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Frédérik Fortin, en quête du grand amour
Micheline Rioux Lemieux, journaliste de rue - 15 mars 2010


Micheline Rioux Lemieux
Frédérik Fortin, camelot
Frédérik Fortin, camelot
Photos : Daniel Dumont

À première vue, le camelot Frédérik Fortin est un beau jeune homme sûr de lui. Pourtant, à l’écouter parler, sa sensibilité à fleur de peau est palpable. L’air fonceur, sociable et charmant, il a réussi depuis un an à se fidéliser une précieuse clientèle devant le supermarché Metro du Centre d’achats Domaine, dans l’est de la ville, à l’angle des rues Sherbrooke et Granby. Du haut de ses 28 ans, Frédérik est l’un des rares jeunes camelots de L’Itinéraire.

Au moment où Frédérik a commencé à vendre le magazine, il vivait dans la rue. Il restait à l’intérieur de la station de métro Langelier, de l’ouverture jusqu’à la fermeture, afin de passer ses journées au chaud. «J’étais toujours là. Une dame, devenue une cliente régulière, me voyait en allant au travail et en revenant. Elle a fini par me dire : “Tu fais de la vente à pression, tu insistes trop! C’est pour ça que je ne te l’achète pas!”», J’ai vite compris qu’elle avait raison, je me suis corrigé et mes ventes se sont améliorées.»

Selon Frédérik, c’est son problème de dépendance affective qui l’a mené à la drogue et à la rue. «Je suis sorti cinq ans avec une fille avec qui ça a été le paradis et l’enfer. Ça m’a pris cinq autres années à m’en remettre et à pouvoir refaire confiance à quelqu’un! Quand la relation s’est terminée, j’étais complètement anéanti et j’étais à ramasser à la petite cuillère. Aujourd’hui, je suis à la recherche de la femme avec qui je fonderai une famille. Des enfants, j’en ai toujours voulu et j’en veux quatre. C’est sans doute mon horloge biologique qui fait ça. Vois-tu, le grand amour romantique, j’y crois vraiment!»

Un poisson GROS COMME ÇA!
Natif de Saint-Jean-sur-Richelieu, Frédérik a vécu sa jeunesse près de la nature, au bord de la rivière. Tout petit, il a commencé à pêcher et la pêche est vite devenue sa passion. «Je suis un mordu de la pêche à la ligne. Je suis même guide de pêche. J’ai pêché à beaucoup d’endroits au Québec, de la rivière Richelieu au lac Champlain, au lac Memphrémagog, au lac Mégantic, et c’est au lac Maskinongé que j’ai eu ma plus belle prise. J’ai pêché un maskinongé de quatre pieds et il pesait 30 livres!», s’enthousiasme-t-il. Constatez par vous-même sur la photo qu’il nous a fournie!

L’histoire familiale de Frédérik Fortin n’est pas un long fleuve tranquille. Sa mère, qui travaillait comme serveuse, s’est retrouvée seule à élever ses deux enfants lorsqu’il avait quatre ans. Une séparation difficile empreinte de violence. «Pour moi, mon père, le seul défaut qu’il a eu, c’est d’avoir été absent. C’était un père juste et bon, mais quand c’était son tour de garde, il ne venait pas souvent nous chercher, ma jeune sœur et moi. Il avait des problèmes de consommation. Quand il est décédé, il y a trois ans, j’ai pris ça dur. Je lui en veux encore un peu, parce qu’il a été absent par le passé et qu’il restera absent pour le reste de mes jours», dit Frédéric, la larme à l’œil.

Avec ses revenus modestes, la maman de Frédérik faisait ce qu’elle pouvait pour subvenir aux besoins de ses deux enfants. «Même si dans nos lunchs pour l’école on avait des gâteaux faits maison au lieu des Jos Louis comme les autres, on n’était pas plus malheureux pour autant. Ma mère en a arraché quand j’étais ado, car j’ai eu une grosse crise d’adolescence typique. J’avais beaucoup de rage en moi. À 12 ans, je lui disais déjà que je partais en appartement! J’étais révolté à un point tel, que ma mère m’a envoyé dans une famille d’accueil pendant quatre ans; il valait mieux que je vive avec des ados comme moi.»

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. «Dans ce temps là, je ne me rendais pas compte à quel point ma mère était forte, confie-t-il, le trémolo dans la voix. Imagine, elle travaillait comme intervenante dans un centre d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale, pis elle devait dealer avec un fils délinquant! Aujourd’hui, je tiens à la remercier et à lui rendre hommage pour sa grandeur d’âme et la force de son courage.»

Et vous?

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