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Luc Langevin, la magie en 12 dimensions
Jérôme Savary, adjoint à la rédaction - 15 mai 2010


Jérôme Savary Les camelots ne sont pas nés de la dernière pluie; c'est pourtant les yeux tout écarquillés qu'ils ont regardé un billet de 20 $ se changer en 100 $ (on comprend pourquoi!). Les Michel St-Amand, Gilbert Pouliot et autre Daniel Prince venus au Café L'Itinéraire rencontrer le magicien Luc Langevin, en guise de «pré-entrevue», riaient généreusement de s’être fait jouer un tour. D’habitude, c’est loin d’être le cas! Cet «illusionniste de rue», tel qu’il se définit lui-même, ne pouvait rêver d’un meilleur public.

Luc Langevin, magicien
Luc Langevin
Photos : Éric Carrière
L'illusionniste de rue Luc Langevin séduit les foules. Jeune, brillant et mystérieux, il a fait de l’émission Comme par magie, diffusée sur ARTV, un rendez-vous plébiscité par des centaines de milliers de téléspectateurs. Ses connaissances scientifiques, couplées à ses aptitudes de communicateur, lui permettent de voler la vedette. «Il existe beaucoup de magiciens, mais très peu percent dans ce milieu, précise-t-il. C’est difficile de devenir un bon magicien. Pour faire de la magie, il faut d’abord être très agile et les gens intéressés par ce métier sont souvent des gens manuels, des gars qui étaient des mécaniciens, des menuisiers ou des ébénistes. En revanche, ce ne sont pas nécessairement de bons communicateurs, de bons orateurs, alors que ce sont des qualités très importantes pour être magicien.»

Pour que ses tours réussissent, l’interaction avec les spectateurs est essentielle. «Un bon magicien doit pouvoir se mettre à la place des spectateurs. Ça prend aussi une empathie comme orateur pour s’intéresser à son auditoire. Étonnamment, je pense que la première qualité d’un magicien est l’empathie, mais je suis peut-être l’un des seuls magiciens qui vous dirait ça.» Au Café L’Itinéraire, Luc manipulait ses cartes à quelques centimètres à peine devant nous. À voir les yeux ronds et à écouter les rires, nous étions tous époustouflés par sa facilité à se jouer de nous!

Maître de son art, Luc Langevin présente habituellement ses tours en interpellant au hasard des passants. «J’adore présenter mes illusions dans la rue, car il y a une sorte de spontanéité qu’on ne trouve pas ailleurs, explique l’illusionniste de rue. Je crois que si quelqu’un avait de vrais pouvoirs, était un vrai magicien, c’est dans la rue qu’il ferait ses démonstrations. Il ne se mettrait pas un tuxedo et ne monterait pas sur scène avec des accessoires bizarres, des boîtes peinturées pour scier des femmes en deux. Si quelqu’un était vraiment magicien, il ferait léviter la bouteille d’eau présente devant nous, il ferait bouger la chaise sans y toucher : il travaillerait sur des objets que l’on connaît. C’est ce que je fais et je trouve que ça ajoute une touche de réalisme à mes illusions.»

Ce scientifique de 27 ans dépoussière l’illusion de son côté fête foraine. Avant chaque tour, on se sent plus intelligent en l’écoutant décrire la loi physique qu’il s’apprête à illustrer ou à remettre en question. Intéresser le grand public à la science est d’ailleurs l’un de ses buts cachés. «Dans mes tours de magie, j’essaie de vulgariser un peu la science, mais aussi de montrer toutes les possibilités que ça a. J’essaie aussi de développer chez les jeunes un intérêt pour la science. Bien que soit dans l’illusion, l’enrobage scientifique que j’utilise est vrai. Certains phénomènes physiques existent réellement, comme “l’effet tunnel”, qui signifie le passage de particules au travers d’autres particules. Les atomes sont faits de vide et on peut passer à travers le vide. Souvent, avant de faire passer un objet à travers un autre [il nous a fait le coup au Café avec deux élastiques], je vais parler préalablement de ce phénomène-là. Comme lorsque je parle de la téléportation, j’indique que l’année dernière, des scientifiques en laboratoire ont réussi à téléporter une particule.»

Et pourquoi ne pas téléporter certains professeurs de sciences à l’extérieur de leur salle de classe? «La majorité des gens voient la science comme étant quelque chose de très lourd, explique le magicien aux yeux bleus. Avec les sciences, le problème vient du fait qu’elles sont mal enseignées. Souvent, les gens qui enseignent les sciences au secondaire ou au Cégep sont des scientifiques, mais pas forcément des pédagogues. La science m’a toujours fasciné. Je suis persuadé que si elle était mieux connue du grand public, elle serait beaucoup plus appréciée.»

