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Plus de 10 ans après le génocide au Rwanda Éduquer les enfants de la rue
Martine Letarte, collaboratrice - 15 février 2007 |
Même si plus de 10 ans sont passés, les plaies laissées par le génocide sont toujours bien présentes au Rwanda. Plusieurs enfants se retrouvent à la rue puisque leur famille a été décimée. L’organisation non gouvernementale (ONG) québécoise d’aide médicale internationale à l’enfance, L’AMIE, a décidé de favoriser l’accueil et l’éducation de ces enfants, avec le soutien de l’Agence canadienne pour le développement international (ACDI). Pour y arriver, L’AMIE travaille avec un organisme local depuis trois ans, et l’opération semble réussir à merveille.

Des enfants du Rwanda
Photo : Justin Lapointe pour L’AMIE |
D’abord, il faut comprendre que les jeunes Rwandais ne vivent évidemment pas dans la rue par choix. «Souvent, leur famille a éclaté ou a été grandement appauvrie par le génocide. Ils ont été abandonnés et, maintenant, ils se retrouvent à vivre dans la rue», explique d’emblée la coordonnatrice des programmes de L’AMIE, Françoise Crélerot.
L’AMIE intervient sur le terrain par l’intermédiaire de l’Oeuvre humanitaire pour la protection et le développement de l’enfance en difficulté (OPDE) Rwanda, son partenaire local. L’ONG tente de réhabiliter les enfants de la rue de la ville de Butare et de ses environs au sud-ouest du pays. «Les intervenants visitent continuellement les jeunes sans logis. Lorsque l’un d’eux se sent prêt à quitter la rue pour vivre une vie plus normale, car il ne faut pas oublier qu’il aura des contraintes qu’il n’a pas dans la rue, il peut suivre l’intervenant. S’il y a une chose qui pousse les jeunes à en sortir, c’est la chance qu’ils auront d’aller à l’école. C’est très important pour eux», soutient Mme Crélerot.
Filles et garçons : deux réalités
Si on compte plusieurs garçons de la rue au Rwanda, les filles y sont quasi inexistantes. «Tout d’abord, une fille ne survivrait pas dans la rue. Elle risquerait d’être battue et violée. Généralement, les filles se trouvent une place où habiter. Souvent, elles deviennent domestiques ou se font offrir un toit en échange de services rendus. Même si elles ne sont pas dans la rue, plusieurs vivent dans une grande pauvreté et n’ont pas accès à l’école. Ainsi, pour être équitable, l’OPDE
accueille également des jeunes filles qui sont confiées à des familles d’accueil visitées régulièrement par l’assistance sociale, et elles sont envoyées à l’école», indique la coordonnatrice des programmes.
Pour leur part, une fois sortis de la rue, les garçons sont hébergés dans un centre d’accueil. «La vie de groupe se passe généralement bien puisqu’ils sont déjà habitués à ça dans la rue. Par contre, ils ont tout un encadrement qui est nouveau pour eux. Et comme ces jeunes ont vécu beaucoup d’épreuves, souvent autant physiques que psychologiques, ils ont besoin d’être suivis de près pour atteindre leurs objectifs pédagogiques», poursuit Mme Crélerot.
Une formation secondaire ou professionnelle
L’école primaire est gratuite au Rwanda, mais l’école secondaire est très dispendieuse puisque les jeunes doivent étudier en internat. «Ça occasionne beaucoup de dépenses pour les parents puisque, à leur départ, les jeunes doivent avoir tout le nécessaire pour l’année scolaire. C’est très cher pour eux», soutient Mme Crélerot.
Toutefois, ce ne sont pas tous les jeunes aidés par l’OPDE qui fréquentent l’école secondaire. «Certains n’entrent pas dans le cadre du système scolaire régulier parce qu’ils sont trop âgés ou trop en retard. Nous permettons à ces jeunes de faire une formation professionnelle. Ils ont le choix entre les programmes de mécanique, de menuiserie et de coiffure, un secteur où la main-d’œuvre est très recherchée au Rwanda puisque les femmes se font faire beaucoup de tresses et les hommes gardent toujours les cheveux très courts. La formation est donnée au centre et les jeunes ont aussi des cours de base de français
et de mathématiques», affirme Mme Crélerot. En ce moment, une cinquantaine de jeunes reçoivent une formation secondaire régulière alors qu’une quarantaine d’autres suivent une formation professionnelle.
Tous les jeunes aidés par l’OPDE sont également sensibilisés aux modes de transmission du VIH/sida et aux méthodes de prévention. «Nous ne pouvons pas passer à côté de ça, étant donné que le Rwanda a un haut taux de prévalence», ajoute-t-elle.
Un véritable succès auprès des jeunes
Ainsi, grâce au soutien de l’ACDI et de L’AMIE, l’OPDE tente d’offrir une vie des plus normales aux jeunes qu’elle a sortis de la rue. «Les jeunes se concentrent vraiment sur leurs études. Pendant leurs vacances, ils donnent un coup de main sur la terre que le gouvernement a donnée à l’OPDE pour faire de la culture maraîchère. Ils font aussi du sport, des activités, etc. Une vie des plus normales quoi! Et ça fonctionne puisque ça fait plus de trois ans que nous travaillons avec l’OPDE et que jamais nous n’avons vu un jeune retourner à la rue», affirme la coordonnatrice des projets de L’AMIE.
Mme Crélerot explique le succès de ce type d’intervention par la grande résistance dont font preuve ces enfants éprouvés par la vie et, surtout, par le désir qu’ils ont d’avoir une vie meilleure. «Ces enfants font preuve d’un courage et d’une capacité d’adaptation exceptionnels. Dès qu’on leur offre un lit et trois repas par jour, ils se demandent ce qu’on pourrait leur donner de plus! C’est amplement suffisant pour qu’ils s’accrochent», explique-t-elle.
Enfin, dans les années à venir, si le projet d’éducation des jeunes de la rue au Rwanda se poursuit, L’AMIE aimerait bien travailler avec les autres OPDE des Grands Lacs pour développer une approche régionale. De plus, L’AMIE aimerait aider l’ONG locale à renforcer ses capacités organisationnelles.
«L’OPDE doit appliquer les principes de bonne gouvernance pour arriver à travailler en collaboration avec les grandes instances internationales, comme l’UNICEF par exemple. C’est important pour que l’OPDE devienne une organisation bien solide, capable d’aller recruter d’autres partenaires pour augmenter sa capacité d’intervention et, ainsi, aider encore plus d’enfants», conclut Mme Crélerot.
La publication de ce reportage a été rendue possible grâce à l’Agence
canadienne de développement international
(ACDI). |
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