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Environnement - Solutions

Des porcs plus «verts» pour sauver la planète?
Delphine Denoiseux - 1er juillet 2010


L’élevage cause des problèmes environnementaux, ce n’est pas un scoop. Que des porcs génétiquement modifiés puissent sauver la planète le serait davantage… Mais est-ce le rôle de la technologie de prévenir les impacts environnementaux de nos élevages? Ce raisonnement atteint-il une limite?

Cochon

Depuis dix ans, des porcs manipulés génétiquement pour jouer un rôle dans la lutte contre la pollution des eaux sont étudiés à l’université de Guelph. «Leur production à des fins d’alimentation humaine n’est pas encore approuvée, mais une étape importante a été franchie», explique François Pothier, spécialiste des biotechnologies appliquées aux animaux d’élevage à l’Université Laval. Les scientifiques sont récemment parvenus à montrer que le niveau de phosphore contenu dans le fumier des porcs Enviropig est jusqu’à 70 % moins élevé que dans celui de porcs ordinaires.

Si Enviropig est une initiative ontarienne, elle fait parler d’elle au Québec. Et pour cause : l’industrie du porc y est solidement implantée. Le Québec est le deuxième producteur de porcs au Canada avec un total de 7,8 millions de têtes en 2008 - «soit une hausse de 8 % par rapport à 2007», indique le Centre de développement du porc du Québec.

Un calcul pas si simple
Pourtant, Benoit Girouard, président de l’Union paysanne du Québec estime qu’il serait peu probable que l’industrie du porc québécoise se lance dans la commercialisation d’un porc OGM. «Cette industrie est fragilisée et les Québécois sont nombreux à se méfier des OGM», explique-t-il.

François Pothier s’interroge, pour sa part, sur la rentabilité de la mise en marché de tels animaux d’élevage. «Une des raisons pour lesquelles vous n’avez pas de produit d’animaux modifiés génétiquement sur le marché, c’est que leur production coûte trop cher», déclare-t-il. Cependant, il pense que la couleur verte d’Enviropig pourrait jouer en sa faveur. «Enviropig, c’est un premier pas pour réduire les rejets de phosphore dans l’environnement, principale substance polluant les rivières, indique-t-il. Une partie de la population pourrait y voit un bénéfice si la preuve est faite qu’il n’a aucun impact sur la santé de l’homme.» Toutefois, il met en garde : «Cette initiative ne devrait pas servir de prétexte pour multiplier le nombre d’animaux élevés industriellement. Le phosphore n’est pas la seule source de pollution provenant des élevages.»

«Fuite en avant»
Pour Benoit Girouard, Enviropig constitue une fuite en avant. «À chaque fois que l’industrie fait une bourde, on tente de la corriger par de nouveaux moyens techniques, s’indigne-t-il. Pour ce qui est du porc, on sait très bien que le niveau de phosphore est lié à leur alimentation à base de maïs. Mais au lieu de réfléchir à ces façons de faire et de diversifier la nourriture des porcs, on pousse la machine toujours plus loin.»

L’élevage est aussi l’un des plus importants producteurs de gaz à effet de serre, a indiqué l’ONU en 2006. Mais pour la diététiste Anne-Marie Roy, le problème est plus profond. «Au-delà de l’aberration énergétique que constitue l’élevage, les Québécois mangent trop de viande et avec Enviropig, on ne sort pas de cette logique», remarque-t-elle.

En 2008, le Canadien a mangé, en moyenne, 9,7 kg du porc durant l’année. La même année, la part du bœuf, du veau et de l’agneau, dans le régime alimentaire des Canadiens, a diminué par rapport à 2006, alors que celle du porc a légèrement augmenté, indique l’Organisme statistique national du Canada.

À l’échelle mondiale, l’industrie de la viande va bon train. Dans son rapport annuel, l’agence onusienne pour l’alimentation et l’agriculture prévoit que la production mondiale annuelle de viande passera de 228 millions à 463 millions de tonnes d’ici 2050.

Et vous, qu’en pensez-vous ?
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