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Médecins sans frontières, toute une différence en Côte d’Ivoire

Martine Letarte, collaboratrice - 1er novembre 2007

Martine LetarteAvec la tentative de coup d’État en 2002, la Côte d’Ivoire a été divisée en deux parties: le Nord occupé par les rebelles, et le Sud, où se trouvent les forces gouvernementales. À la frontière, une zone de confiance assurée par les Nations Unies. C’est là que Médecins sans frontières (MSF) s’est installée pour remettre sur pied l’hôpital de Danané, inopérant depuis la fuite du personnel médical. Le travail de l’organisme non gouvernemental (ONG) est rendu possible grâce aux dons de particuliers et de l’Agence canadienne de développement international (ACDI). Coup d’œil sur l’intervention d’urgence de MSF en Côte d’Ivoire.

Photo d’un camp de régugiés prise au Rwanda en 2002
Une équipe de Médecins sans frontières intervenant en Côte d’Ivoire

MSF est une ONG bien différente des autres. Elle n’intervient pas dans le domaine du développement, mais bien, dans celui de l’aide humanitaire. «Nous intervenons dans des situations d’urgence, comme des conflits armés, des catastrophes naturelles, des épidémies ou autres. Nous ne nous installons jamais à long terme dans un pays. Nous arrivons dans des moments de crise et nous quittons lorsque la situation s’est suffisamment améliorée», explique Frederic Sanchez, conseiller opérationnel pour la Côte d’Ivoire chez MSF.

La tentative de coup d’État de septembre 2002, en Côte d’Ivoire, a plongé le pays dans une guerre civile et évidemment, les infrastructures de santé n’ont pas tenu le coup. Les médecins n’étaient plus payés ou tout simplement, n’avaient plus de matériel médical ou de médicaments, alors ils ont fui dans des camps de réfugiés, comme une grande partie de la population. MSF est arrivée dans le pays en 2003.

Des soins de santé de qualité gratuits
«Nous avons envoyé une petite équipe d’expatriés pour reprendre en main les infrastructures de santé du pays. Dans la ville de Danané, nous avons remis l’hôpital en état de fonctionner et nous avons fait venir du matériel médical d’Europe. Nous avons engagé toute une équipe d’intervenants locaux du domaine de la santé et de la gestion pour mener avec nous les opérations sur le terrain», indique M. Sanchez.

MSF a comme politique de soigner toute la population sans discrimination, de lui offrir des soins de qualité gratuits. «L’hôpital soigne beaucoup de personnes de la région, mais nous nous déplaçons aussi avec des cliniques mobiles pour rejoindre les gens des villages éloignés. La maladie que nous soignons le plus en Côte d’Ivoire est la malaria, puisque c’est la première maladie au pays. Nous donnons également accès à la trithérapie aux gens atteints du VIH», poursuit-il.

Grâce à l’ONG, des cliniques de nutrition ont également été ouvertes dans la région. En 2006, près de 600 enfants atteints de malnutrition y ont été traités. Malgré l’instabilité du pays, MSF a également réussi à faire construire une salle d’hôpital à Danané pour les femmes enceintes séropositives. «Lorsqu’une femme enceinte est dépistée séropositive, nous la mettons sous trithérapie pour diminuer les risques de transmission du virus mère-enfant», explique M. Sanchez.

Un rêve devenu réalité pour la population
MSF intervient en plein conflit, en toute neutralité, alors que les soins de santé ne sont plus dispensés, et ce, sans demander un sou aux malades. La population réagit donc très positivement à l’arrivée de l’ONG dans un pays. «C’est certain que lorsque des parents n’ont pas accès à des soins de santé pour leur enfant malade, ils nous accueillent les bras ouverts. De plus, nous discutons beaucoup avec la population et nous travaillons toujours avec son accord», précise le conseiller opérationnel.

La présence de l’ONG est en fait une véritable chance pour la population ivoirienne qui, en grande majorité, n’était pas en mesure de se payer des soins de santé avec le système de recouvrement des coûts des actes de santé qui était en place avant l’éclatement du conflit. MSF a d’ailleurs réalisé une étude dans la ville de Bin Houyé, où 50% de la population est atteinte de la malaria. Il en ressort que si le gouvernement remet en place son système de recouvrement des coûts lorsque l’ONG quittera le pays, seulement une infime partie de la population pourra se payer des soins.

«Ça fait maintenant plus de quatre ans que la population reçoit des soins gratuits grâce à nous, alors il est évident que les gens préféreraient que l’on reste dans le pays», affirme Frederic Sanchez.

Préparer la transition
Toutefois, telle n’est pas la mission de MSF. «Nous intervenons dans l’urgence. Ce n’est pas à nous de prendre en charge à long terme les soins de santé offerts à une population. Cela doit demeurer la responsabilité du gouvernement», soutient M. Sanchez.

MSF travaille donc avec les différents bailleurs de fonds et les différentes agences des Nations Unies pour faire en sorte que la population ait accès à des soins après le départ de l’ONG qui se fera prochainement. En effet, les rebelles ont signé un accord de paix en mars dernier. La situation du pays s’est donc grandement stabilisée.

«Le premier réflexe du gouvernement ivoirien est évidemment de remettre en fonction son système de recouvrement des coûts lorsque nous quitterons le pays. Toutefois, nous sommes en discussion avec le ministère de la Santé et nous faisons pression pour que la population ait accès à des soins gratuits. Nous discutons également avec la Banque Mondiale qui finance plusieurs gouvernements africains pour des projets de soins de santé gratuits et elle semble disposée à avancer des fonds pour la Côte d’Ivoire», explique le conseiller opérationnel.

Ainsi, même si MSF a comme première mission d’agir dans l’urgence pour donner des soins à une population vulnérable, l’ONG est tout de même préoccupée par ce qui se passera après son départ. «S’il est impossible de discuter avec les autorités, notre départ peut être brutal, précise toutefois M. Sanchez. Mais lorsque la communication est bonne, comme c’est le cas en Côte d’Ivoire, nous essayons de faire une différence à long terme pour la population.»

La publication de ce reportage a été rendue possible grâce à l’Agence
canadienne de développement international (ACDI).

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