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Daniel Prince et la famille de L’Itinéraire
Josée Louise Tremblay, chroniqueuse de rue - 15 avril 2010 |

Daniel Prince, camelot
Photos : Daniel Dumont |
Il vend le magazine L’Itinéraire depuis presque trois ans au métro Square-Victoria et sur l’avenue du Mont-Royal. Discret et souriant, le camelot Daniel Prince est un lève-tôt qui est présent à son poste de vente dès six heures du matin. Sa persévérance, son assiduité et son calme expliquent la bonne relation qu’il entretient avec ses clients. Malgré un parcours de vie des plus chaotiques, ses belles qualités lui ont permis de se faire remarquer et d’obtenir un poste de distributeur au sein de L’Itinéraire.
Natif de Laval, Daniel Prince a vu son domicile prendre feu trois fois en six ans dans cette ville. «Au dernier feu, en 2004, j’ai décroché. C’est là que je suis arrivé à Montréal.» Il a vécu à la Maison du Père et à Mission Bon Accueil pendant presque un an. À la Mission, Daniel a rencontré un ami qui lui a parlé de L’Itinéraire. «Je n’avais pas d’argent et je n’avais plus rien. Cet ami m’a dit qu’on pouvait m’aider.»
Il avait 47 ans lorsqu’il s’est retrouvé à la rue. Fréquenter le groupe communautaire l’a incité à s’éloigner des autres itinérants du centre-ville. Dès qu’il a commencé à vendre le magazine, Daniel a été renversé par la réponse des clients. «La première fois que j’ai vendu le magazine, j’ai vendu 5 copies en 3 minutes! Ça, ça encourage à continuer!» dit-il avec enthousiasme. Dès cet instant, Daniel n’a pas lâché son nouveau boulot.
Cette année, il a décidé de s’investir davantage. Depuis quelques temps, ce camelot a décroché un poste en insertion sociale, en tant que commis à la distribution. «Ici, je me repose un peu, parce que sinon, je travaille tout le temps à vendre le journal!» dit-il en riant. Daniel a l’habitude de travailler fort et pendant de
longues heures. «J’étais habitué à travailler 12 heures par jour dans des shops.» Autrefois opérateur de machines qui fabriquent des objets en PVC (portes, fenêtres, etc.), le camelot ne veut plus faire ce travail. «C’est dur dans ce domaine-là. C’est des longues heures et les horaires ne me conviennent plus. J’aime mieux vendre le magazine. J’aimerais mieux le vendre la nuit, mais y’a personne dans les rues!» raconte-t-il, blagueur.
Daniel Prince est le quatrième enfant d’une famille de quatre et il n’était pas désiré : «Ma mère a tout fait pour me perdre.» Ses parents se sont séparés alors qu’il n’avait que trois ans. En 1963, une femme seule avec quatre enfants, c’était plutôt rare.
Lorsqu’il a eu 18 ans, il est parti travailler à la Baie-James. «C’est après ce travail que j’ai commencé à boire. En revenant, j’ai pris toute une tasse et ça a duré des années! J’ai perdu ma job à cause de la boisson.» Daniel a flambé tout l’argent qu’il avait fait là-bas et s’est finalement retrouvé en prison : «J’ai changé des chèques volés pour pouvoir boire.» Quand il a cessé de boire, ce fut pour essayer toute les drogues. «Je me suis “pitché” là-dedans. Ce n’était pas mieux! Je les ai toutes essayées, je me suis même piqué à la cocaïne, mais pas à l’héroïne.»
La vente du magazine lui a permis de faire autre chose que de quêter. «Je me sens davantage actif au sein de la société. J’offre un service.» À L’Itinéraire, Daniel se fait des amis et c’est ce qu’il aime. «Le groupe communautaire est un grand réseau de contacts. Partout où on pense que les portes sont fermées, avec L’Itinéraire, les portes s’ouvrent. C’est impressionnant!» Il aura 50 ans en septembre prochain et est très heureux de faire partie du groupe. «C’est une grosse famille, ici. Il y a beaucoup d’entraide. J’apprends à connaître les autres qui fréquentent le groupe.»
Et vous?
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