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Gaétan Prince, rendu à bon port
Josée Louise Tremblay, journaliste de rue - www.joseelouise.com - 15 juin 2010 |

Gaétan Prince, camelot
Photos : Daniel Dumont |
Il dormait dehors et était recherché par la police. Il ne pouvait plus avoir d’adresse. Comme on dit, Gaétan Prince était barré partout. Arrivé à L’Itinéraire en 2008, il a déballé son sac et a demandé de l’aide. Pourtant à bout souffle, Gaétan a courageusement préparé son retour à la vie. Il se dit reconnaissant envers L’Itinéraire, où on lui a tendu la main alors qu’il en avait le plus grand besoin. Il vend aujourd’hui L’Itinéraire sur la Promenade Masson et sur l’avenue du Mont-Royal.
Depuis l’âge de 14 ans, Gaétan a la vie dure. Adolescent au comportement difficile, le camelot est allé au Mont Saint-Antoine, une maison de correction de l’époque. «En 1971, c’était reconnu comme l’école de réforme du Québec», se souvient-il. Déjà en ce temps-là, Gaétan avait des démêlés avec la justice. «Quand je suis arrivée à L’Itinéraire, je savais que ce n’était qu’une question de temps avant que ’aille en prison. J’étais au fond du baril et je me gelais pour oublier.» La vente du magazine a aidé Gaétan Prince à cesser la consommation de drogues dures et lui a donné l’assurance d'avoir une place parmi les camelots à son retour de prison. À sa sortie, il y a quelques mois, L’Itinéraire lui a permis de vendre à nouveau le magazine et avec l'argent qu'il a fait dès sa première semaine de vente, le camelot s’est loué une chambre et a évité les refuges. «Ça m’a permis d’avoir une adresse et d’avoir la possibilité de travailler. C’est grâce au magazine, si je ne suis pas retourné à la rue après la prison et que je ne suis pas retombé dans la drogue», raconte-t-il.
Aîné d’une famille de trois garçons et frère de Daniel, notre camelot à la distribution, Gaétan a retrouvé une famille en côtoyant L’Itinéraire. L’accueil des intervenants du groupe l’a aidé à reprendre confiance en lui et à se motiver à travailler à son mieux-être. «La vente du magazine, c’est ma job et c’est ma façon de me réinsérer socialement,» martèle-t-il. À une certaine époque, Gaétan travaillait dans le domaine du traitement de l’eau et se déplaçait régulièrement en voiture à travers la province de Québec. «J’ai fait ça de 1985 à 1992, après j’ai perdu mon permis de conduire. Après j’ai été commis d’entrepôt, puis vendeur dans une quincaillerie. J’ai toujours eu des contacts avec le public et j’aime ça.»
L’enfer, c'est soi-même
Enfant modèle jusqu’à l'âge de 13 ans, Gaétan a été bouleversé par le divorce de ses parents. Il a alors commencé à commettre des délits, comme du vol à l’étalage. «C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à avoir des problèmes avec la police.» La consommation de drogue est aussi entrée dans sa vie. «J’ai pris de l'acide et de la coke, en plus de prendre un coup. Ça m’a amené à commettre des vols et même à vendre de la dope pour payer ma consommation.»
À 55 ans, Gaétan garde l’espoir d’une vie meilleure. À L’Itinéraire, le camelot apprécie le non-jugement et l'ouverture des membres du groupe. «Ici, on est tous sur le même pied, on a tous notre histoire et personne ne juge personne.» Le camelot est également capable de reconnaître quand on fait quelque chose pour lui. «Je l’apprécie énormément et si je peux aider les autres, je vais le faire.» Parfois, sur la rue, il recrute de nouveaux camelots parmi des personnes qu’il voit quêter. «Je leur parle de la valorisation que ça procure. Déjà, y’en a deux qui sont devenus vendeurs!» Gaétan fait également du développement pour trouver de nouveaux points de vente pour le magazine.
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