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Édito - Homophobie,
se responsabiliser individuellement
et collectivement
Audrey Coté, rédactrice en chef - 15 mai 2010 |
Anxiété, dépression, idées suicidaires : l’enfant victime d’homophobie ou de n’importe quelle autre forme d’intimidation à l’école devient un adulte à l’esprit tourmenté par la maladie mentale. Dans Osti de fif!, publié récemment, le comédien et chroniqueur Jasmin Roy raconte le cauchemar quotidien que fut son passage à l’école primaire et secondaire. Un récit courageux et d’autant plus touchant qu’il est dédié à «tous ces jeunes isolés, laissés pour compte, sans amis, qui vivent en silence cette tragédie solitaire.»
Osti de fif! Le titre frappe délibérément fort, à l’image de la violence psychologique exercée sur ceux qu’on affuble de cette insulte, considérée par les garçons comme la plus «handicapante» dans une cour d’école. Humilié et roué de coups par les autres garçons en raison d’un léger trouble de motricité qui le rendait vulnérable, le petit Jasmin a vécu un calvaire qui a laissé des cicatrices dans sa vie adulte. «J’ai toujours des séquelles, mais ça va bien… même si je conserve une anxiété de base», confie le comédien à notre journaliste David Nathan dans l’entrevue que vous pouvez lire à la page 37 de l'édition du 15 mai.
Plus de 27 ans après avoir quitté l’école secondaire, Jasmin Roy est bouleversé de constater que la violence homophobe sévit toujours aussi gravement en 2010. C’est d’ailleurs ce qui lui a donné le courage de triturer ses cicatrices d’enfant blessé pour raconter son histoire. Exercice courageux que celui de faire revivre le cauchemar quotidien de la violence afin de sensibiliser jeunes et moins jeunes à l’acceptation de la différence. «On m’attrapait par les bras pour m’empêcher de me défendre et on me frappait à coups de poing et à coups de pied», écrit le comédien. On me giflait au visage, on me crachait dessus et, après l’assaut ultime, on m’abandonnait en se retirant avec un rire sadique. Je restais seul avec ma souffrance.»
Dans nos écoles, des milliers de petits Jasmin Roy, plus sensibles ou fragiles que la moyenne, développent des problèmes de maladie mentale parce qu’ils sont victimes d’intimidation sans que personne n’intervienne de manière cohérente. Pour toutes sortes de raisons, directeurs, professeurs et autres intervenants scolaires hésitent à sanctionner les comportements d’intimidation.
Cette inaction généralisée nous coûte cher socialement. Dans l’ouvrage Mort ou fif, la face cachée du suicide chez les garçons, le sociologue Michel Dorais constate que le taux de suicide chez les jeunes gais et bisexuels est jusqu’à 16 fois plus élevé que chez les autres jeunes. De plus, à l’âge adulte, un adulte sur deux aura des idées suicidaires ou d’autres problèmes de santé mentale liés à la violence homophobe subie dans l’enfance.
Avec sa politique contre l’homophobie adoptée en 2009 par le gouvernement libéral, le Québec est l’une des sociétés les plus ouvertes au monde. Cependant, peu d’efforts ont été déployés pour que cette politique se concrétise. Comme le soutient Jasmin Roy, il est urgent que le gouvernement élabore une stratégie provinciale de sensibilisation et de formation des intervenants scolaires et des élèves. Il faut aussi que chaque intervenant du milieu scolaire, qu’il soit concierge ou directeur, soit conscient des ravages psychologiques engendrés par l’intimidation et prenne ses responsabilités d’adulte : protéger les enfants plus vulnérables.
Bien qu’il soit aujourd’hui ouvertement homosexuel, Jasmin Roy ignorait complètement son orientation sexuelle lorsqu’on l’injuriait en le traitant de tapette ou «d’osti de fif». Ainsi, peu importe la cause, l’intimidation est toujours fondée sur le rejet de la différence et ne pas intervenir revient à la cautionner lâchement.
Au terme de quatre ans de psychanalyse, Jasmin Roy s’estime chanceux d’être parvenu à trouver l’équilibre. Mais pour le reste de ses jours, il devra lutter contre les vieux démons intérieurs qui ont pris la place de ses bourreaux d’antan : «Après les coups, je devais faire face à tous les conflits intérieurs générés par ces actes de violence continue. Les conséquences étaient encore plus difficiles à surmonter que les coups initiaux, et je dois encore tenter de les surmonter à 44 ans.»
Lisez l’entrevue de David Nathan avec Jasmin Roy à la page 37 de l'édition du 15 mai.
Informez-vous sur la journée internationale contre l’homophobie le 17 mai : www.fondationemergence.org
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