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Equitas au Burkina Faso, bâtir une culture des droits de la personne
Martine Letarte, collaboratrice - 15 mars 2008 |
En matière de droits de la personne, tous les pays peuvent s’améliorer. Évidemment, certains ont plus de travail à faire que d’autres, mais encore faut-il qu’ils décident d’y consacrer les efforts nécessaires. Depuis plusieurs années, le Burkina Faso redouble d’ardeur dans le domaine, alors que différents intervenants participent chaque été, grâce au soutien de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), au Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) de l’ONG québécoise Equitas.
Il peut sembler étrange de voir des représentants de la société civile et du gouvernement burkinabés mettre le pied à Sainte-Anne-de-Bellevue, dans l’ouest de Montréal, pour participer à une session de formation de trois semaines à propos des droits humains. Pourtant, c’est bien ce qui se passe chaque été depuis le début des années 1990.
«Le PIFDH reçoit beaucoup de participants étrangers. Chaque été, 130 personnes d’environ 60 pays différents y participent. Toutefois, nous avons remarqué que chaque année un nombre significatif de gens du Burkina Faso viennent assister à la formation, ce qui témoigne d’un grand intérêt de la part des Burkinabés pour l’amélioration de la situation du pays en matière de droits de l’homme», affirme le directeur général d’Equitas, Ian Hamilton.

Des tensions raciales dans l’Ouest de l’Afrique ont poussé cette jeune burkinabée
et ce bébé à se réfugier dans un camp de déplacés en Côte d’Ivoire.Photo : REUTER/Luc Gnago |
Différentes approches
Avec le PIFDH, Equitas veut renforcer les capacités des intervenants des différents pays à transmettre les valeurs de respect des droits de l’homme. Pour y arriver, l’ONG mise sur l’éducation et la sensibilisation. «Pour changer véritablement les comportements dans les pays visés, il faut bâtir une culture des droits de la personne. Changer les lois ne suffit pas. Il faut enraciner les pratiques dans la vie quotidienne des populations», explique M. Hamilton.
Au Burkina Faso, comme dans bien des pays d’Afrique, plusieurs efforts restent à faire dans le domaine de l’égalité homme/femme. «Les femmes sont encore victimes de beaucoup de violence et les jeunes filles n’ont pas les mêmes privilèges que les garçons. Il y a également beaucoup de travail à faire dans le domaine de la représentation des femmes en politique», poursuit-il.
Equitas utilise différentes approches d’éducation participative pour changer ces comportements. «Souvent, dans le monde de l’éducation aux droits de l’homme, on voit un expert qui parle à un groupe de la charte. Ce n’est pas l’approche que nous avons choisie, puisque nous intervenons avec plusieurs pays comme le Burkina Faso où une grande proportion de la population est analphabète. Réciter des textes ne fonctionne tout simplement pas. Nous choisissons plutôt des approches comme le théâtre populaire, les études de cas, les témoignages, le chant, etc., avec lesquelles nous engageons les participants dans le processus. Ça rejoint beaucoup la culture populaire de l’Afrique, alors ça fonctionne très bien», soutient Ian Hamilton.
Des formateurs de différents horizons
Pour rejoindre le plus de gens possible, le PIFDH se donne simultanément en français et en anglais. «C’est quelque chose de très apprécié notamment des Africains, puisque généralement les pays anglophones du continent n’ont pratiquement pas de contact avec leurs voisins francophones. Pendant ces trois semaines, ils ont la chance d’échanger et d’apprendre de l’expérience de l‘autre», indique le directeur général d’Equitas.
Les formateurs du PIFDH sont des professeurs de droit d’ici et d’ailleurs ou des activistes des droits de la personne. Ian Hamilton ajoute qu’Equitas a la chance d’avoir parmi ses formateurs deux activistes burkinabés depuis déjà plusieurs années. «C’est important puisque les participants africains peuvent s’identifier à des formateurs qui connaissent bien la complexité de leur continent.»
Plusieurs initiatives prennent forme
Si le PIFDH est devenu un rendez-vous annuel pour plusieurs intervenants du domaine des droits humains d’un peu partout dans le monde, il a également été l’initiateur de différents projets. L’été dernier, toujours en collaboration avec l’ACDI, une session de formation sur les droits humains a notamment eu lieu à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.
«En nous déplaçant dans le pays, nous avons pu rejoindre beaucoup plus de gens qui travaillent sur le terrain. Nous avons également pu revoir des gens qui sont venus suivre la formation au Québec, il y a quelques années, voir leur évolution et les défis qu’ils ont rencontrés depuis», se réjouit M. Hamilton.
La prochaine étape pour Equitas au Burkina Faso sera de travailler avec les intervenants locaux pour qu’ils soient en mesure de donner eux-mêmes dans leur pays des formations semblables à celle de Montréal.
«Ils pourront ensuite parcourir le pays entier pour aller rejoindre les gens de partout, même dans les coins les plus reculés du Burkina Faso. Il sera possible d’y arriver, puisque notre partenariat avec le pays est très fort. Les groupes qui militent pour les droits humains sont très solides, très engagés et déjà beaucoup de travail a été fait. Des améliorations sont visibles dans le pays, notamment en ce qui a trait au nombre de femmes qui prennent part à la vie politique. Aujourd’hui, les femmes savent qu’elles peuvent se présenter aux élections et même qu’il est nécessaire que certaines d’entre elles le fassent», indique M. Hamilton.
Enfin si les sessions de formation des intervenants n’ont lieu qu’une fois par année, les liens créés s’entretiennent dans la vie de tous les jours, notamment grâce à Internet, ajoute le directeur général d’Equitas. «Nous avons créé un forum de discussions sur notre site Web pour les anciens participants du PIFDH. Ainsi, ils peuvent poursuivre les échanges, solidifier leur réseau, poser des questions, parler de leurs expériences, etc. Cette initiative est très appréciée parce qu’elle témoigne d’une certaine solidarité entre les défenseurs des droits de la personne, qui se sentent souvent seuls et isolés dans leur coin de pays.»
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www.equitas.org
La publication de ce reportage a été rendue possible grâce à l’Agence
canadienne de développement international
(ACDI). |
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