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CCI au Mali : Stimuler le développement économique
Martine Letarte, collaboratrice - 15 février 2008 |
Pays démocratique, société civile solide, respect des droits de la personne, initiatives de paix et de sécurité : le Mali est considéré comme un chef de file dans plusieurs domaines en Afrique. Toutefois, il fait partie des 10 pays les plus pauvres du monde. C’est pourquoi, le Carrefour Canadien International (CCI) travaille à y développer l’économie sociale et solidaire, grâce au soutien de l’Agence canadienne de développement international (ACDI).
Actif au Mali depuis plusieurs années, le CCI vient tout juste de mettre en place une approche de partenariat tripartite innovatrice. Pour chaque projet, il collabore avec une ONG malienne et un organisme québécois qui a les mêmes champs d’intérêt.
«Par exemple, nous avons comme partenaire l’Association Jeunesse Action-Mali (AJA-Mali) qui vise un pays sans chômeurs. Son travail est axé
sur l’insertion socioprofessionnelle des jeunes par l’apprentissage de différents métiers manuels, comme la menuiserie métallique. Un responsable est venu au Québec en juin dernier et il a rencontré cinq organismes qui travaillent dans le même domaine. Finalement, il a choisi de travailler avec l’Atelier action Jeunesse de Trois-Rivières», explique l’agente régionale des programmes Mali-Niger au CCI, Francine Baril.

Au Mali, les femmes de Zantiébougou se sont regroupées autour du beurre de karité en vue d’en faire une source de revenu. La Coopérative des productrices de beurre de karité de Zantiébougou (COPROKAZAN) couvre 16 villages et compte 259 membres, dont 256 femmes. |
L’automne dernier, des gens d’Atelier action Jeunesse se sont rendus au Mali pour constater les besoins. «Pour nous, c’est très important que l’organisme québécois se rende sur place pour prendre le pouls du milieu. Pour la grande majorité des gens qu’on envoie, c’est leur premier séjour en Afrique. Il est très important qu’ils découvrent la réalité du terrain. Ils comprennent beaucoup mieux, par la suite les besoins réels et la manière de travailler», poursuit-elle.
Lors de la visite de son partenaire québécois, l’organisme malien a pu exprimer clairement ses besoins et ses attentes. Ensuite, ils ont réfléchi ensemble aux solutions à apporter. «Bien souvent, les organismes maliens ont besoin d’aide pour la commercialisation de leurs produits. Ils veulent entre autres développer un plan d’affaires, améliorer la qualité de leurs produits et diversifier leur production, mais ils n’ont pas l’expertise pour y arriver. Plusieurs ont aussi besoin de formation en informatique, pour Excel par exemple, ou pour PowerPoint», précise Mme Baril.
L’envoi de volontaires
L’organisme du Québec accompagne son partenaire pour toutes les années du projet, mais la réalisation d’objectifs précis est confiée à des volontaires sélectionnés en fonction de leurs compétences. Ils sont envoyés au Mali pour un séjour de quelques mois.
Actuellement, une coopérative de beurre de karité membre de l’Association des groupements villageois féminins (AGVF), un partenaire du CCI, accueille deux volontaires. L’un est en poste pour développer de nouveaux produits et l’autre s’occupe de l’emballage et de cibler de nouveaux marchés. Les volontaires regardent également s’il serait possible d’obtenir la certification équitable. «Dans l’AGVF, on retrouve plusieurs petites organisations rentables, mais qui pourraient rapporter beaucoup plus. Le problème, c’est que les gens ne savent pas comment faire pour y parvenir, alors nos spécialistes en marketing leur sont très utiles», affirme Francine Baril.
Évidemment, les volontaires ne partent pas du jour au lendemain pour développer des projets en Afrique. Toute une préparation est nécessaire. «Même si nous faisons notre recrutement en cherchant des qualifications particulières, une formation d’appoint est toujours pertinente. Par exemple, la volontaire que nous avons envoyée dans la coopérative de beurre de karité, pour développer de nouveaux produits, a une formation en marketing, mais nous lui avons fait passer quelques jours dans une fabrique de savons avant son départ pour la familiariser avec le milieu et lui donner des idées», poursuit-elle. Une formation interculturelle est aussi donnée pour faciliter l’insertion du volontaire dans la communauté africaine.
Une grande appropriation des projets
Cette approche tripartie du CCI est récente, mais les premières réactions sont très positives, selon Mme Baril. «Les ONG sont ravies! C’est la première fois qu’elles sont autant consultées, dans toutes les étapes d’un projet. Il ne faut pas oublier que ce sont elles qui choisissent leur partenaire québécois, que ce sont elles qui déterminent leurs besoins et qui ensuite participent à la planification du projet et à son suivi.»
Les ONG maliennes ne se sentent donc pas infantilisées et sont proactives dans leur développement. «Cette approche innovatrice que nous avons élaborée permet une plus grande appropriation des projets par la communauté. Les gens des ONG africaines sentent vraiment qu’ils ont quelque chose à dire et à faire», ajoute Mme Baril.
Si cette approche n’en est encore qu’à ses débuts, cela n’empêche pas le CCI de travailler sur d’autres projets. Entre autres, il tente d’améliorer les communications au pays. «Nous sommes en train de regarder s’il serait possible d’installer un outil pour permettre la téléconférence, comme le logiciel Skype. Il faut savoir qu’en Afrique, Internet n’est pas toujours facilement accessible. Par exemple, à Bandiagara, où se trouve l’AGVF, il n’y a qu’un ordinateur branché sur Internet et il se trouve à l’hôtel de ville! Ce n’est donc vraiment pas évident d’envoyer un simple courriel pour les organismes qui s’y trouvent.»
Évidemment, la mise en œuvre d’un tel projet nécessiterait un budget pour l’achat d’équipement. Le CCI y travaille, assure Mme Baril. «Ça permettrait aux ONG de s’organiser en réseaux solides, avec une meilleure force de frappe lorsque vient le temps de défendre un point de vue auprès du gouvernement. La mise en place de meilleurs outils de communication serait salutaire pour les ONG et les petites entreprises maliennes qui se retrouveraient tout d’un coup connectées ensemble et sur le reste du monde.
La publication de ce reportage a été rendue possible grâce à l’Agence
canadienne de développement international
(ACDI). |
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