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Développement international - Le ONG d'ici


Les femmes et la société patriarcale au Burkina Faso

Martine Letarte, collaboratrice - 15 septembre 2007

Martine LetartePas facile de naître femme au Burkina Faso. Dans cette société patriarcale, la femme est généralement tenue à l’écart de tout processus décisionnel et maintenue sous la tutelle de l’homme. Cette absence de pouvoir sur sa propre destinée peut se traduire par de véritables cas de violence. C’est ce que tente d’empêcher l’ONG Oxfam-Québec, grâce au soutien de l’Agence canadienne de développement international (ACDI).

En 2006, l’ONU classait le Burkina Faso au 174e rang, sur 177 pays, selon l’indice de développement humain. Si la situation est très difficile pour les hommes, elle l’est encore plus pour les femmes, à qui l’on apprend très jeunes qu’elles sont subordonnées aux hommes.

Une femme burkinabée et son enfant
Une femme burkinabée et son enfant
Photo : Philippe Massé

La femme accomplit généralement un grand nombre de tâches quotidiennes non rémunérées et n’a pas de pouvoir de décision, ni sur les enfants qu’elle met au monde, ni sur les biens de son mari. De plus, toujours de manière générale, elle ne peut prendre de décisions concernant sa propre santé, encore moins si des coûts y sont rattachés. L’accès limité aux ressources financières, le faible taux d’alphabétisation des femmes (15 %, contre 29 % chez les hommes), et des pratiques traditionnelles néfastes ou irrespectueuses envers les droits fondamentaux font en sorte que les femmes vivent littéralement sous la tutelle des hommes, qu’il s’agisse de leur père, de leur mari ou de leur frère.

Au Burkina Faso, il existe différents types de droit : le droit traditionnel, le droit musulman et le droit légal. Cette cohabitation fait en sorte que plusieurs lois se contredisent et de nombreuses violations des droits fondamentaux des femmes sont commises, comme l’excision, le mariage précoce ou différentes formes de mariage forcé.

«Par exemple, en droit musulman et en droit traditionnel, on retrouve le lévirat. Cette forme de mariage a lieu lorsque le mari décède et la femme est donnée au frère du défunt, puisqu’une fois mariée, la femme appartient à sa belle-famille. Il y a également le sororat, lorsque la femme décède et qu’on donne sa sœur en mariage au mari», explique Mylène Bigaouette, conseillère en matière d’égalité entre les sexes pour Oxfam-Québec, au Burkina Faso.

Sensibilisation et appui juridique
Oxfam-Québec n’intervient pas directement auprès de la population au Burkina Faso, surtout lorsqu’il est question de changer des pratiques traditionnelles. La raison est simple : il y a beaucoup de résistance, particulièrement lorsque l’approche est faite par des Occidentaux. L’ONG apporte plutôt son appui à des organisations nationales qui veulent renforcer leurs capacités. Dans le domaine du droit, les partenaires d’Oxfam-Québec mettent sur pied plusieurs activités de sensibilisation, de vulgarisation des droits avec l’aide de juristes et d’accompagnement de femmes lors de démarches judiciaires.

«Il est souvent question de cas d’héritage. Selon le droit traditionnel, tout appartient à l’homme, donc à sa famille (parents, frères, sœurs et enfants) après son décès. Toutefois, en droit civil, la femme peut hériter de certains biens. Cependant, les familles rejettent souvent ce droit et récupèrent tous les biens de l’homme si la femme refuse d’épouser le frère du défunt. Dans de tels cas, la femme perd généralement aussi ses enfants qui sont considérés comme appartenant à l’homme», indique Mme Bigaouette.

Mariages forcés et excision
Comme le lévirat et le sororat sont permis dans le cadre de mariages traditionnels ou musulmans, les juristes ne peuvent rien faire pour les empêcher selon le droit civil. Par contre, Oxfam-Québec fait, avec l’aide de ses partenaires, beaucoup de sensibilisation.

«Nous travaillons, entre autres, avec l’Association d’appui et d’éveil Pugsada qui se rend dans les écoles pour parler aux jeunes et aux parents du mariage précoce et forcé, de la santé sexuelle et du harcèlement sexuel en milieu scolaire. L’organisme aide également de jeunes filles provenant d’un milieu défavorisé, qui sont orphelines ou qui ont fui leur famille pour différentes raisons. Il les aide à aller à l’école ou au centre d’alphabétisation ou encore, à apprendre un petit métier», soutient Mme Bigaouette.

Au Burkina Faso, qui dit santé sexuelle, dit évidemment excision. Une loi du pays interdit cette mutilation, et même si elle est généralement respectée, il arrive tout de même qu’elle soit pratiquée en cachette ou dans des pays voisins plus laxistes. L’Association d’appui et d’éveil Pugsada et l’organisme la Marche mondiale des femmes, également partenaire d’Oxfam-Québec, font beaucoup de sensibilisation à ce sujet.

«De plus, grâce au Comité national de lutte contre la pratique de l’excision, un organisme étatique, toute personne témoin d’une excision, ou mise au courant que cela aura lieu, peut composer un numéro de téléphone gratuit pour alerter le comité qui interviendra lui-même ou enverra la police. Il y a régulièrement des articles publiés dans le journal qui rapportent l’arrestation de gens pratiquant l’excision, suite à des informations obtenues grâce au numéro de téléphone», se réjouit Mme Bigaouette.

Tranquillement, les tabous tombent
Dans sa lutte contre la violence faite aux femmes au Burkina Faso, Oxfam-Québec doit donc tenir compte de différentes réalités, qu’il s’agisse des traditions, de la religion, de la situation économique des femmes et de l’accès très limité à l’éducation et à de l’information. S’il faut être patient avant d’observer de véritables changements des comportements, Mylène Bigaouette constate des progrès depuis son arrivée au pays, en 2001.

«La grosse différence, indique-t-elle, c’est que de plus en plus, on peut parler ouvertement de sujets délicats comme l’excision et le harcèlement sexuel. Auparavant, c’était très tabou. Nos partenaires nous disent également qu’ils voient des femmes qui ont maintenant la permission de leur mari de continuer d’aller à l’école ou de demeurer sur le marché du travail. Cela en dit long sur les changements profonds actuellement en cours au sein de la société.

La publication de ce reportage a été rendue possible grâce à l’Agence
canadienne de développement international (ACDI).

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