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Développement international - Le ONG d'ici
Burundi: Les enfants de la guerre
Martine Letarte, collaboratrice - 1er janvier2008

Martine LetarteDepuis des décennies, le Burundi est prisonnier d’un cycle de violence marqué par certains points culminants où les tueries entre différents groupes ethniques ont pris des allures génocidaires. Dans un tel contexte, les jeunes représentent à la fois un espoir de paix et une menace, puisqu’ils sont facilement manipulables par les groupes armés. D’où l’importance d’investir du temps et de l’argent pour les jeunes. C’est ce que fait l’organisme Développement et Paix avec le Centre des jeunes de Kamenge (CJK), grâce au soutien de l’Agence canadienne de développement international (ACDI).

Non sans rappeler le génocide qu’a connu son voisin le Rwanda, le Burundi vit de grands conflits interethniques, entre Hutu et Tutsi. «Depuis 1993, il y a eu environ 400 000 morts dont beaucoup d’adultes. Ainsi, la population du Burundi compte 60 % de jeunes dont plusieurs ont perdu leurs parents», explique Guy Des Aulniers, chargé de programme chez Développement et Paix.

Les jeunes burundais se retrouvent donc souvent chez un membre de leur famille éloignée ou encore à la rue. La grande majorité ne va pas à l’école et doit se débrouiller pour gagner des sous. Brisés par la guerre, les jeunes sont donc des proies faciles pour les groupes armés. «Les jeunes errent, cherchent quelque chose à faire pour s’occuper. Les membres de groupes armés les repèrent, leur mettent un fusil entre les mains et les incitent à faire des attaques», affirme M. Des Aulniers.

Déroulement d’un chantier de paix au centre de jeunes de Kamenge.
Déroulement d’un chantier de paix au centre de jeunes de Kamenge.

Offrir autre chose aux jeunes
Dans les quartiers nord de Bujumbura, la capitale du Burundi, le CJK a décidé d’offrir d’autres voies aux enfants et aux adolescents. «Le Centre, qui a vu le jour au début des années 1990, est situé au cœur de six quartiers qui étaient très ethnicisés à l’époque. Ces quartiers sont très pauvres et les gens y ont des conditions de vie épouvantables. L’objectif du CJK est d’apprendre aux jeunes, de différentes ethnies, à vivre ensemble et à travailler les uns avec les autres pour construire le pays», indique M. Des Aulniers.

Le CJK ressemble à un grand centre communautaire qui offre différentes activités aux jeunes. En plus de ses nombreuses salles intérieures, des terrains de soccer et de basketball y sont aménagés. Aux 1 500 jeunes qui y passent chaque jour, le CJK offre une soixantaine d’activités quotidiennes, des cours de langues aux activités sportives en passant par l’informatique et les droits de la personne.

Pour pouvoir participer aux activités du CJK, les jeunes doivent se procurer une carte de membre. «C’est gratuit, mais les jeunes doivent s’inscrire à des ateliers et s’engager à y participer. Lorsqu’un jeune fonctionne bien au centre, il peut éventuellement devenir animateur. C’est donc très formateur pour eux», affirme Guy Des Aulniers.

De plus, à la demande des autorités du pays, les animateurs du CJK se déplacent sur le terrain, dans les écoles et auprès des communautés religieuses. «Le but de ces rencontres est d’arriver à rapprocher les gens, à les faire travailler ensemble, à améliorer la situation générale du quartier et à régler des problèmes précis. Les animateurs organisent également des événements, comme des matchs de soccer, toujours pour rapprocher les gens», poursuit-il.

Du changement dans les quartiers
Au cours de sa quinzaine d’années de présence dans ces quartiers sensibles, le CJK a vu la population se transformer sous ses yeux. Le Centre a réussi à faire comprendre à la population des quartiers nord que la question ethnique est une manipulation provenant de ceux qui sont au pouvoir et que, peu importe qui était au gouvernement, ils en étaient exclus en raison de leur pauvreté.

«Les quartiers qui étaient auparavant très ethnicisés sont devenus beaucoup plus mixtes et les gens sont plus solidaires, peu importe qu’ils soient Tutsi ou Hutu. La preuve, c’est qu’en 2004 et 2005, des attaques importantes ont eu lieu dans les villages par des groupes armés et les villageois, au lieu de se joindre aux actes de violence comme c’était le cas auparavant, se sont entraidés», se réjouit M. Des Aulniers.

Les jeunes qui fréquentent le CJK ne croient plus que la seule façon de se sortir de la misère est d’être membres des groupes armés. «Ils ont appris qu’ils pouvaient faire autre chose. Grâce à leur bonne formation, plusieurs portes s’ouvrent à eux. En plus d’avoir la possibilité de devenir animateurs au Centre, ces jeunes sont recrutés par différentes organisations non gouvernementales (ONG), comme Care International, pour travailler dans le domaine du développement parce qu’ils comprennent bien la situation politique du pays et ont de bonnes valeurs», affirme-t-il.

Ainsi, dans les quartiers nord, de moins en moins de jeunes se joignent aux groupes armés et les affrontements ont diminué. Un nombre croissant de jeunes cherchent à fonder des familles et à apporter des choses positives à la société. C’est donc tout le climat des quartiers qui a changé.

Des résultats qui dérangent
Évidemment, de tels résultats dérangent. «Pour les groupes armés, le CJK est un obstacle à la guerre. Ça ne fait pas leur affaire. Après les grands massacres de 1993, le Centre a été menacé d’attentats à la bombe. Toutefois, au fil des ans, il est arrivé très peu d’incidents malheureux au CJK si on prend en considération tout ce qu’il a réalisé», soutient le chargé de programme de Développement et Paix qui se rend au Burundi quelques fois par année pour constater l’évolution du travail.

Malgré les menaces, le CJK continue donc son travail et est récompensé de différentes façons. En 2002, il a reçu le Prix Nobel alternatif de la paix pour son exemple de courage indomptable qui prouve que malgré des années de guerre civile, les jeunes de différentes ethnies peuvent vivre et construire leur futur ensemble dans la paix et l’harmonie. En 10 ans, le CJK a vu le nombre de ses membres passer de
18 000 à 28 000. «Un succès incontournable qui nous pousse à poursuivre, année après année, notre travail avec eux», ajoute M. Des Aulniers.

La publication de ce reportage a été rendue possible grâce à l’Agence
canadienne de développement international (ACDI).

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