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Publications et informations
Développement international - Le ONG d'ici
MSF en Ouganda, des sauveurs dans les camps
Martine Letarte, collaboratrice - 1er mars 2008

Martine LetarteL’Ouganda est considéré comme un bon élève de l’Afrique. Taux de scolarisation très élevé, diminution importante du nombre de personnes vivant sous le seuil national de pauvreté, réduction considérable du taux d’infection au VIH/sida : tout semble bien aller pour les Ougandais. Ces statistiques cachent pourtant une dure réalité. Dans le nord du pays, la population subit la violence quotidienne et la misère. C’est pourquoi Médecins sans frontières (MSF) Canada y œuvre depuis quelques années grâce, entre autres, aux fonds versés par l’Agence canadienne de développement international (ACDI).

Spécialiste du secours médical d’urgence, MSF se rend généralement dans un pays touché par un séisme, une inondation, une épidémie, une famine, un conflit armé, etc. Bref, MSF intervient rapidement et efficacement lors de crises aiguës, mais l’ONG quitte généralement le pays assez rapidement après son intervention d’urgence pour faire place à des organismes spécialisés en action à long terme et aux initiatives du gouvernement local. Toutefois, certains pays font exception; c’est notamment le cas de l’Ouganda.

Le nord du pays est en crise depuis la fin des années 80. Les rebelles, l’Armée de résistance du Seigneur, luttent contre le gouvernement et sont responsables de l’enlèvement de dizaines de milliers de personnes depuis le début du conflit. Le pays a eu droit à des accalmies, mais a connu une montée de violence excessive en 2003. MSF Canada y est donc retourné.

Dans le district de Kitgum, MSF a établi une clinique pour les enfants de moins de 5 ans. En 2006, il est arrivé qu’en moins de un mois, l’équipe y voie 1500 enfants ; de ce nombre, 365 étaient atteints de paludisme.
Dans le district de Kitgum, MSF a établi une clinique pour les enfants de moins de
5 ans. En 2006, il est arrivé qu’en moins de un mois, l’équipe y voie 1500 enfants ; de ce nombre, 365 étaient atteints de paludisme.
Photo : Stefan Pleger

«Des négociations pour la paix sont en cours, mais il n’y a toujours pas d’accord, alors la situation de la population demeure très précaire. Dans les endroits les plus touchés, 90 % de la population vit dans des camps de déplacés pour se protéger, mais les conditions de vie sont pitoyables et les personnes dépendent de l’aide alimentaire et de nos soins», indique Mathieu Léonard, gestionnaire de MSF Canada, qui a récemment passé un an en Ouganda.

Soins et emplois
Lorsque MSF Canada est arrivé en Ouganda, les quelques infrastructures de santé, mises en place par le gouvernement, étaient très mal en point et étaient désertées par le personnel local en raison du conflit. «Nous sommes arrivés avec la plus petite équipe d’expatriés possible et nous avons embauché des gens sur place pour travailler sous notre supervision. Nous sommes allés chercher des infirmiers, des infirmiers praticiens, des sages-femmes, des préposés aux bénéficiaires, du personnel affecté au triage, à l’entretien ménager, etc. Les Ougandais étaient très heureux qu’on leur donne du travail, en plus de leur permettre de faire quelque chose d’important pour le bien de leur population», indique M. Léonard.
Évidemment, les soins offerts par MSF sont gratuits, alors la population s’en réjouit, poursuit-il. «La majorité des personnes dans les camps n’avait eu accès à pratiquement aucun soin de santé depuis des années. Les plus malades essayaient de se rendre dans un hôpital, mais plusieurs mouraient. C’est certain que dans de telles conditions, notre arrivée a été salutaire.»

De plus, il ne faut pas oublier que l’entassement de milliers de personnes dans des camps de déplacés est très propice à la propagation de virus et de bactéries. «Il y a eu beaucoup de cas de choléra, de malaria, de MTS et de sida que nous avons dû prendre en main. Ce qui est le plus difficile, c’est de convaincre les patients atteints du VIH d’adopter une véritable rigueur dans la poursuite de la trithérapie», affirme M. Léonard.

Le viol et les problèmes de société
Après avoir atteint un taux de prévalence du VIH/sida de 18 % il y a quelques années, l’Ouganda peut aujourd’hui être fier d’afficher un taux s’approchant de 6 %. Toutefois, dans le nord du pays, la situation est inquiétante. «Dans les camps de déplacés, environ de 30 à 35 % de la population est atteinte du VIH/sida. De grands efforts de sensibilisation ont été faits, mais les croyances populaires sont tenaces. Par exemple, plusieurs hommes atteints croient qu’avoir une relation sexuelle avec une vierge les guérira. Alors, les viols sont fréquents dans les camps», explique le gestionnaire, qui a vu bien des horreurs pendant son année à Kitgum, dans le Nord de l’Ouganda.

Dans ce coin de pays instable, la violence extrême est quotidienne. «Les gens sont déracinés de leur terre et après toutes ces années de conflit, ils n’ont plus d’espoir. Plusieurs ont tout simplement perdu le goût de vivre et se tournent vers l’alcoolisme et la violence. Les enfants qui naissent dans ces camps n’ont guère plus d’espoir», se désole Mathieu Léonard.

De tels problèmes sociaux entraînent évidemment de grands besoins d’inter-venants en santé mentale. «Nous formons beaucoup de gens sur place et leur donnons les outils nécessaires pour qu’ils aident ces personnes grandement fragilisées. Il est beaucoup question de violence sexuelle, de violence conjugale et des tabous persistants», indique M. Léonard.

Des conditions de travail difficiles
Il n’est pas toujours facile pour l’équipe de MSF Canada de travailler dans de telles conditions. «À Kitgum, il y a beaucoup de violence, beaucoup d’armes et sur une population d’environ 40 000 habitants, il y a souvent un ou deux meurtres par semaine. Il faut être vigilant. En fait, pendant mon séjour, nous étions la seule ONG qui passait la nuit dans les camps. Pour nous, c’est tout de même important d’être proche de la population, de leur culture, de leur réalité», soutient M. Léonard.

Ainsi, depuis 2004, malgré les problèmes de sécurité, MSF Canada poursuit sans relâche son travail auprès de la population du Nord de l’Ouganda. Toutefois, dès que le pays connaîtra un peu de stabilité, il remballera son matériel pour faire place aux ONG qui travailleront à long terme avec le gouvernement ougandais afin d’assurer les soins à la population. «Nous pensons partir cette année, mais comme le pays demeure instable, tout peut changer. Si la population est victime d’autres attaques des rebelles, ce qui est très probable, nous resterons.

La publication de ce reportage a été rendue possible grâce à l’Agence
canadienne de développement international (ACDI).

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