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Alexandre Péloquin, faire la paix avec son passé
Josée Louise Tremblay, journaliste de rue - www.joseelouise.com - 1er septembre 2010


Josée Louise Tremblay
Alexandre Péloquin, camelot
Alexandre Péloquin, camelot
Photos : Daniel Dumont

Depuis dix ans, Alexandre Péloquin arpente les couloirs du métro Berri et la rue Sainte-Catherine pour vendre le magazine L’Itinéraire. «Je suis passé de la vente illégale à la vente légale. En fait, je suis resté dans le domaine de la vente», dit-il les yeux moqueurs.

Dans sa jeune vingtaine, Alexandre Péloquin consommait beaucoup de drogues. L’argent ne suffisait jamais à sa consommation, alors, il a fait de petits vols. «Je me suis fait pogné. En dix ans, j’ai fait au moins quatre ans de prison. Chaque fois que tu sors de prison, c’est à recommencer. Tu dois te trouver un logement et des meubles. J’étais écoeuré de recommencer à zéro tous les trois ou quatre mois. Je ne voulais pas me retrouver à 50 ans avec rien. La dernière fois que je suis sorti de prison, je suis venu à L’Itinéraire offrir mes services comme camelot.» Aujourd’hui, Alex affirme que ce qu’il a cumulé depuis dix ans, il s’applique à le conserver.

Son implication au groupe communautaire ne s’arrête pas seulement à la vente du magazine. Alexandre fait partie du conseil d’administration depuis trois ans en tant que conseiller, représentant les membres du milieu. «Je me suis dit que le temps que je m’impliquerais à L’Itinéraire, pendant ce temps-là, je ne consommerais pas et ça marche», ajoute-t-il en riant. Le camelot de 38 ans a commencé à fumer la cigarette dès l’âge de 9 ans.

«Je me tenais avec mon cousin et son père, mon oncle, vendait du pot», se souvient-il. Alex raconte qu’un jour où les jeunes n’avaient pas de cigarettes, ils ont décidé de fumer ce qu’il y avait dans le tiroir. «C’est comme ça que j’ai fumé mon premier joint», dit-il.

Besoin de sécurité
Alexandre est issu d’une famille monoparentale. Le camelot a un demi-frère et une demi-soeur du côté paternel qu’il ne connait pas. «Je n’ai presque pas connu mon père. L’homme qui était avec ma mère à l’époque est celui que je considère comme mon père, mais il ne l’a plus été, le jour où il est devenu père de son propre enfant à son tour.» Durant sa jeune adolescence, le camelot habitait avec sa mère qui le met dehors au moins une fois par semaine. «Ma mère aurait peut-être eu besoin de lithium ou d’autre chose pour régulariser son humeur, parce que pour un oui ou un non, je me retrouvais souvent dehors», évoque-t-il. Ce climat familial a poussé le jeune de 15 ans à s’enfuir avec un de ses amis. «On s’en allait à New York et on s’est fait arrêter à la frontière. C’est là que ma vie a changé. On m’a proposé d’aller vivre en famille d’accueil. J’en connaissais une où plusieurs de mes chums avaient séjourné. La femme était tripante, relaxe et un peu artiste. Cela a été les trois plus belles années de ma vie», évoque-t-il.

Le camelot explique que sa mère avait 17 ans lorsqu’il est venu au monde. Lorsque les parents de sa mère ont su qu’elle était enceinte, ils l’ont mise dehors. «Après avoir tout analysé ça, j’ai conclu que ma mère ne pouvait pas me donner ce qu’elle n’avait pas reçu et elle a toujours eu besoin de sécurité. Le rejet de ses parents l’a traumatisée parce qu’après ça, elle s’inquiétait toujours de ce que les autres allaient dire sur elle. C’était sa hantise.» Alexandre a perdu sa mère il y a deux ans. Elle est décédée d’un cancer. «Le dernier mois de sa vie, je l’ai passé avec elle aux soins palliatifs. C’est là qu’on a fait la paix sur notre passé tous les deux.»

Selon Alexandre, à partir du moment où il a commencé à fréquenter L’Itinéraire, sa consommation de drogue a diminué de 95 %. Dès qu’il s’est mis à vendre le magazine, il a commencé à fréquenter un autre réseau social que le milieu criminel. «C’est le plus gros changement de ma vie, parce que ma vie a toujours tourné autour de ma dope. Ici, je suis avec d’autres personnes faisant et pensant autrement. Ça m’aide à ne pas consommer.»


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