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| Chronique Contes et comptes du prof Lauzon |
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La corruption en Afrique et ici
1ère partie
Texte de Léo-Paul Lauzon, professeur au département des Sciences comptables et titulaire de la Chaire d’études socioéconomiques de l’Université du Québec à Montréal - 1er septembre 2008 |
L’Afrique est pauvre, et le restera encore longtemps, en raison de l’absence de l’État, qui a bradé ses immenses ressources naturelles, ses terres, ses services publics et des pans entiers de ses secteurs névralgiques à des étrangers qui, pour avoir reçu ces biens volés à la population, ont corrompu les élus et l’élite locale en les gavant de pots-de-vin versés en catimini par l’intermédiaire des paradis fiscaux.
Par exemple, dans un excellent article de La Presse du 24 février 2007, signé Pascale Breton et intitulé «Une population pauvre dans un pays riche», on peut lire que : «La République démocratique du Congo est riche. Mais les infrastructures datent de l’époque coloniale. Les hôpitaux ont été pillés. Plus de 80% de la population vit dans l’extrême pauvreté. L’école coûte cher. Beaucoup d’enfants ne savent ni lire ni écrire. Dans les classes, il n’y a pas de manuels scolaires. Les enfants sont assis sur le sol. Au lieu de fréquenter l’école, beaucoup d’enfants passent leurs journées à charroyer du bois, du charbon, etc.» Tout le contraire de ce qui se passe à Cuba. Mais au Congo, les profiteurs et les faiseux de tous poils nous disent que les exploités sont libres, que c’est un pays démocratique où l’on applique les règles de l’économie de marché et de la libre entreprise et ils peuvent ainsi opérer sans aucune entrave bureaucratique. À faire vomir! N’oublions pas que le Congo est un pays de 53 millions d’habitants. Ce qui se passe au Congo est monnaie courante au Kenya, au Nigeria, en Angola, en Afrique du Sud, en Guinée équatoriale et ailleurs.
Dans la revue annuelle Atlaséco 2006, publiée par le Nouvel Observateur en France et qui passe en revue la situation économique, politique et sociale de tous les pays du monde (un vrai petit bijou et une mine de renseignements utiles), on peut lire ceci à propos du Congo (ex-Zaïre) : «La grande richesse de ce pays a longtemps attiré les étrangers qui ont acheté à bas prix les diamants du Congo, son or, son cobalt. L’est du pays est le fournisseur de plus de la moitié des ressources mondiales de coltan, un minerai très recherché par les compagnies de téléphone. Parmi ces entreprises, on compte America Mineral Fieds et Barrick Gold, qui bénéficient de l’économie informelle du pays, au lieu d’être taxées légalement afin que le Congo puisse contrôler ses ressources naturelles et engranger de meilleures recettes fiscales». Et on ne parle pas ici d’une publication socialiste!
L’espérance de vie au Congo est de 45 ans, alors qu’il est de 77 ans à Cuba. Mais, direz-vous, ils sont plus libres! Libres de quoi au juste? Je ne sais pas… Ils pourraient vivre peut-être plus longtemps, mais je suppose qu’ils ont choisi librement de mourir plus jeunes! Atlaséco dit aussi que : «Le Congo possède des ressources naturelles d’une richesse considérable» qu’ils se font voler littéralement par des firmes étrangères et par des élus et des notables locaux. Voilà pourquoi la population vit dans une pauvreté extrême.
Puis, pour la Guinée équatoriale, un autre pays riche en ressources naturelles, Atlaséco signale que : «L’argent du pétrole est monopolisé par le clan présidentiel avec souvent le soutien direct de compagnies étrangères comme Exxon Mobil et Amerada Hess». À propos de l’Américaine Exxon Mobil, la plus grande compagnie au monde, La Presse du 17 juin 2008 écrivait que : «La Cour suprême des États-Unis a validé une plainte aux droits de l’homme contre le géant pétrolier Exxon Mobil concernant des exactions commises en Indonésie». Par ailleurs, dans un article du Journal de Montréal du 17 octobre 2006 intitulé : «Pétrole et pauvreté vont souvent de pair», on peut lire que : «L’immense majorité des trois milliards de démunis de la planète vivent dans des pays disposant d’importantes richesses pétrolières et minières». Cherchez l’erreur!
Cette exploitation continuera tant que ces pays d’Afrique ne porteront pas au pouvoir des gouvernements socialistes au service des intérêts supérieurs de la collectivité et non au service des élites locales et des compagnies étrangères qui les volent et les maintiennent dans la misère la plus abjecte, sans aucun service public. Il faut qu’ils fassent comme l’ont fait récemment la très grande majorité des pays d’Amérique latine, qui se sont donné des gouvernements socialistes et qui ont nationalisé plusieurs secteurs économiques et leurs ressources naturelles. Ces nationalisations ont été bénéfiques pour l’économie et ont permis à ces pays d’investir des sommes considérables dans leurs services publics. Ils sont en train de mettre fin à des années de colonisation et de se libérer de l’impérialisme américain.
Pour protéger les terres qu’elle détient en grande quantité en Colombie, la société Chiquita a été inculpée pour avoir payé une milice paramilitaire colombienne (d’extrême droite) selon un article de La Presse du 15 mars 2007. Justement, la Colombie est un des derniers pays de l’Amérique du Sud ayant un gouvernement de droite qui sert de marionnette aux États-Unis. La Colombie devrait exiger le départ des firmes américaines Chiquita, Dole et Del Monte, et nationaliser les terres qu’elles ont subtilisées à la population. Elle devrait aussi mettre en demeure les States de fermer leurs nombreuses bases militaires dans leur pays.
Pendant que les pays occidentaux prônent hypocritement le libre-échange et l’économie de marché, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) nous dit, dans une étude dont l’essentiel a été reproduit dans le journal Les Affaires du 9 septembre 2006, que : «Les pays les plus riches subventionnent le plus», ce qui nuit énormément aux pays pauvres en voie de développement et qui les maintient dans une situation de soumission la plus totale face aux pays occidentaux. Pourtant, l’OMC est un organisme très à droite. Il faut que les pays pauvres se libèrent du joug de tous les pays occidentaux qui s’enrichissent en exploitant les autres. Il faut mettre fin au colonialisme économique.
Dans la deuxième partie de cet article, je démontrerai que la solution passe par une intervention de l’État et que je ne suis pas le seul à le penser… et étonnamment, je trouve des appuis auprès d’organismes de droite. Surprenant, non?
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