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Chronique Contes et comptes du prof Lauzon
La vigoureuse croissance économique de Cuba
Texte de Léo-Paul Lauzon, professeur au département des Sciences comptables et titulaire de la Chaire d’études socioéconomiques de l’Université du Québec à Montréal - 1er août 2008

Léo-Paul LauzonLe seul titre de mon article me donne l’impression que je vais encore me faire crier des noms épouvantables à ne pas répéter devant de jeunes enfants. En passant, puis-je paraphraser le grand dramaturge français Sacha Guitry qui a dit : «Si tous ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d’eux, ils en diraient davantage.» Je commence donc par vous citer ma source : Business Week, la revue d’affaires la plus vendue aux States, dans son numéro du 10 mars 2008, a consacré un article à Cuba intitulé «The Cuban economy : After the smoke clears».

Comme référence, vous conviendrez avec moi que ça fait pas mal plus sérieux que les cancans et les ragots des économistes de banque et de l’Institut économique de Montréal et des analyses tordues du Fraser Institute, un organisme patronal d’extrême droite auquel s’abreuve certains éclairés chroniqueurs et éditorialistes de nos médias écrits et où travaillent, à titre de chercheurs «seniors», les ex-premiers ministres de l’Ontario et de l’Alberta, Mike Harris et Ralph Klein et qui vient d’embaucher la chroniqueuse du Journal de Montréal, Nathalie Elgrably-Lévy. Allô chercheurs! Comme je m’appuie sur le Business Week, vous ne pourrez pas dire que j’utilise un brûlot marxiste-léniniste-maoïste-trotskiste.

Ainsi, on apprend qu’en 2007 Cuba a connu une croissance économique de 7,5 %, presque trois fois celle du Canada et du Québec. Cette forte croissance est en partie attribuable à la forte présence de l’État, et de son partenariat avec des entreprises étrangères surtout espagnoles (73 coentreprises), canadiennes (38), chinoises (12) et d’autres comme Nestlé et Inbev. Business Week nous apprend que les points forts de son économie sont évidemment le tourisme (plus de deux millions de visiteurs chaque année), l’exportation de nickel (Cuba est le cinquième producteur mondial) dont les prix ont explosé ces dernières années, ses cliniques médicales et ses spécialistes reconnus mondialement (en 2007, plus de 6000 patients étrangers ont reçu des soins à moitié prix comparativement aux États-Unis), l’extraction toujours croissante du pétrole (Cuba répond à 36 % de ses besoins) et son industrie pharmaceutique et biotechnologique étatique qui exporte de nombreux médicaments élaborés à Cuba.

Le US Geological Survey des États-Unis évalue les réserves de pétrole en eau profonde de Cuba à 9,3 milliards de barils, selon des recherches menées en partenariat notamment avec l’entreprise canadienne Sherritt International, le plus gros investisseur étranger sur l’île. Pas si mal pour un pays socialiste, malgré l’odieux embargo américain qui prévaut depuis près de 50 ans et qui fait perdre annuellement des milliards de dollars à Cuba. En 2007, comme chaque année, les pays membres de l’ONU ont voté majoritairement (184 contre 3) contre l’ignoble blocus américain à l’endroit de Cuba à l’exception des États-Unis et de ses deux franchisés inconditionnels que sont Israël et les Îles Marshall. Lors de sa visite à Cuba au mois de février 2008, le secrétaire d’État du Vatican a affirmé que l’embargo américain constituait une oppression à l’endroit du peuple cubain.

À propos de la transnationale canadienne Sherritt, celle-ci vient d’investir 1,3 milliards de dollars à Cuba et son président Ian Delaney a déclaré : «Cuba est le pays avec lequel nous préférons travailler». Cette importante nouvelle est passée inaperçue ici. Le Journal de Montréal et les autres journaux et revues d’ici omettent également de parler des milliers de malades soignés à l’étranger par des médecins cubains et les milliers d’analphabètes éduqués dans plusieurs pays par les Cubains grâce à leur méthode d’enseignement «Yo si puedo» utilisée même en Nouvelle-Zélande. Rien non plus sur le fait que Cuba détient un taux de mortalité infantile inférieur à celui des États-Unis, le meilleur taux d’espérance de vie en Amérique latine, équivalant à celui des pays occidentaux, et un taux d’alphabétisme de seulement 2 %. Savoir que votre enfant va vivre et, longtemps en plus de ça, et qu’il va être instruit, n’est-ce pas la véritable définition de la liberté?

Enfin, Cuba est parmi les pays qui comptent le plus de centenaires, ce qui me fait dire : «Sacramouille, ils ont la couenne dure pour vivre plus de cent ans, eux qui ont été supposément opprimés et privés de liberté toute leur vie». En vérité je vous le dis, le Canada et les États-Unis devraient apprendre de Cuba des leçons sur le sens véritable de la liberté et de la démocratie. Ça ne fera pas plaisir à Bush ni à Harper, mais le président Abdullah Gul de la Turquie vient de faire l’éloge du rôle important de Fidel Castro à l’échelle mondiale. Dans le journal turc Sabah, il a même dit : «Fidel Castro est dans le cœur du peuple turc». Puis-je me permettre d’affirmer à mon tour qu’il est aussi dans le cœur de la majorité des Canadiens, quoi qu’on en dise.

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