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Guinée : Protéger les femmes des coutumes sexistes
Martine Letarte, collaboratrice - 15 janvier2008 |
En Guinée, la violence faite aux femmes est fréquente et prend différentes formes : excision, mariage forcé, viol, refus d’accorder un héritage, etc. Pour améliorer le traitement réservé aux femmes, Développement et Paix soutient la Coalition nationale de Guinée pour les droits et la citoyenneté des femmes (CONAG-DCF) dans son travail de terrain. L’organisme bénéficie, entre autres, de l’appui financier de l’Agence canadienne de développement international (ACDI).
Difficile d’imaginer ce que ça représente de naître femme en Guinée pour une occidentale émancipée. En visite à Montréal, Nanfadima Magassouba, présidente de la CONAG-DCF, a pourtant réussi à donner un bon asperçu de l’horreur quotidienne vécue par les Guinéennes coincées entre les véritables lois du pays, somme toute assez progressistes, et les règles religieuses et coutumières qui violent souvent leurs droits fondamentaux. L’excision est l’une des pratiques les plus violentes, une coutume pourtant interdite et sévèrement punie par la loi. En Guinée, l’existence d’une loi et son application sont deux choses bien distinctes.
«Les mutilations génitales féminines sont très présentes au pays : presque toutes les femmes en sont victimes. L’intervention est très difficile, puisque la pratique est très ancrée dans les traditions. Nous arrivons quand même à obtenir des résultats en expliquant les conséquences d’une telle mutilation. Nous devons sensibiliser directement les exciseuses et, en plus, leur trouver une autre activité génératrice de revenus. Toutefois, même lorsqu’on réussit avec elles, on se rend compte que des infirmières et des sages-femmes prennent la relève. Il faut alors adapter notre intervention», explique Mme Magassouba, avec un sourire rempli d’espoir.
Mme Magassouba (vêtue de blanc, à la gauche de la photo) accompagnée des membres du bureau de la CONAG |
Les lois du mariage
La polygamie et le mariage forcé sont courants en Guinée, notamment avec le sororat, le mariage d’un veuf avec la sœur de son épouse, et son contraire, le lévirat, le mariage d’une veuve avec le frère de son époux. «On justifie ces pratiques en disant que c’est pour le bien des enfants à élever, mais il n’en demeure pas moins que c’est une forme de mariage forcé», dénonce la militante.
La femme et sa famille ne sont pas au bout de leurs peines avec les règles traditionnelles du mariage en Guinée. D’abord, en cas de séparation ou de divorce, la famille de l’époux peut exiger le remboursement de la dot. Plusieurs familles, incapables de payer, se retrouvent en prison pour cette raison. Depuis que la CONAG-DCF travaille à faire connaître les lois guinéennes, on voit poindre des changements.
«Lorsque nos parajuristes sont arrivées dans la localité de Kissidougou, le sous-préfet avait sur son bureau une bonne pile de dossiers qui concernaient le remboursement de la dot. Finalement, après nos efforts de sensibilisation, les autorités locales ont annoncé bien clairement à la population que, selon la loi guinéenne, une fois le mariage consommé, on ne peut plus demander le remboursement de la dot, et ce, peu importe combien de temps a duré le mariage. Le sous-préfet a alors mis sa pile de dossiers à la poubelle», raconte fièrement Nanfadima Magassouba.
Le droit à l’héritage
Les lois guinéennes et les coutumes sont également contradictoires en matière d’héritage. «Traditionnellement, seuls les hommes et les garçons ont droit à l’héritage, mais la loi ne dit pas ça. En faisant de la sensibilisation, nous avons rencontré une veuve qui avait été la première femme de son mari sans toutefois lui donner d’enfant. Lors du décès du mari, la femme a été jetée à la rue par la belle-famille, tout comme la deuxième épouse, puisqu’elle lui avait seulement donné six filles. La belle-famille avait gardé la troisième et la quatrième épouses sur la terre familiale parce qu’elles avaient eu des garçons», raconte la présidente de la CONAG-DCF.
Avec l’aide de l’organisme, la première et la deuxième femme ont fait valoir leurs droits. «Les parajuristes interviennent en rencontrant les autorités locales et les personnes directement concernées. Ils leur expliquent clairement ce que prévoit la loi. Souvent, les gens sont embarrassés lorsqu’ils apprennent qu’ils agissaient à l’encontre de la loi, car ils connaissent seulement les lois coutumières. C’est ce qui est arrivé dans ce cas-là et la belle-famille s’est excusée auprès des deux veuves et leur a donné les parts d’héritage qui leur revenaient. Si les gens sont moins coopérants, les femmes sont encouragées à entreprendre des procédures judiciaires et sont accompagnées dans cette démarche», précise Mme Magassouba.
La CONAG-DCF mène également des campagnes de sensibilisation auprès des femmes pour qu’elles demandent leurs pièces d’identité et d’état civil. Ces documents sont dispendieux, mais essentiels pour faire valoir leurs droits. L’organisme conclut même des marchés avec l’État pour que les femmes qui demandent ces documents pendant la durée de la campagne de sensibilisation bénéficient d’un très bon rabais.
Soulèvement populaire
La CONAG-DCF existe maintenant depuis près de 10 ans et le travail de terrain qu’elle a réalisé grâce à ses partenaires, village par village, est considérable. Le travail d’éducation civique a de l’impact sur les individus, mais aussi sur la collectivité. Le grand soulèvement populaire de janvier dernier, en Guinée, en est un bon exemple.
«Jamais on n’aurait pu imaginer, il y a 10 ans, que les Guinéens auraient le courage de prendre la rue pour manifester leur ras-le-bol alors que les forces de l’ordre tiraient sur la foule, affirme Mme Magassouba avec émotion. Ces grandes manifestations organisées par les syndicats, mais appuyées par nous, les autres ONG et la population, demandaient la démission du président. Nous ne l’avons pas eue, mais nous avons eu un premier ministre qui a maintenant presque tous les pouvoirs. Grâce aux multiples efforts d’éducation civique auxquels nous participons, les Guinéens ont enfin pu se lever comme une seule personne pour faire valoir leurs droits.»
La publication de ce reportage a été rendue possible grâce à l’Agence
canadienne de développement international
(ACDI). |
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