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Développement international - Le ONG d'ici


En faveur de politiques d’achat responsable

Martine Letarte, collaboratrice - 1er octobre 2007

Martine LetarteLa prolifération d’ateliers de misère (sweatshops) exerce une pression sur l’industrie du textile partout dans le monde, y compris dans les manufactures de certains pays d’Afrique subsaharienne, déjà très vulnérables en cette ère de mondialisation. Grâce au soutien de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), le Centre international de solidarité ouvrière (CISO) mène une grande campagne auprès des consommateurs organisationnels québécois (villes, syndicats, commissions scolaires, grandes entreprises, etc.) pour qu’ils se dotent d’une politique d’achat responsable et ainsi encouragent les manufactures qui offrent des conditions de travail acceptables à leurs employés.

Photo d’un camp de régugiés prise au Rwanda en 2002
Atelier de misère (sweatshop) en Chine
Photo: Bureau international du travail

Le Lesotho, petit pays enclavé au sein de l’Afrique du Sud, a comme premier employeur l’industrie du textile. Sur un total d’environ deux millions d’habitants, près de 50 000 travaillent dans les manufactures de textile. En 2004, en rendant public son premier rapport de responsabilité sociale, le géant américain Gap a admis que plusieurs de ses 3 000 fournisseurs offraient des conditions de travail déplorables. Parmi les entreprises montrées du doigt, plusieurs étaient établies en Chine, d’autres au Salvador, au Guatemala et au Lesotho.

Dans le contexte de mondialisation des marchés, le Lesotho devient concurrent de pays peu respectueux des droits des travailleurs. D’autant plus qu’on a aboli en 2005 le système de quotas d’importation qui régissait le commerce mondial du textile depuis les années 60. Ainsi, les pays en voie de développement sont maintenant très vulnérables face aux géants indien et chinois qui offrent des produits à bas prix grâce aux ateliers
de misère.

Virage éthique
«La déréglementation du marché permet aux acheteurs de délaisser les pays où la main-d’œuvre est plus chère pour se tourner vers ceux qui offrent les meilleurs prix. Ainsi, les petits pays comme le Lesotho subissent énormément de pression pour réduire leurs coûts de production. Évidemment, cette réalité rend la population, qui a besoin de travailler, très vulnérable», explique Marie-Noëlle Roy, coordonnatrice de la Coalition québécoise contre les ateliers de misère (CQCAM), une table de concertation
du CISO.

En 2005, l’avenir ne s’annonçait donc pas rose pour le Lesotho. Comme prévu, des milliers d’emplois ont été perdus dans l’industrie du textile au cours de l’année. Heureusement, des voix se sont élevées dans le monde pour dénoncer ces grandes entreprises qui s’approvisionnent dans les ateliers de misère et le Lesotho a su finalement tirer son épingle du jeu en prenant un virage éthique. Le chanteur du groupe U2, Bono, et sa femme ont d’ailleurs choisi le Lesotho comme site de confection pour une grande partie de leur collection de vêtements éthiques EDUN. Ainsi, les efforts du gouvernement du Lesotho pour inciter les entreprises à adopter des normes éthiques ont porté fruit et le pays a presque retrouvé la totalité des emplois perdus.

Adopter une politique et faire le suivi
Les habitudes de consommation des grands pays industrialisés ont donc une influence directe sur les conditions de travail offertes dans les pays du Sud. Voilà pourquoi le CISO participe à une grande campagne nationale pour encourager les villes, commissions scolaires, universités, entreprises privées, syndicats et autres consommateurs institutionnels du Québec à adopter une politique d’achat responsable.

«Au moyen de cette campagne, nous ne voulons pas seulement dénoncer, mais pousser les consommateurs à s’engager pour contrer les ateliers de misère, indique Mme Roy. Les distributeurs qui achètent de la marchandise dans les pays du Sud doivent s’assurer que nulle part, dans la chaîne de production, leurs produits ont passé par un atelier de misère.»

CISO incite les consommateurs institutionnels du Québec à adopter un code de conduite qui inclut au minimum les sept normes dictées par l’Organisation internationale du travail et la Déclaration universelle des droits de l’homme, comme le droit à des heures de travail non excessives, l’abolition du travail des enfants et le droit à des conditions de travail décentes. Pour s’assurer que l’adoption d’un code de conduite n’est pas une fin en soi, mais que le code sera mis en application, le CISO pousse également les consommateurs institutionnels à créer un partenariat avec une ONG pour assurer un suivi adéquat.

De plus, le CISO travaille avec les sous-traitants pour les amener à respecter les normes internationales du travail. «Lorsqu’un distributeur se rend compte qu’un sous-traitant ne respecte pas le code de conduite, il est important de ne pas seulement changer de fournisseur, puisque ça ne règle pas le problème. On doit plutôt l’informer qu’il ne respecte pas les normes internationales du travail et l’amener à s’y conformer», explique
Mme Roy.

À titre d’exemple, elle cite l’Université de Toronto qui a réussi à pousser l’entreprise Gildan, son fournisseur de t-shirts promotionnels, à adopter un code de conduite.

Lentement mais sûrement
Le CISO fait campagne auprès des consommateurs institutionnels du Québec depuis un peu plus d’un an et déjà, les résultats semblent bons. «En avril dernier, nous avons tenu un colloque sur la question des achats responsables et l’ensemble de la clientèle visée par notre campagne était présente. Différentes démarches ont pris forme. Entre autres, nous avons formé un groupe de travail avec la ville de Montréal. Comme la ville a déjà un plan de développement durable, le lien avec les achats responsables a été facile à faire. De plus, la Commission scolaire de Montréal et les universités de la province se sont montrées ouvertes au projet», se réjouit Mme Roy.

Toutefois, la CQCAM se doit d’être patiente. «Dans le reste du Canada, la campagne a été lancée il y a 10 ans et maintenant, nous voyons de bons résultats. Nous évaluons que ça prend en moyenne cinq ans de sensibilisation avant de voir des projets se concrétiser. Alors nous continuerons», assure-t-elle.

La publication de ce reportage a été rendue possible grâce à l’Agence
canadienne de développement international (ACDI).

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