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Sylvie Desjardins, aider les autres
Josée Louise Tremblay, journaliste de rue - www.joseelouise.com,
entrevue réalisée par Micheline Rioux - 1
er mai 2010


Josée Louise Tremblay
Sylvie Desjardins, camelot
Sylvie Desjardins, camelot
Photos : Daniel Dumont

Sylvie Desjardins a longtemps travaillé comme secrétaire médicale. À cette époque, L’Itinéraire, elle l’achetait. Désormais camelot à l’angle des rues McGill et Sainte-Catherine Ouest, Sylvie traîne un passé douloureux. Ayant aujourd’hui retrouvé dignité et espoir, elle veut aider son prochain.

Lorsqu’elle est arrivée à L’Itinéraire il y a un peu plus d’un an, Sylvie Desjardins était sans logis et sans le sou. «J’avais marché durant une heure dans les rues. En arrivant à L’Itinéraire, il y avait un camelot qui venait chercher des journaux. Je me suis dit: “C’est ça, je vais vendre le magazine!”»
On lui a avancé des journaux. «Je n’en revenais pas. Ils ne me connaissaient même pas. Ça m’a permis de survivre jusqu’à la fin du mois.»

Dès lors, elle s’implique auprès du groupe communautaire et quelques semaines plus tard, on lui propose un poste en insertion sociale à la plonge du café L’Itinéraire. «J’ai fait ça durant un mois et demi et puis on m’a proposé un poste à la distribution, toujours en insertion sociale. Je m’entends bien avec les camelots, car ils me font rire. C’est comme une grande famille ici.» En fréquentant L’Itinéraire, la camelot a découvert des talents qui n’attendaient qu’à se manifester. Inactive durant près de treize ans, elle ne croyait plus pouvoir trouver de la dignité. «Toute ma vie, je me suis crue sans dessein. Ici, j’ai réalisé que je n’étais pas une nounoune, que j’avais plein de potentiel. J’ai repris confiance en moi, surtout professionnellement, grâce à la vente et au contact des gens.»

La camelot manifeste une attention particulière à l’égard de ses clients âgés. Certains lui parlent de ses articles et l’encouragent. D’autres se confient à elle. Sylvie les écoute. Elle aime également promouvoir le groupe et les bienfaits qu’il procure à la communauté. «Je les invite à venir manger au café de L’Itinéraire», ajoute-t-elle.

Descente aux enfers
Sylvie, 51 ans, a connu son premier épisode maniacodépressif à l’âge de 27 ans. Durant son épisode maniaque, elle voulait faire davantage d’argent, alors qu’elle était secrétaire médicale à l’Hôtel-Dieu de Montréal. Un de ses amis l’a amenée dans un bar de danseuse sur la rue Saint-Denis. «Là, je me suis rendue compte que les filles n’étaient pas juste des pétards. Le lendemain matin, j’ai téléphoné au bar et on m’a engagée. Le soir même, j’ai fait 400 piastres.»

Pendant trois mois, Sylvie a cumulé ces deux emplois. À l’hôpital, elle vivait du harcèlement psychologique. «J’ai vécu onze ans de violence psychologique là-bas. Le docteur était fou. J’ai lâché parce que je n'étais plus capable et que c'était plus facile de danser.» Si elle n’avait pas été dans un épisode maniacodépressif, elle n’aurait jamais dansé. «Un gars m’a dit ensuite que je ferais plus d’argent si j’allais en Ontario. Je devais y rester deux semaines, j’y suis restée treize ans et je me suis mariée avec un de mes clients.»

Passé et avenir
Sylvie a toujours vécu dans un climat de violence. Dès l’enfance, son père la battait. «Après ça, j’ai été victime de violence conjugale toute ma vie. Contre mon dernier conjoint, là, j’ai porté plainte. Les intervenants de L’Itinéraire m’ont aidée à le faire.» Pourtant empreinte de sollicitude envers les autres, elle a toujours eu une mauvaise estime d’elle-même. Son passé la hante encore.

Quand elle a appris, il y a plus de 20 ans, qu’elle était bipolaire, elle s’est beaucoup documentée. «Dans ce temps-là, il n'y avait pas Internet, alors la bibliothèque y est passée!» La camelot sait qu’elle ne pourra pas cesser de prendre ses médicaments. «Le monde qui parle tout seul dans la rue, ça ne me fait pas rire. Je n’ai pas de préjugés. C’est du monde malade qui ne prend pas sa médication», dit-elle sagement.
Aujourd’hui, Sylvie rêve d'aller à l’université faire un certificat en intervention en santé mentale. «Il y quelques semaines, j’ai discuté avec une travailleuse sociale qui me voyait travailler avec les jeunes filles dans la rue!

Ça m’encourage à aller de l’avant.»


Et vous?

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