Science et ésotérisme
Ayant préféré l’étude des photons à la menuiserie, le magicien originaire de la région de Québec se spécialise dans l’approche scientifique de l’illusion. Si la science n’est souvent qu’un prétexte de mise en scène, certains de ses tours s’en inspirent directement. «Dans la deuxième saison de Comme par magie, j’ai créé un tour en m’inspirant directement de ce que je faisais durant mon doctorat [en biophotonique]. Je travaillais à la construction d’une sonde optique, pensée pour être insérée dans le corps humain afin de diagnostiquer des cancers. Au cours de ces recherches, sur lesquelles j’ai travaillé pendant un an et demi, j’ai pu voir comment la lumière passe à travers la peau humaine. Ça m’a inspiré l’illusion d’insérer un pointeur laser dans mon corps, et de lui faire écrire, à partir de l’intérieur, des mots à travers ma peau.»
Luc Langevin a beau intégrer la science à ses tours de micromagie (tours réalisés à partir de petits objets), on associe davantage la prestidigitation, le mentalisme ou la divination à la boule de cristal et aux bonimenteurs qu’à une science universellement reconnue. «Le mentalisme est tout ce qui est relié à l’esprit, précise-t-il. Lire dans la pensée des gens, prédire l’avenir, tordre des fourchettes par la pensée, c’est du mentalisme. Moi, je m’intéresse beaucoup à cette branche de la magie.» Déjà qu’il réussit à vriller un manche de fourchette en le caressant avec son index (j’avais le nez collé dessus et je n’ai rien compris!), imaginez-vous ce qu’il réussira à faire lorsqu’il ajoutera l’hypnose à sa palette…

Ésotérique, M. Langevin? «Je reste un scientifique et je suis sceptique par rapport à tout ce qui est paranormal, prévient-il. Puis moi, ce que je fais, et je le dis haut et fort, ce n’est que de l’illusion. Il n’y a rien qui va à l’encontre des lois de la nature dans ce que je fais. Par contre, j’ai un esprit plus ouvert que la moyenne des scientifiques par rapport à tout ce qui est ésotérisme et astrologie. Je ne suis pas complètement fermé à l’idée que la position des étoiles puisse déterminer notre destin, mais j’aimerais qu’on me donne des preuves que ça existe.»

Aux scientifiques qui tenteraient de ridiculiser son esprit d’ouverture, il répond que nos savoirs scientifiques ne tiennent, finalement, qu’à une hypothèse de départ. «La science est quelque chose qui a toujours évolué. En science, on fait des modèles. Par exemple, les atomes correspondent à un modèle scientifique, mais on ne sait pas vraiment si les atomes existent. C’est le modèle que nous avons choisi pour comprendre le monde qui nous entoure. On fait des expériences qui confirment que oui, effectivement, la matière est faite d’atomes, mais on n’en est jamais certain à 100 %. Tout scientifique, je pense, devrait continuellement mettre en doute ses hypothèses ou ses modèles.»
Luc Langevin vit-il sur la même planète que nous? Semblant insatisfait des balises scientifiques qui nous imposent une certaine vision du monde, il ne peut s’empêcher d’imaginer d’autres avenues possibles. «Il n’y a rien d’impossible. Par exemple, il n’y a rien qui prouve que l’on est dans un monde en 12 dimensions plutôt que 3, et que les 9 dimensions invisibles à l’œil nu peuvent contenir des choses qu’on ne perçoive pas par nos sens», dit–il simplement.

Ces illusionnistes qui nous gouvernent
Plus près de nous, dans la dimension sociale et politique, les puissants qui nous gouvernent semblent user de l’illusion. Qu’en pense notre magicien? «Depuis que je me fais plus connaître, je passe à la télévision et je vois que c’est tout un monde d’illusion, lâche-t-il. Une fois que la caméra est éteinte, des gens se comportent différemment. Je n’ai pas de misère à croire que certains politiciens sont des visages à deux faces. Ils peuvent avoir un certain discours devant les gens et penser tout autrement. En politique, où l’image que les gens ont de vous importe beaucoup, l’illusion peut être un outil très efficace. […] L’illusion, ce n’est pas juste de la magie, c’est aussi jouer un rôle. C’est un outil qui sert de bonnes et de mauvaises fins pour à peu près n’importe qui dans la société.»

Malheureusement, Luc Langevin ne connaît pas de recette magique pour éradiquer la pauvreté. Néanmoins, il essaie de transmettre aux décrocheurs la passion qui l’anime. «Je donne des conférences de motivation dans les écoles secondaires et dans celles spécifiques aux décrocheurs. Je raconte qu’il faut croire en ses rêves et mon parcours confirme qu’ils peuvent se réaliser. Devenir magicien était un rêve que j’avais depuis longtemps, mais tout le monde me disait que je ne pourrais jamais vivre de la magie. Malgré tout, j’ai persisté, et aujourd’hui, je suis heureux de faire ce que j’aime. C’est le message que je donne à des décrocheurs et à ceux qui peuvent avoir connu un passé de délinquant. Les gens ayant un passé reprochable ne sont pas moins intelligents et ils peuvent autant apporter à la société. Ce sont simplement des gens qui n’ont plus de motivation, qui n’ont plus de rêves. J’essaie de leur en apporter.»


Tout petit, déjà…
Ce n’est pas le fruit du hasard si Luc se distingue actuellement comme l’illusionniste québécois numéro 1. En plus d’être doué, il pratique son art depuis son plus jeune âge et travaille sérieusement pour continuer à le développer. «J’ai commencé à m’intéresser à la magie lorsque j’avais 6-7 ans. À l’époque, mes parents m’avaient acheté les petits jeux de magie qui se vendent dans les centres commerciaux. À l’âge de 12 ans, j’ai donné mes premiers spectacles devant ma famille et dans des garderies. Ils ont été mon premier public. Vers l’âge de 16-17 ans, je me suis fait faire une carte professionnelle, et j’ai alors proposé mes services dans des congrès, des festivals, des partys de bureau… Parallèlement à ça, l’été, j’allais présenter mes tours de magie dans les rues du Vieux-Québec avec les amuseurs publics.»

Et vous, qu’en pensez-vous ?
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