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Alain Trudel, du jazz à l’opéra
David Nathan, journaliste, www.davidnathan.ca - 1er avril2010


ll est aujourd’hui l’un des chefs d’orchestre les plus en demande et les plus respectés à l’international; un jour en Suède, la semaine suivante au Japon. Il est également à la tête de l’Orchestre Symphonique de Laval et a dirigé La Flûte Enchantée de Mozart à L’Opéra de Montréal. Pourtant, rien ne prédestinait Alain Trudel à un tel avenir.

Alain Trudel
Alain Trudel
www.alaintrudel.com
Le maestro à la jovialité indéboulonnable est né dans un foyer modeste de Montréal. Une maison où le jazz était le style le plus apprécié de la famille. La mère d’Alain Trudel avait été, jadis, chanteuse de jazz dans un cabaret du boulevard Saint-Laurent et son père, un excellent percussionniste de jazz. «J’ai baigné dans le jazz toute mon enfance. Un de mes premiers souvenirs musicaux, c’est ma mère qui chante par-dessus les disques de Billie Holiday», dit Alain Trudel.

Il n’a pas intégré le conservatoire dès son plus jeune âge; son premier contact avec un instrument de musique a été beaucoup moins académique. «Le trombone est arrivé dans ma vie par hasard. Je suis entré dans un brass band communautaire qui s'appelait Les Rythmiques. J’avais 12 ans et c’est là que j’ai appris la musique. Le jour de l’audition, je me suis présenté, mais comme je suis passé après tout le monde, les autres candidats avaient déjà choisi les trompettes et les percussions, et je me suis retrouvé avec le trombone à pistons. J’ai regardé l’instrument et je me suis demandé ce que j’allais bien pouvoir faire avec cette grosse trompette. Plus tard, j’ai découvert le trombone à coulisse et là, les choses étaient différentes!»

C’est donc en arpentant les rues de Montréal, de Québec et d’ailleurs, que le jeune Alain fait ses gammes, été comme hiver. «On jouait à l’occasion des parades, on ne faisait pas de musique classique, mais des reprises des Bee Gees, des morceaux de Grease, des standards de Jazz. Je me souviens d’une fois pendant le carnaval de Québec, il faisait moins 30 degrés, j’avais mis des petites chaufferettes sur les pistons du trombone, mais ça ne servait à rien, car à cette température-là, les pistons ne fonctionnent pas!», se souvient-il en souriant.

À 15 ans, il intègre le conservatoire de musique de Montréal et rencontre la musique classique. «Les premiers compositeurs que j’ai découverts étaient Tchaïchovski et Chostakovitch; ensuite, il y eut l’opéra italien, Puccini notamment.» Très vite ses professeurs lui confient la direction de l’orchestre du conservatoire, comme un signe prémonitoire.

Alors qu’il est encore étudiant, Alain Trudel remplace son professeur de trombone au sein de l’Orchestre Symphonique de Montréal. Les choses vont ensuite très vite pour le Maestro. À 19 ans, il part jouer une année entière à Barcelone tout en continuant d’approfondir sa connaissance théorique de la musique.

«À mon retour d’Espagne,
j’ai commencé à diriger partout où je pouvais, autant pour des petites formations de musique de chambre ou que pour des remplacements.»
Alain Trudel vit sa passion à fond et très vite. Il se fait vite une place et un nom. Il dirige partout au pays, sa carrière est en pleine ascension lorsqu’il apprend, en 2006, qu’il souffre d’un cancer du péritoine à un stade très avancé. «C’était ma meilleure année sur le plan professionnel, j’ai appris la nouvelle juste après avoir signé le contrat pour diriger l’Orchestre de Radio-Canada.»

Face à cette terrible nouvelle, Alain Trudel ne perd pas son optimisme naturel. «Je ne suis vraiment pas du genre à m’en faire, explique le jeune chef d'orchestre. Je me suis dit que tout allait bien se passer, que j’allais surmonter ça très rapidement. Les gens prennent souvent le cancer comme un choc frontal sur l’autoroute, moi je me suis dit que c’était juste un petit moustique sur mon pare-brise. C’était un combat à gagner et le prix de ce combat c’était ma vie, ma famille, mes enfants, ça valait le coup de se battre!»

Il reconnaît que son autre motivation a été la musique. «J’ai pensé à toutes les œuvres que je ne connaissais pas encore, et je me disais que ce n’était pas le moment de partir. J’avais fait seulement deux symphonies de Mahler à ce moment-là, il m’en restait encore sept!»

Quatre ans plus tard, le chef d’orchestre est plus vivant que jamais et son agenda est rempli pour les deux prochaines années.

Et vous, qu’en pensez-vous ?
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