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Édito - Assurance-emploi
Soutenir une citoyenne exemplaire!
Audrey Coté, rédactrice en chef - 1er juin 2010 |
Elle se bat simultanément sur deux fronts. Contre un cancer et contre le gouvernement, auprès de qui elle souhaite faire changer les règles de l’assurance-emploi qui nuisent à la guérison de certains travailleurs. Le jour de son 32e anniversaire, en 2003, Marie-Hélène Dubé a appris que la fatigue qui s’abattait sur elle depuis des mois dissimulait un cancer de la glande thyroïde et des ganglions. Quelques semaines plus tard, elle a aussi vécu le choc de se retrouver littéralement dans la dèche.
Depuis 2003, la courageuse Marie-Hélène a vaincu trois récidives de la féroce maladie qui touche actuellement plus de 44 000 Québécois selon la Coalition priorité cancer au Québec. Comme Marie-Hélène, ces malades n’ont droit qu’à 15 semaines de prestation d’assurance-emploi. «C’est un stress immense, parce que tu n’arrives pas à te reposer pour guérir. En plus d’avoir mal au cœur à cause des traitements et d’être complètement déprimée, tu te casses la tête en te demandant comment tu vas payer les factures, l’épicerie et l’hypothèque», a confié Marie-Hélène Dubé à L’Itinéraire. La mère de deux enfants a d’ailleurs dû renégocier deux fois l’hypothèque de sa maison et avoir recours aux banques alimentaires.
En 2003, alors qu’elle commençait ses traitements, les 15 semaines de prestations d’assurance-emploi auxquelles avait droit Marie-Hélène étaient déjà épuisées. «C’est totalement inhumain. Avec 15 semaines, t’as même pas le temps de mettre 50 $ de côté. À peine avais-je réalisé que j’étais malade que j’ai dû penser à retourner travailler et comme je n’étais pas bien rétablie, j’ai fait une rechute.»
Selon l’Alliance sur les temps d’attente, il s’écoule en moyenne sept semaines avant qu’un cancéreux commence un traitement dans le système de santé public au Québec. Résultat : un cancéreux a un maximum de deux mois pour essayer de guérir! Quand un malade est hanté par le spectre de la pauvreté de jour en jour, il est complètement irréaliste de croire qu’il suffit de le bombarder de chimiothérapie pour le guérir. Le meilleur allié de la guérison d’une maladie grave reste le temps et la possibilité de maintenir une certaine qualité de vie.
Bien qu’affaiblie par la maladie et la pauvreté, Marie-Hélène Dubé a décidé de se battre pour faire changer les règles de l’assurance-emploi afin que tous les travailleurs qui sont atteints d’un cancer ou d’une maladie dégénérative ou invalidante aient droit à au moins 50 semaines de prestations. Son arme? Une pétition qu’Yves Lessard, député du Bloc Québécois de la circonscription de Chambly-Borduas a accepté de déposer à la Chambre des Communes en avril dernier; elle comportait 63 000 signataires. «Un calcul a été fait et il en coûterait entre 350 et 400 millions de dollars pour que les malades puissent bénéficier de 50 semaines de prestations. Sur le budget de 18 milliards de la caisse de l’assurance-emploi, c’est plutôt minime pour faire preuve de compassion et d’intelligence, car les personnes qui se rétablissent mal coûtent plus cher à la société», a expliqué Yves Lessard à L’Itinéraire.
Le député poursuit judicieusement son argumentaire : «Trop de surplus de l’assurance-emploi sont détournés par le gouvernement. Cet argent représente à peu près 3 milliards par année. C’est à peu près ce qu’on donne aux compagnies pétrolières. Cet argent appartient aux travailleurs, car c’est eux qui contribuent à la caisse de l’assurance-emploi! Je considère ça comme un crime économique aussi grave que ceux de Vincent Lacroix ou d’Earl Jones, sauf qu’au lieu d’être au profit d’individus, c’est au profit des institutions politiques qui redonnent aux possédants!»
Au Canada, 60 % de la population ne détient pas d’assurance-maladie collective et selon la Société canadienne du cancer, près d’une personne sur deux risque d’être atteinte d’un cancer au cours de sa vie. Dans ce contexte, il apparaît évident que 15 semaines de prestations sont nettement insuffisantes. Cette situation est d’autant plus inacceptable que le Canada est le seul pays du G8 qui offre moins d’un an de prestations à une personne atteinte d’une maladie grave. Est-ce normal qu’un pays reconnu pour sa qualité de vie traite ainsi ses travailleurs?
L’objectif de Marie-Hélène Dubé est de récolter un minimum de 100 000 signatures d’ici septembre. Depuis son passage à Tout le monde en parle, la militante consacre au moins 30 heures par semaine à la gestion de son site Internet et au traitement de son courrier… car le gouvernement fédéral n’accepte pas les pétitions électroniques. Il faut donc la télécharger à partir de son site et la remplir à la main.
Récemment, on a beaucoup déploré le départ du grand syndicaliste Michel Chartrand qui défendait les travailleurs comme peu de syndicats sont encore capables de le faire aujourd’hui. À sa manière, Madame Dubé est une citoyenne inspirante qui défend notre cause à tous et à toutes, d’autant plus qu’elle n’a plus rien à gagner pour elle-même. Ses 50 semaines sont épuisées depuis belle lurette!
En plus de signer la pétition, je vous encourage à faire des dons à Marie-Hélène Dubé à partir de son site Internet. Le travail qu’elle accomplit pour la société est titanesque et mérite que ceux qui le peuvent la soutiennent financièrement. «Je le fais pour les autres. Quand je vais mourir, ce sera mon héritage laissé à mes enfants et à la société.» Merci Madame Dubé, vous êtes la preuve vivante que la solidarité humaine peut encore dépasser l’intérêt personnel.
Pour signer la pétition : petitionassuranceemploi.wordpress.com
Et vous, qu’en pensez-vous ?
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