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Joseph Clermont Mathurin, rockeur à l’écoute
Micheline Rioux Lemieux, journaliste de rue - 1er avril 2010


Micheline Rioux Lemieux
Joseph Clermont Mathurin, camelot
Joseph Clermont Mathurin, camelot
Photos : Daniel Dumont

«Joseph, j’avais assez hâte de finir de travailler pour voir ton sourire. Tu mets un baume dans ma vie!» Ce sont des mots que notre camelot Joseph Clermont Mathurin entend très souvent de la part de ses clients. Il est un rayon de soleil pour toutes les personnes qui croisent son sourire. À L’Itinéraire, on apprécie autant que ses clients la joie de vivre de Joseph. «Je me sens un peu comme un rockeur sauveur. J’aide beaucoup de monde», dit-il sereinement.

Dans sa vie, Joseph a fait 56 métiers. «Le meilleur métier que j’ai eu, c’est camionneur. Je n’avais pas de compte à rendre à personne et ça n’était pas un job routinier.» Ce métier plaisait à Joseph qui retrouve un peu la même autonomie en vendant le magazine. «Je fais moins d’argent aujourd’hui, mais j’suis pas mal plus heureux. Vendre L’Itinéraire, c’est valorisant. Parfois, j’agis comme conseiller auprès de mes clients.
Il y a quelques semaines, une dame m’a parlé de son problème avec sa fille. Je lui ai fait quelques suggestions et elle m’est revenue plus tard en me disant merci, que sa fille avait changé de comportement. C’est de la pure valorisation qu’elle m’a donnée et ça, ça n’a pas de prix.»

Dégringolade jusqu’à la rue

Camionneur, il avait cumulé plusieurs contraventions qu’il n’arrivait plus à payer. Lors d’un contrôle routier en décembre 2005, son permis de conduire a été suspendu. Du jour au lendemain, il a perdu son gagne-pain. Il n’arrivait pas à payer ses contraventions. Sans chômage, Joseph ne voulait pas demander d’aide de dernier recours… par fierté! «Je gagnais 500$ par semaine, alors je ne voulais rien savoir du BS», raconte-t-il. Puis Joseph a perdu son logement, s’est retrouvé à la rue et à dormir sous le pont Jacques-Cartier. Le camelot est conscient de la fragilité de notre condition. «Dans la vie, il n’y a rien de coulé dans le béton. Du jour au lendemain, tu peux te retrouver à la rue et il y en a beaucoup qui ne voient pas ça.»

Avant d’aboutir à L’Itinéraire, Joseph quêtait depuis deux ans devant le marché Metro du métro Papineau. Plutôt rebelle, Joseph n’aime pas se faire dire quoi faire, c’est pour ça qu’il a tardé à venir rejoindre le groupe communautaire. Mais depuis maintenant trois ans, le rockeur au cœur tendre vend fièrement et avec un large sourire son magazine là où il quêtait auparavant. «En vendant L’Itinéraire, je trouve plus de gratitude auprès des gens qu’en quêtant. J’ai plus de fierté», ajoute-t-il les yeux brillants. Le joyeux camelot se décrit comme un solitaire et il ne se considère pas comme un itinérant. «J’aime faire mes affaires tout seul. Je suis plutôt naïf et les autres ont tendance à ambitionner sur moi», dit-il lucide.

Gaspésien d’origine et cadet d’une famille de cinq enfants, Joseph a atterri à Laval avec sa famille vers l’âge de dix ans. Sa mère était autoritaire et son père un bon travaillant qui apportait l’eau au moulin, mais s’enivrait régulièrement et n’était pas très présent. «J’étais toujours un peu à l’écart des autres, parce que j’ai dix ans de différence avec mon frère. J’étais déjà tout seul enfant. Ça fait que quand j’étais plus jeune, je voulais prouver au monde que j’étais capable.»

Disposant aujourd’hui d’un logement subventionné dans le Vieux-Montréal, l’ancien camionneur aime la souplesse des horaires que lui procure L’Itinéraire. «Si je veux commencer à midi et m’en aller quinze minutes après, je peux le faire. Je n’ai de compte à rendre à personne et c’est ça que j’aime. Je suis mon propre boss. Si je ne vends pas, j’en subis les conséquences… je ne mange pas. C’est aussi simple que ça.» À 48 ans, Joseph comprend davantage la réalité des personnes vivant dans la rue. «Il y en a qui ont vraiment besoin d’aide, comme les itinérants. Dire qu’avant, quand j’étais camionneur, j’avais des œillères et beaucoup de préjugés envers ces personnes.» À L’Itinéraire, Joseph s’est recréé une famille. «Je me sens un peu comme le rebelle de la p’tite famille», dit-il en riant.


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