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Michel Côté, le camelot survivant
Micheline Rioux Lemieux, journaliste de rue - 15 janvier 2010


Micheline Rioux Lemieux
Michel Côté
Michel Côté
Photos : Isabelle Winter
À L’Itinéraire, certains camelots ont une histoire de survie de la rue qui va au-delà de toute compréhension. Le camelot Michel Côté est un survivor de l’itinérance. Aux portes du Maxi de Pointe-auxtrembles, à l’angle des rues Sherbrooke et Tricentenaire, les clients de l’épicerie lui achètent fidèlement le magazine depuis dix ans. Ceux-ci ne savent pas réellement à quel point la vie du camelot a été des plus périlleuse.

«Je suis un ex-membre de gang de motards», commence Michel Côté. «J’ai été membre des Popeyes pendant cinq ans et membre des Hells Angels pendant un an. Quand les Popeyes ont changé de bannière pour les Hells, c’est devenu pas mal trop heavy pour moé!», déclare-t-il. Son entrée en prison pour vol qualifié a mis fin à ses relations avec le crime organisé. Il a fait son temps, et à sa libération en 1993, il s’est retrouvé sans domicile fixe.

Né en 1952 dans la paroisse du Très-Saint-Rédempteur dans le quartier Hochelaga à Montréal, Michel a été élevé dans la rue. Sa mère, monoparentale avec cinq enfants, a élevé sa progéniture dans la maladie et la pauvreté. «Ma mère ne travaillait pas, elle a été malade du coeur toute sa vie. Je dis que j’ai été élevé dans la rue parce que j’étais tout le temps dans la rue. Je bummais partout pis j’ai commencé à me tenir avec des gangs pas mal jeune», raconte-t-il.

Même s’il a été un délinquant juvénile et qu’il a fréquenté le milieu interlope à l’âge adulte, cela n’a pas empêché Michel d’avoir du travail, de se marier et d’avoir un fils. «J’ai obtenu la garde légale de mon gars après mon divorce. C’est surtout ma mère qui l’a élevé. J’étais pas là souvent», se souvient-il. Ex-décrocheur, son fils qui a maintenant 38 ans, possède une maîtrise en gestion et occupe aujourd’hui un poste de cadre à l’hôpital Saint-Luc: «Il s’en est bien sorti, je suis fier de lui. J’ai aussi un petit fils de 12 ans. Il joue au soccer et il est très bon à l’école».

Dans le ventre du camion
Michel a toujours eu un chez soi… jusqu’à ce que sa mère décède. Sans emploi à sa sortie de prison, il sombre dans l’alcool : «J’étais tout le temps saoul. Quand je commençais à boire, impossible de m’arrêter». N’ayant nulle part où aller, il trouve la remorque abandonnée d’un gros camion et en fait son domicile. «L’été, c’était le fun. C’était comme un chalet! Mais l’hiver, c’était une autre affaire. J’ai habité là pendant cinq ans! C’est Gina qui m’a sorti de là», confie-t-il.

Gina est sa fiancée. Ancienne journaliste de rue à L’Itinéraire, elle a rencontré Michel en 1998 et l’a encouragé à s’impliquer au journal: «Elle m’a amené au local de la rue Amherst, mais au début je n’voulais pas trop. On a commencé à vivre ensemble pis on s’est pu lâché depuis! Donc, j’ai pris un cours d’informatique et d’écriture
journalistique au local pour me désennuyer pis être avec elle. C’est un peu plus tard que je suis devenu camelot».

Le quotidien de Michel ne manque pas d’anecdotes croustillantes. Il travaille à son point de vente environ 80 heures par semaine, sept jours sur sept. Il ne veut surtout pas s’absenter une seule journée. «Une fois, un gars m’a demandé l’heure. Je lui ai dit que je ne l’avais pas. Il m’a donné une montre! Pis une autre fois, dans le stationnement, j’ai lâché un cri à un petit garçon de quatre ou cinq ans qui allait se faire frapper par une auto qui roulait pas mal vite. Son père l’a tassé juste à temps. Si j’avais pas crié, il serait sûrement mort! Depuis ce temps là, à chaque fois qu’il vient avec son père,il m’apporte son deux piastres pour m’acheter le magazine. Il se souvient de moi, le petit!»


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