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Actualité et vie urbaine - Éditoriaux
Édito - Le sort de prisonniers àcouper le souffle !
Serge Lareault, éditeur en chef - 1er mars 2010


Serge Lareault Dans le cadre de l’émission Enquête du 21 janvier 2010, Radio-Canada diffusait le reportage de la CBC «Tant qu’elle respire» sur le cas Ashley Smith, une adolescente incarcérée, présentant de graves troubles du comportement et qui a été transférée dans plus de 17 centres correctionnels canadiens au cours des trois dernières années de sa vie, avant son décès par pendaison en octobre 2007. Il y avait longtemps qu’un reportage n’avait semé en moi autant d’horreur, de dégoût et de rage.

L’histoire d’Ashley Smith fait penser à Midnight Express, Shawshank Redemption ou One Flew Over the Cuckoo's Nest. Un scénario de film d’horreur, mais qui s’est réellement produit ici, dans nos prisons canadiennes.

Le drame d’Ashley est plus que la simple révélation d’un manque de soins auprès des personnes atteintes de maladie mentale, qui se retrouvent en prison à cause d’une défaillance du système social et correctionnel. Il illustre à quel point nos prisons sont gangrenées par des gestionnaires inefficaces, qui ont des attitudes inhumaines et font des gestes qui relèvent pratiquement de l’homicide volontaire. La jeune femme a été transférée dans tellement de centres correctionnels, qu’on ne peut croire à un cas isolé, mais plutôt généralisé.

Toutes les lois de la protection de la personne ont été contournées volontairement et des rapports de gardiens ont été modifiés pour que le cas ne se retrouve pas au bureau de l’ombudsman du Canada. Originaire de Moncton, au Nouveau-Brunswick, Ashley a été transférée 17 fois, ce qui a évité que l’on signale aux autorités supérieures qu’elle était constamment en isolement ou en contention. Elle est même passée par le Québec, où elle a séjourné à l’Institut Pinel. Après des demandes qui se sont retrouvées à la cour, CBC a obtenu des images quasi impossibles à regarder sur ce que la jeune fille a pu subir. Sa mort a même été filmée car un gardien, qui avait reçu l’ordre de ne pas entrer dans la cellule « tant qu’elle respire », était juste de l’autre côté de la porte à l’observer avec l’aide d’une caméra! La famille poursuit les services correctionnels du Canada pour les obliger à montrer aux Canadiens ce qu’ils ont fait.

Personne n’a bougé le petit doigt pour qu’Ashley reçoive les examens psychiatriques et les soins dont elle avait besoin. On a préféré la laisser en prison et, compte tenu de sa maladie évidente, la torturer en la punissant pour des troubles comportementaux qui, selon moi qui ne suis pas un spécialiste, relèvent indéfectiblement de problèmes psychologiques profonds.

La grosse machine gouvernementale et institutionnelle est à l’œuvre pour étouffer l’affaire, tenter de retenir le plus possible l’information et les vidéos disponibles. La famille d’Ashley se bat pour que le monde sache ce qui se passe dans les prisons fédérales et les centres de détention jeunesse.
Des gestionnaires de prisons au comportement aussi épouvantable que dans les pires scénarios de films existent réellement et font comme bon leur semble! Nos prisons sont des nids de désolation humaine et rendent les personnes plus mal en point, plus éloignées de la société et d’une perspective de vie nouvelle qu’avant leur incarcération. Non seulement notre société reproduit encore à la base le concept carcéral du Moyen Âge, mais elle maintient encore des pratiques d’incarcération qui devraient être révolues en ce début de XXIe siècle. Le Canada n’est pas la Turquie, les cellules sont propres et les rats ne mangent pas les orteils des prisonniers, mais il s’y passe encore des choses indignes de notre société dite civilisée et respectueuse des êtres humains et de leurs droits.

Il faut que l’histoire et les images d’Ashley soient vues et reconnues. Il faut évoluer et revoir le concept d’incarcération. Il faut assurer des mesures de suivi des prisons pour que les détenus puissent y trouver au minimum des soins appropriés, mais surtout des outils pour s’en sortir et retrouver leur capacité de vivre en liberté dans la société. Le cas d’Ashley est extrême, mais les milliers de détenus qui remplissent chaque année les cellules sont confrontés au même système. On parle souvent de récidive des prisonniers, de gens qu’on ne peut réintégrer en société, mais les ingrédients qui font en sorte que certains ex-détenus demeurent criminels et psychologiquement inaptes à vivre en société ne se trouvent-ils pas en partie dans les prisons elles-mêmes?

Vous pouvez visionner le reportage «Tant qu’elle respire» à www.radio-canada.ca/emissions/enquete/2009-2010.

Et vous, qu’en pensez-vous ?
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