Accueil  |  S'inscrire à notre bulletin  |  FAQ  |  Plan du site  |  Nous joindre  
Accueil de L'itinéraire Commandez des cartes-repas dès maintenant
Accueil de L'itinéraire Le magazine L'Itinéraire Le Groupe  L'Itinéraire Dernières nouvelles
L’Itinéraire honoré sur la scène internationale

Faire un don
Achats de cartes-repas
Abonnement
Liens utiles
Publicités/Annonceurs
Camelots
Emploi-stage-bénévolat
Le trotoir des célébrités
Infocommode

ANNONCEZ ICI
514-597-0238 #246
vente@itineraire.ca

Educalcool

Caisse du Quartier-Latin de Montréal

Attitude

Quebecor

Prix de l'économie sociale de Montréal

Actualité et vie urbaine -À la une

Wajdi Mouawad «Sans le théâtre, je serais mort.»
Audrey Coté, rédactrice en chef - 1er juin 2010


Audrey Coté Il parle comme s’il était en coulisses. En sourdine et avec mesure. Entre deux répétitions au Théâtre de la Colline à Paris, l’auteur, comédien et metteur en scène Wajdi Mouawad a décroché le téléphone pour partager quelques-unes de ses précieuses minutes avec L’Itinéraire.

Wajdi Mouawad et ses comédiens lors d’une répétition pour Le sang des promesses
Wajdi Mouawad et ses comédiens lors
d’une répétition pour Le sang des promesses
Photos : Jean-Louis Fernandez


Son quotidien? Un tourbillon créatif, entre le Québec et la France. Sa renommée? Dans la foulée de Robert Lepage, le Libano-Québécois Wajdi Mouawad est une figure de proue du théâtre, et sa créativité rayonne au-delà des frontières du Québec. En 2005, il fonde simultanément les compagnies de création Abé Carré Cé Carré avec Emmanuel Schwartz, au Québec et Au Carré de l’hypoténuse, en France. Depuis 2007, il est également directeur artistique du Théâtre français du Centre national des arts d’Ottawa. Son travail marque un rapprochement concret entre les pratiques théâtrales du Québec et de la France, les deux terres d’accueil du Libanais d’origine qui a fui la guerre civile du Liban avec ses parents, à l’âge de huit ans.

Avec le quatuor de pièces intitulées Littoral, Incendies, Forêts et Ciels, présenté dans le cadre du Festival TransAmériques, du 6 au 11 juin prochain, le créateur libano-québécois explore la question de l’héritage sous l’intitulé Le sang des promesses. Qu’il soit conscient ou non, silencieux ou tonitruant, collectif ou familial, l’héritage constitue la trame de prédilection du créateur exilé. «Si vous me demandiez : “Qui êtes-vous?”, je ne saurais pas encore quoi répondre. Je peux dire où je suis bien, mais d’où je viens, c’est plus difficile. Un exilé doit inventer un autre rapport au collectif, car il n’a pas la mémoire de la terre qui l’accueille», fait valoir l’artiste.

Wajdi itinérant?
Il insiste pour le dire. L’idée de faire la une du magazine L’Itinéraire l’a séduit d’emblée parce qu’il se considère comme un marginal chanceux. Le rebelle viscéralement allergique à toute contrainte a été sauvé par le théâtre. «Si je n’avais pas fait de théâtre, je serais mort, décrète Wajdi. Mon inaptitude à supporter toute contrainte m’aurait probablement menée dans la rue. Sinon, je me serais tiré une balle dans la tête. Je n’aurais jamais été capable de me lever pour aller travailler parce que j’ai toujours été incapable d’endurer la moindre chose qui m’ennuie. Je ne peux vraiment pas», insiste-t-il. D’ailleurs, le créateur reste fasciné par ceux qui se sacrifient pour gagner leur vie : «Ce qui me touche par exemple, c’est d’essayer de comprendre pourquoi une personne accepte de passer 40 ans de sa vie derrière un tiroir-caisse, alors qu’on ne vit qu’une seule vie. Quand cette personne va mourir, il n’y aura plus rien.»

Le créateur multidisciplinaire ne cache pas non plus qu’il a toujours haï l’école et qu’il n’a pas obtenu son diplôme collégial. Rêveur, le jeune Wajdi préfère plutôt apprendre par lui-même en lisant tout ce qui lui tombe sous la main. «Mes dernières années d’école ont été une torture inimaginable et ma vie a littéralement changé le jour où, en cachette de mes parents, je suis allé passer une audition à l’École nationale de théâtre. Là, j’ai trouvé mon état de joie.»

Québec paradoxal
Appelé à voyager dans plusieurs villes du monde, Wajdi Mouawad revient toujours à Montréal où il s’est installé avec ses parents à l’âge de 15 ans. Ce qui caractérise la ville de ses premières inspirations? «Son paradoxe, lâche-t-il spontanément. Montréal est tout à fait libre, accueillante, mais aussi cloisonnée. C’est vraiment un vent de liberté que l’on ressent dans cette ville et, en même temps, je suis toujours étonné d’y constater la juxtaposition de communautés culturelles qui ne se rencontrent pas. Chacune de ces communautés a son hôpital, son école et échange peu avec les autres. C’est une grande chance pour les communautés, mais en même temps, il n’y a pas de rencontres et cela me frappe. Je suis à Paris depuis trois mois et, dans beaucoup de quartiers, toutes les nationalités s’entremêlent et échangent entre elles.»

Le désintérêt de la majorité des Québécois pour leur histoire interpelle aussi Wajdi Mouawad : «Au Liban, par exemple, l’homme de la rue, n’importe qui, peut raconter l’histoire du pays. Alors qu’au Québec, c’est rare. Mais en même temps, ce manque de curiosité et cette méconnaissance de l’histoire sont porteurs d’une grande liberté», constate le Québécois d’origine libanaise.

L’artiste souligne que la méconnaissance de sa propre culture engendre une grande insécurité identitaire. «Le Québec est extrêmement accueillant, mais en même temps, il y a toujours le spectre de la peur de perdre sa langue, sa culture… probablement parce que les Québécois ont l’impression de ne pas avoir de culture. Ce qui me frappe aussi, c’est qu’il n’y a pas de mémoire archaïque du territoire. Le métissage ne se fait pas entre les communautés, mais il ne se fait pas non plus entre les événements et entre les savoirs. Tout ça se côtoie, mais ne se rencontre pas.»

Ciels
Poésie du quotidien

Quatrième pièce du Sang des promesses présentée pour la première fois à Montréal au Festival TransAmériques, Ciels approfondit les thèmes de l’héritage, de l’exil, de la guerre et des liens du sang tout en les contredisant. «Je les mets en scène d’une manière différente en donnant cette fois-ci la parole aux parents plutôt qu’aux enfants, comme je l’ai fait dans les trois pièces précédentes», explique Wajdi Mouawad à L’Itinéraire. L’une des particularités de Ciels est également d’aborder la poésie du quotidien, celle que l’on n’attend pas et qui se produit dans l’instant. «C’est une superposition de trois ou quatre événements banals, mais parce que vous les voyez à tel moment, ils deviennent un moment qui vous apparaît comme poétique et surprenant parce qu’il n’était pas prévu.» (A.C.)

À voir au Théâtre Jean-Duceppe du 7 au 11 juin dans le cadre du Festival TransAmériques
Renseignements :
www.fta.qc.ca

Et vous, qu’en pensez-vous ?
Commentez cet article

Page précédente    
L'Itinéraire©2007, tous droits réservés. Conception: Drafter.com Hébergement:Superwebpro