| Expression - ZOOM CAMELOT |
|
Benoît Chartier,
camelot dévoué
Josée Louise Tremblay, journaliste de rue - www.joseelouise.com,15 mai 2010 |

Benoît Chartier, camelot
Photos : Daniel Dumont |
Ses beaux yeux bleus semblent un peu perdus et pourtant, il est très allumé. Sous des airs un peu nonchalants se cache une âme prête à tendre la main aux personnes dans le besoin. Benoît Chartier est un camelot de confiance, apprécié tant par sa clientèle que par tout le personnel du groupe pour son affabilité et son dévouement. À L’Itinéraire, Benoît aime également s’exprimer à travers la tribune des mots de camelots et raconter sa vie. «Pour moi, écrire dans L’Itinéraire, c’est thérapeutique.»
En 2007, Benoît Chartier était venu tout bonnement manger au Café L’Itinéraire. «J’habite dans un immeuble subventionné dans le quartier. Je suis venu au restaurant parce qu’ici, ça n’est pas cher.» Dès qu’il s’assoie à une table du café, les clients autour lui parlent et il aime cette convivialité. «Plusieurs clients du café m’ont dit que je devrais devenir camelot et que ça m’aiderait financièrement. C’est là que j’ai décidé de vendre le magazine et je me suis installé au supermarché IGA, près du métro Frontenac, et au métro Radisson.»
Le logis du camelot a été ravagé par un incendie en 2001 : «Avant ce feu, je travaillais pour Postes Canada et j’étais gardien de sécurité en même temps. Je travaillais 90 heures par semaine, de nuit.» Au lieu de monter dans l’autobus des pompiers destiné aux victimes, le Montréalais d’origine a été hébergé par une amie. «Puis, elle m’a jeté dehors. C’est là que je me suis retrouvé à la rue et ça a duré quatre mois.»
Les aléas de la vie
Enfant unique, Benoît n’a plus de contact avec le reste de sa famille. «Ma mère est décédée en 2004. Depuis, je ne vois plus le reste de ma famille.» Blagueur, le camelot a fait des études : «Comme disait Sol, je suis allée à la “pornovolente”, au “zoogep” et à “l’adverstité” en langues. C’est là que j’ai appris l’anglais.» Durant 13 ans, il a également travaillé à la Ville de Montréal en tant qu’aide-bibliothécaire. «J’ai perdu ma job parce que le jeudi, je recevais ma paie et je partais la boire le soir même. Le lendemain, je ne rentrais pas.» Aujourd’hui, Benoît ne boit plus. «Quand je buvais, je ne mangeais plus. La boisson, ça mène à la maladie mentale, à la folie, à la prison ou à la mort», dit-il.
Il y a quelques années, alors qu’il habitait dans un immeuble à logements, Benoît trouve une seringue souillée dans l’édifice. Pour éviter que des enfants de l’immeuble se blessent, il ramasse la seringue, mais se pique par mégarde. «C’est de cette façon que j’ai attrapé l’hépatite C,
en voulant protéger les enfants. Le pire, c’est que j’avais déjà consommé auparavant de la cocaïne en me piquant et je n’avais rien attrapé. L’ironie, c’est que j’avais cessé d’en prendre à l’époque. Puis je suis tombé malade.» À la fin janvier de cette année, il a terminé un traitement de 48 semaines contre cette maladie. «En trois semaines, je suis passée de 47 % de chance de survie à 80 %», raconte-t-il. À 53 ans, Benoît conserve la volonté de s’engager socialement. «J’ai bientôt rendez-vous avec une intervenante. À L’Itinéraire, il y a un programme de recherche d’emploi et j’aimerais bien me trouver une job en entretien ménager ou comme gardien de sécurité.»
Et vous?
qu’en pensez-vous ?
|