Dans un tel contexte, nous devons nous questionner sur ce qui fait que la population peut facilement se faire entraîner dans quelque chose comme ça. Nous en sommes arrivés à la conclusion que moins une population est informée, plus elle est susceptible d’être manipulée», affirme Mme Lagacé.
Un travail en partenariat
Pour que ses efforts génèrent le plus de résultats possible, le CECI a décidé de travailler avec des partenaires locaux bien ancrés dans la population. «Nous ciblons les organismes les plus appropriés pour travailler sur certains thèmes, et nous les soutenons dans leurs projets. Pour leur fournir les outils les plus appropriés, nous commençons par établir ensemble un plan de renforcement. Nous voulons vraiment arriver à trouver ce qui leur manque pour que leurs efforts soient beaucoup plus efficaces. Il peut s’agir de formation, d’un fonctionnement plus démocratique, d’outils pédagogiques ou, tout simplement, d’un coup de main pour augmenter leur capacité d’aller chercher du financement. L’important est que notre partenaire puisse se renforcer et grandir», indique Mme Lagacé.
Les projets soutenus par l’ACIPA sont très variés et visent toujours à favoriser la concertation et la création d’alliances entre différents acteurs de la société civile du Rwanda, du Burundi et de la République démocratique du Congo. «Nous travaillons pour que les gens de pays voisins puissent se rencontrer, échanger, apprendre à se connaître et ainsi, réaliser que la population d’un pays n’est pas nécessairement le porte-voix du gouvernement», soutient Mme Lagacé.
Déjà beaucoup de chemin parcouru
Les projets menés auprès de la population de ces trois pays des Grands Lacs évoluent constamment pour mieux tenir compte des besoins de la population. «Un jour, dans le Congo profond, l’animateur pour la paix m’expliquait que lorsqu’il y a de grands déplacements de réfugiés en raison de la guerre, la population des villages se retrouve gonflée, alors qu’ils étaient déjà en situation précaire. Les réfugiés reçoivent des couvertures et des gamelles grâce aux organismes d’aide humanitaire, mais les villageois, qui sont très pauvres, n’en reçoivent pas. Le tout peut être une source de conflit. C’est pour cette raison que l’animateur organisait des séances où les villageois pouvaient s’exprimer et faire part de leurs revendications. Le groupe ventilait le conflit potentiel et travaillait pour trouver une manière de le résoudre sans qu’il y ait de violence», explique Mme Lagacé.
Dans des régions hypersensibles comme celle des Grands Lacs, ces efforts pour la paix peuvent faire toute la différence. «Dans ces pays, tout peut servir d’élément déclencheur de nouvelles violences. Le fait que ces populations soient maintenant en mesure de discuter pour tenter de trouver des solutions pacifiques constitue vraiment un grand pas en avant», affirme la chargée de projet.
Ces avancées, Mme Lagacé n’est pas la seule à les avoir remarquées. «Il n’y a pas très longtemps, j’ai discuté avec un nouvel agent de l’ACDI pour les Grands Lacs et il n’en revenait pas! Il a rencontré les organismes partenaires de l’ACIPA et il les a trouvé très matures, très forts et bien outillés pour faire face à différents problèmes. Autrefois, ces organismes ne se parlaient pas beaucoup et maintenant, ils coopèrent. Nous pouvons dire que notre travail a contribué à cette belle réussite», poursuit-elle.
Ce n’est pas terminé
Le projet ACIPA se poursuit jusqu’en juin 2007, mais le CECI ne se retirera pas de la région pour autant. «En ce moment, nous souhaitons développer dans la région un projet de sept ou huit ans pour soutenir des organismes de lutte contre la violence faite aux femmes. C’est un problème de plus en plus aigu dans ces pays. Les viols et les atrocités commises sont terribles. C’est comme si la femme était devenue un territoire occupé, et nous nous devons de faire quelque chose», soutient Mme Lagacé.
Mais tout reste encore à bâtir. «La promotion des droits des femmes est une idée sur laquelle nous voudrions travailler dans les Grands Lacs au cours des prochaines années, mais le projet reste toujours à développer et, pour l’instant, nous avons encore beaucoup à faire pour soutenir le développement de la paix dans la société civile», conclut Mme Lagacé.
La publication de ce reportage a été rendue possible grâce à l’Agence
canadienne de développement international
(ACDI). |
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