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Sénégal : Se battre contre la violence faite aux femmes

Martine Letarte, collaboratrice - 15 octobre 2007

Martine LetarteAu Sénégal, particulièrement dans les régions reculées (ou isolées), les femmes sont généralement peu émancipées et subissent souvent la violence conjugale de génération en génération. Pour améliorer la situation, l’organisation non gouvernementale Jeunesse du Monde, avec le soutien de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), donne un coup de main à l’Association pour la promotion de la femme sénégalaise (APROFES), un organisme réputé spécialisé dans la lutte contre la violence faite aux femmes.

La grande majorité de la population sénégalaise est musulmane. «Comme la religion donne beaucoup de pouvoir à l’homme, on n’a pas tendance à dénoncer spontanément la violence conjugale. Les jeunes femmes ont souvent vu leur mère se faire battre par leur père, alors elles pensent que c’est normal», a remarqué la stagiaire de Jeunesse du Monde, Sonia Muhimpundu, lors de son séjour auprès de l’APROFES dans la ville de Kaolack.

Ainsi, le travail de sensibilisation de l’APROFES, organisme fondé en 1987 ayant acquis une très bonne réputation dans la région, est très important. En plus de lutter contre la violence faite aux femmes, l’APROFES intervient dans le cas de mariages précoces ou forcés. «Des lois interdisent ces mariages, mais elles ne sont pas toujours respectées dans les villages», nuance Mme Muhimpundu.

L’APROFES dispose de différents moyens pour intervenir auprès de la population sénégalaise. Ses intervenants se rendent d’abord dans les communautés villageoises pour proposer des activités de sensibilisation. Comme la majorité de la population est analphabète, l’APROFES utilise le théâtre pour informer les gens sur différents sujets. Après la présentation de la pièce, le personnel de l’organisme discute avec les spectateurs et répond aux questions.

Un groupe d’enfants venus à l’Association pour la promotion de la femme sénégalaise
Un groupe d’enfants venus à l’Association pour la promotion
de la femme sénégalaise. Photo: Sonia Muhimpundu

Point d’écoute
L’autre puissant outil d’intervention de l’APROFES est son point d’écoute, où Mme Muhimpundu a passé la majeure partie de son stage. Des femmes victimes de violence conjugale y viennent pour se confier aux intervenants sociaux de l’organisme.

«Comme beaucoup de sensibilisation a été faite, les femmes de Kaolack connaissent maintenant bien l’APROFES et viennent parler de leur situation généralement sans problème. Toutefois, les femmes ne parlent pas de cas de violence psychologique, car elles ne peuvent pas prouver qu’elles en sont victimes, contrairement à la violence physique», remarque-t-elle.

Les intervenantes écoutent les femmes et les conseillent concrètement. Souvent, la première chose que l’APROFES propose est une séance de médiation avec le conjoint violent.

La médiation
Au Québec, il est difficile d’imaginer un organisme venant en aide aux femmes battues approcher un mari violent pour lui demander d’aller en médiation! Pourtant, au Sénégal, il semble que la stratégie fonctionne.

«Dans plusieurs cas dont j’ai été témoin, les femmes acceptaient rapidement la médiation puisqu’elles ne voulaient pas se séparer de leur conjoint. Elles voulaient que les choses s’arrangent», explique Mme Muhimpundu.
La plupart du temps, les hommes coopèrent, car ils sont au courant que l’APROFES est là pour défendre les droits des femmes. «Puisque nous avons fait beaucoup de sensibilisation, les hommes savent que s’ils continuent à battre leur femme, ils risquent d’aller en prison. Ça les fait réfléchir. Nous travaillons à changer leurs habitudes, à leur faire comprendre que même si leur religion leur confère plus de pouvoir qu’aux femmes, cela ne signifie pas qu’ils peuvent ignorer les droits de celles-ci», poursuit la stagiaire.
Lorsque la médiation ne fonctionne pas, la femme n’est pas laissée à elle-même. «L’APROFES accompagne la femme chez le médecin et assure les frais nécessaires pour l’obtention d’un certificat médical qui atteste que la femme a été battue. Ensuite, l’organisme assiste la femme dans ses démarches judiciaires», explique Mme Muhimpundu.

La majorité des personnes qui viennent se confier aux intervenants de l’APROFES sont des femmes, mais il arrive également que ce soit des hommes. Sonia Muhimpundu en a vu un venir chercher de l’aide parce qu’il venait d’apprendre que son ex-femme était sur le point de faire exciser leur petite fille. L’APROFES a alors convoqué la femme pour lui rappeler que l’excision était interdite au Sénégal.

Des cas plus délicats
Comme l’APROFES est active depuis 20 ans dans la région, les hommes et les femmes connaissent ses interventions et n’hésitent généralement pas à aller chercher de l’aide en cas de besoin. Toutefois, un tabou demeure.

«Lorsque le problème concerne un imam (celui qui dirige la prière), la situation est encore très délicate et complexe, puisque les imams sont extrêmement respectés dans la communauté. C’est donc très difficile pour un citoyen de les dénoncer. Les gens n’osent pas», soutient Mme Muhimpundu.

Des situations semblables se sont produites à quelques reprises : des talibés, jeunes enfants qui étudient le Coran, se sont fait battre par des imams ou un imam s’est fait promettre une jeune fille en mariage. «Il y a encore de la sensibilisation à faire pour amener les gens à dénoncer de telles situations», indique-t-elle.

D’autres initiatives
Tout en continuant à soutenir les victimes de violence, l’APROFES élabore d’autres projets pour tenter d’améliorer les conditions des femmes dans la région. L’organisme a déjà ouvert une mutuelle d’épargne, il y a 10 ans, et une mutuelle de santé, il y presque cinq ans.

Actuellement, l’APROFES étudie de près les problématiques de santé communautaire. «On consulte l’organisme sénégalais pour tenter d’améliorer les soins prodigués aux femmes dans les hôpitaux de la région de Kaolack, précise Mme Muhimpundu. Par exemple, l’APROFES tente de déterminer si les hôpitaux ont un nombre suffisant de médecins pour les accouchements, ou quelles mesures pourraient être implantées pour améliorer le bien-être des femmes. Ainsi, toutes les actions de l’APROFES s’enchaînent et, une fois mises ensemble, font une véritable différence pour le sort des femmes.»

La publication de ce reportage a été rendue possible grâce à l’Agence
canadienne de développement international (ACDI).

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