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Stephane Avard «J'aime ma job!»
Josée Louise Tremblay, journaliste de rue - www.joseelouise.com - 1er juillet 2010


Josée Louise Tremblay
Stéphane Avard, camelot
Stéphane Avard, camelot
Photos : Daniel Dumont

A chaque magazine vendu, Stephane Avard gagne 1 $. Avant, il gagnait 200 $ par jour, mais il etait malheureux. Depuis 2007, le camelot vend avec assiduite son magazine devant le Palais des congres. De son propre aveu, cette activite l'a completement transforme. Sans L'Itineraire, je serais peut-etre mort aujourd'hui, dit-il gravement.

À 42 ans, Stéphane Avard s’épanouit aujourd’hui dans la confiance, l’estime de soi et l’autonomie. Pourtant, il n’en menait pas large lorsqu’il est arrivé dans les locaux de l’organisme communautaire, il y a trois ans. «Je venais de perdre mon loyer et je m’en allais à la rue», explique-t-il. Cette mésaventure l’a amené à vendre le magazine, ce qui a provoqué chez lui une nouvelle réflexion. «J’ai compris que ça pouvait arriver à tout le monde et que tout part de soi.» Aujourd’hui, Stéphane se sent mieux. «Je commence à être un peu heureux, puis j’aime ma job!», dit-il fièrement.

Parcours houleux
Au début de la vingtaine, la dégringolade commence pour Stéphane Avard. Avec sa compagnie de livraison de courrier, il faisait beaucoup d’argent. Son arrogance l’entraîne alors dans toutes sortes de dépendance et il devient notamment toxicomane. «J’ai tout fait, tout consommé, mais j’en avais jamais assez, puis j’étais méchant et méprisant envers les personnes qui étaient pauvres», se souvient-il.

Pourtant, selon le camelot, qui est le cinquième d’une famille de six enfants, il avait tout pour être heureux. «J’ai deux frères et trois sœurs. Je suis chanceux. Mon père était très travaillant et on n’a rien manqué chez nous», dit-il. De son enfance, il garde de bons souvenirs. «Y’en a qui ont été maganés, mais ce n’est pas mon cas. J’ai une bonne famille unie. Mes parents m’ont donné ce qu’ils pouvaient tout en faisant le bien.»

Malheureusement, la toxicomanie l’a isolé. «Je ne me voyais pas aller. J’étais paranoïaque, mais je ne m’en rendais pas compte. Je me suis drogué pendant vingt ans. J’ai fait plein de gaffes. Ça m’a éloigné de ma famille», explique-t-il.

En 1991, Stéphane a perdu son père. À l’époque, il vendait de la drogue et consommait énormément. L’argent circulait à flot, mais il était toujours cassé. «Dans ce temps-là, j’étais dépressif. Avant qu’il décède, j'ai fait plusieurs tentatives de suicide. J’étais complètement fou.» Dès qu’il commence à raconter ce moment douloureux de sa vie, le camelot ne peut retenir ses larmes qui coulent doucement sur ses joues : «Je n’ai jamais dit à mon père que je l’aimais. C’est mon plus grand regret», explique-t-il la voix tremblante.

La renaissance
Au décès de son père, l’état de Stéphane a empiré. «Je lui avais écrit une lettre, comme quoi je m’occuperais de ma mère, mais ça n’a pas fonctionné.» Ses idées suicidaires le hantaient continuellement. «J’habitais prêt d’un poste de police avec une banque à côté. Je voulais faire la banque, afin que le système de sécurité se déclenche et lorsque je serais sorti de la banque, j’aurais tiré des balles à blanc sur les policiers et ils m’auraient tué.» Son plan n’a pas fonctionné. Il est sorti tranquillement de la banque et il n’y avait personne dehors, à son grand étonnement. L’argent sous le bras, il s’est rendu dans une piquerie. «Comme mon suicide n’avait pas fonctionné et que je voulais encore mourir, je me suis dit que j’allais consommer jusqu’à l’overdose.» Selon Stéphane, il y a un bon Dieu pour les fous. «J’avais le visage découvert quand j’ai braqué la banque et la caissière me connaissait. Dans la piquerie, un gars a réussi à me réanimer. Les policiers sont venus me chercher chez nous. C’est là que j’ai commencé à faire des thérapies et à cheminer.»

Aujourd’hui, le camelot est sobre et est heureux d’avoir à nouveau de bons rapports avec sa famille, dont sa mère et ses neuf neveux et nièces qu’il voit régulièrement.


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