| Actualité et vie urbaine -À la une |
|
Nicola Ciccone, tous les québécois sont des immigrants
Josée Louise Tremblay, journaliste de rue - www.joseelouise.com - 15 juin 2010 |
Même si son image de beau gosse porte à croire qu’il l’a eu facile, Nicola Ciccone a trimé dur comme plusieurs autres musiciens. Le chanteur italo-québécois est poète et sait émouvoir intelligemment avec des propos souvent à contre-courant. Sur son dernier album, Imaginaire, l’auteur continue d’aborder des sujets douloureux comme l’immigration ou le cancer. Rencontre avec un artiste à la sensibilité intelligente.

Nicola Ciccone et Josée-Louise, journaliste de rue
Photos : Éric Carrière |
Avec l’album Imaginaire, Nicola Ciccone continue d’émouvoir en parlant de tabous. «Il y a des sujets qu’on n’aborde pas nécessairement en chanson, comme l’immigration ou la maladie. Je voulais en parler avec un regard d’espoir», explique l’artiste. Il y a dix ans, c’est un autre tabou qui l’a propulsé au palmarès des chanteurs préférés du grand public. L’opéra du mendiant, chanson-titre de son premier album, a été un véritable succès. C’est en travaillant dans un dépanneur qu’il a aussi côtoyé le grand Antonio, l’itinérant le plus célèbre de Montréal, et qu’il a été sensibilisé à la cause des itinérants. «Je me sentais moi-même comme un mendiant à l’extérieur de la microsociété qu’était pour moi l'ADISQ. Ma chanson, L’opéra du mendiant, est une métaphore sur les mendiants de notre société se voyant à l’extérieur et gravitant autour, mais qui veulent s’intégrer, tout en ne sachant pas par où commencer», se souvient-il.
L’amour est pour lui un sujet incontournable et la chanson, romantique de nature. «Tu ne peux pas faire de musique sans parler d’amour. Même les groupes punk en parlent», dit-il avec amusement. Non seulement sa voix mélodieuse nous charme, comme avec sa formidable interprétation en italien de L’amour existe encore, mais sa prose, réconfortante, entre aussi profondément en nous. Un délice!
Débuts difficiles
Natif de Montréal, Nicola Ciccone a grandi dans la Petite Italie. «Je suis né dans un village à l’intérieur d'une grande ville. C’est un morceau d’Italie suspendu au milieu du Québec francophone. C’est très spécial», évoque-t-il. Selon lui, la Petite Italie devrait être ajoutée à la vingtaine de régions touristiques que compte le Québec, car elle a son propre dialecte, son folklore et ses poètes. «C’est là où j’ai vécu ma jeunesse, rappelle-t-il. J’essaie de transmettre, dans ma chanson L’immigrant, le regard que je porte sur la place qu’occupent mes ancêtres au Québec.»
Sur son plus récent album, Nicola ne se contente pas de chanter. Il utilise le monologue pour mettre en valeur ses textes et nous émeut avec l’histoire des premiers Italiens arrivés en Amérique. D’ailleurs, selon lui, tous les Québécois sont des immigrants. «À Montréal, il y a des gens qui proviennent non seulement de l’extérieur du Québec, mais de l’intérieur, comme de l'Abitibi ou de la Gaspésie. Ces personnes vivent un déracinement comme les immigrants. Ils s’ennuient de leur terre d’origine.»
Pendant son adolescence, il a des amis Québécois qui font de la musique comme lui. Nicola écrit déjà des chansons en anglais. Il se dit alors qu’il pourrait aussi écrire en français. Un peu par entêtement et par défi pour ses camarades qui lui déconseillent de poursuivre sur cette voie parce qu’il n’y avait aucun chanteur italien qui chantait en français à l’époque, l’auteur désire briser ce stéréotype. «J’aime la langue française. C’est ma troisième langue et je la trouve belle. Je suis tenace et persévérant, alors je me suis donné le défi de chanter cette langue et me suis pris au jeu,» raconte-t-il, les yeux lumineux.
Nicola gagne difficilement sa vie et il étudie la psychologie. Le chanteur paie son loyer grâce à de petits boulots et occasionnellement, il demande de l’argent à ses parents. Pourtant, l’auteur compositeur et interprète décide quand même de laisser tomber ses emplois pour se consacrer uniquement à sa musique. Durant trois ans, il connaît la pauvreté. «Mes amis n’en revenaient pas. Je n’avais pas de contrats, l’ADISQ ne savait pas qui j’étais, mais si tu veux percer avec tes chansons ici, il faut que tu te commettes. Tu dois être sincère envers ce métier-là,» souligne-t-il, lui qui a reçu le Felix de l’interprète masculin au dernier gala de l’ADISQ. Ces années difficiles ont forgé la détermination et la persévérance de l’artiste.
Engagé sur plusieurs fronts
Le chanteur est porte-parole de la Fédération québécoise de l’autisme. Pourquoi cette cause en particulier? Avant de tout lâcher pour se consacrer exclusivement à la musique, Nicola avait prévu faire de l’autisme le sujet d’étude de son mémoire de maîtrise en psychologie. Il aime aussi combattre les préjugés. «L’autisme n’est pas une seule condition.
Il y a plusieurs types d’autisme. Pourtant, on a juste en tête l’exemple du film Rainman avec Dustin Hoffman», dit-il. La popularité de l’artiste lui permet d’expliquer que ce trouble cognitif qui entrave la communication des personnes atteintes n’est pas une maladie mentale. «C’est ma mission de faire connaître la Fédération, parce qu’on en parle peu dans les médias. Quand on entend parler de l’autisme, c’est souvent les parents qui parlent de leur souffrance. Dans mes chansons, je parle de tout. Peut-être qu’un jour, j’écrirai aussi une chanson sur ce sujet, mais l’inspiration, ça ne se commande pas.» Nicola Ciccone a également dénoncé la violence faîte aux femmes avec sa Chanson pour Marie.
Lucide et pragmatique, Nicola Ciccone est conscient du travail qu’il a accompli en tant qu’artiste, mais se sent toujours vulnérable face à la pauvreté. «Souvent, la pauvreté et l’itinérance sont liées à la maladie ou au désordre mental. De ce côté, j’ai moins peur qu’avant. J’ai confiance en la vie, mais je pense que personne n’est à l’abri de ça.» Le chanteur a maintenant apprivoisé son rôle de personnalité publique en étant proche des gens qu’il sait émouvoir. C’est grâce au public qu’il a persévéré et continué de croire en son étoile. «Ce n’était pas écrit dans le ciel que mes chansons tourneraient à la radio! Elles étaient atypiques dans le paysage du show-biz à ce moment-là.»
Nicola Ciccone fera sa grande rentrée montréalaise le 13 octobre au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts avec son tout nouveau spectacle.
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Commentez cet article
|