| Actualité et vie urbaine - Dossier Spécial |
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L’amour n’a pas d’âge...ni de statut social!
Rencontre avec Ianik, sans-abri Montréalais
Catherine Girouard, rédactrice en chef - 1er février 2012 |
La première chose qu’on remarque chez Ianik, ce sont ses beaux yeux bleus. De quoi faire rêvasser bien des femmes. À 39 ans – «j’ai la même shape depuis que j’ai 14 ans» – Ianik est célibataire, mais pas sans aventures. Vivant dans les rues de Montréal depuis plusieurs années, il y a vécu quelques amourettes et plusieurs «histoires d’un soir». Et le grand amour? Il ne croit pas le trouver dans la rue. «À moins d’avoir un coup de foudre… L’amour dans la rue, c’est complexe.»

photos : Anne-Marie Piette |
Ianik a connu le grand amour, ayant été marié pendant six ans. Mais selon lui, c’est plus difficile de le trouver dans la rue. «Bien souvent, si on se ramasse dans la rue, c’est qu’on a peut-être des petits problèmes psychologiques ou de consommation... Et des problèmes de consommation, ça amène des problèmes de dépendance. Pas juste à la dope, mais affective», fait-il valoir de son ton énergique. Ianik ne considère donc pas trop cette option, même s’il connaît des couples qui se sont formés dans la rue et qui tiennent le coup après plusieurs années.
«J’ai eu une couple de blondes dans la rue, mais en général, c’est plus des trips de cul, raconte-t-il, sans mâcher ses mots. C’est plus des fuck friends, comme on dit. Comme les animaux, on fait ce qu’on a à faire, pis on repart chacun de notre bord. Ça c’est encore le best.» Le best, parce que tout est clair pour tout le monde, explique-t-il. Personne ne se fait d’attente et personne ne vit de déception.
Ianick envisage aussi difficilement de se mettre en couple avec une femme qui ne vit pas comme lui, dans la rue. «J’appelle ça le syndrome de la sauveuse. "Viens chez nous, grâce à moi tu vas t’en sortir."», ironise-t-il.
La question nous brûle les lèvres : où peut-on avoir une vie sexuelle quand on vit dans la rue? «N’ importe où, répond Ianik, le plus simplement du monde. J’ai tout essayé! Des entrées de blocs, des stations de métro, même dans la statue Le malheureux magnifique [NDLR : située au coin des rues Saint-Denis et Sherbrooke]. Tu peux te coucher sur sa bedaine ou t’assoir dans le creux de ses deux jambes. C’est comme une quille de voilier.» Ses parties de jambes en l’air dans des lieux aussi inusités viennent souvent par contre avec des contraventions salées pour «grossière indécence»…
Sans-abri ou non, Ianik croit que l’amour est un besoin fondamental. «On en a tous besoin. Et je ne parle pas juste de sexe. On a besoin d’être avec quelqu’un, de se sentir apprécié et d’apprécier quelqu’un en retour.» Selon lui, c’est entre autres pour cette raison qu’autant de sans-abri ont des chiens, «pour garder une sécurité émotionnelle».
Voir la suite de ce dossier dans l'édition du 1er février 2012
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