| Actualité et vie urbaine - Éditoriaux |
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Édito - Une brèche dans la culture
répressive du SPVM
Audrey Coté, rédactrice en chef - 15 juillet 2010 |
Une junkie s’injecte un élixir vénéneux en pleine rue; un itinérant cuve sa bière devant un commerce achalandé; un squeege pogne les nerfs et casse le pare-brise d’une voiture. Au 911, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) gère près de 1 000 appels par année en lien avec l’itinérance à Montréal. Généralement plus enclin à la répression, le SPVM commence à s’éveiller à une autre culture : celle de la collaboration avec les organismes d’aide en itinérance.
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Mise sur pied conjointement par le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) Jeanne-Mance et le SPVM, l’Équipe mobile de référence et d’intervention en itinérance (EMRII) vise à accompagner environ 150 personnes de la rue considérées comme des «cas lourds». . L’équipe est constituée de deux policiers, d’un travailleur social et d’un infirmier et a pour mission de guider les itinérants les plus judiciarisés vers des ressources appropriées plutôt que de leur coller une contravention comme on le faisait jusqu’à maintenant. «Donner 100 contraventions à un individu ne changera pas son comportement. Il faut assurer le suivi des personnes auprès de qui on intervient pour arriver à un résultat positif», a affirmé Denis Desroches, chef du Service à la communauté de la région sud de Montréal du SPVM, lors du lancement de l’unité d’intervention en juin dernier. Ce changement de ton est d’autant plus étonnant que les représentants du SPVM n’ont pas l’habitude de reconnaître aussi clairement ce que les organismes communautaires claironnent depuis des lustres : la judiciarisation à outrance nuit à la réinsertion des personnes de la rue. Mais cette brèche dans la culture répressive du SPVM ne suffit pas.
Si les quatre intervenants de l’EMRII sont animés par les meilleures intentions du monde, l’émission intempestive de contraventions continue pourtant chez la majorité des agents du SPVM au centre-ville. De 2004 à 2006, l’équipe de recherche de Céline Bellot, rattachée au Centre international de criminologie comparée de l’Université de Montréal, a dénombré pas moins de 15 090 contraventions émises à 2 469 personnes pour des motifs généralement futiles, qui s’appliquent de manière discriminatoire aux plus démunis qui vivent dans la rue. Par exemple, traverser la rue alors que le feu était rouge coûte 52 $ ou être trouvé allongé sur un banc de parc peut entraîner une contravention de 85 $. N’ayant pas les moyens de payer, les personnes de la rue traînent un lourd dossier judiciaire qui neutralise les efforts déployés par les organismes communautaires pour les aider à réintégrer la société. La discrimination exercée par les agents du SPVM a d’ailleurs été fortement réprouvée en novembre 2009 par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Dans un avis rendu public, la Commission a conclu que «le profilage social dont sont victimes les sans-abri de Montréal est discriminatoire et contraire à la Charte des droits et libertés de la personne». Par conséquent, pas moins de 14 recommandations ont été formulées à la Ville et au gouvernement québécois afin que l’on cesse de sévir injustement à l’endroit des plus démunis.
Malgré les recommandations de la Commission et l’intervention marginale de la nouvelle patrouille EMRII, les contraventions continuent de pleuvoir sur les personnes de la rue. C’est ce qu’a confirmé à L’Itinéraire Isabelle Raffestin, intervenante-formatrice de la Clinique Droits Devant, qui accompagne les personnes vulnérables dans le règlement de leur situation judiciaire : «On conteste encore 10 à 15 contraventions abusives par mois, mais la majorité des personnes qui les reçoivent ne conteste pas les contraventions.» Faut-il conclure que la patrouille EMRII constitue une intervention marginale du SPVM pour se donner bonne conscience, ou qu’il s’agit là d’une brèche, ouvrant la porte à un réel dialogue entre les instances décisionnelles de la police de Montréal et les organismes en itinérance?
| Lisez également l’article de marie-lise rousseau en page 11 de l'édition du 15 juillet 2010 |
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