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Jacques Élizé, place à l’artiste!
Julie Delvaux - 1er janvier 2012

Jacques Élizé, camelot
Jacques Élizé, camelot
Photo : André Fernandes
Jacques Élizé a l’allure d’un poète et le regard songeur. Ses petits moments de bonheur, il les trouve dans l’écriture et la peinture. «J’aime quand mes œuvres sont publiées dans les magazines que je vends. C’est plus excitant!», s’exclame le camelot que l’on peut croiser sur la rue Ontario près du Lion d’Or.

Jacques a la tête dans les nuages, mais il n’a pas sa langue dans sa poche. Révolté par l’injustice, il se décrit comme une personne critique. Ses textes dénoncent avant tout ce qui le choque dans la société : «Je ne supporte pas que l’on profite des ignorants», dit-il en faisant référence aux scandales politiques qui agitent le pays. Très concerné par la question de l’indépendance et par la place de la langue française au Québec, le camelot de 62 ans suit l’actualité avec attention. Une main posée sur son carnet de notes à spirales, Jacques se souvient de son premier écrit publié dans L’Itinéraire : «C’était sur les sans-abri, un sujet que je connais très bien pour l’avoir vécu.»

Originaire de la Gaspésie, Jacques Élizé est venu à Montréal lorsqu’il était jeune pour réaliser son rêve et faire des études d’infirmier. «Quand j’avais 12 ans, je me suis fait hospitaliser pour une appendicite. En voyant tous ces gens qui s’occupaient si bien de moi, je me suis dit que je voulais travailler dans le domaine.» Un jour, après avoir reçu une lettre de l’armée, Jacques a dû faire un choix : «C’était une carrière militaire ou des études en soins hospitaliers. Ma mère m’a poussé à m’inscrire à l’université.» S’il n’a pu terminer sa formation, Jacques a quand même réussi à décrocher un travail de préposé aux bénéficiaires, à l’hôpital.

Aujourd’hui, Jacques n’a plus aucun contact avec sa famille. «Ils m’ont laissé tomber, mais je leur pardonne», explique-t-il avec une pointe de tristesse dans la voix. Le camelot ne souhaite pas en dire plus sur cette partie de son existence qui appartient, selon lui, au passé. Il préfère d’ailleurs taire son nom de famille.

La vie n’a pas toujours été tendre avec Jacques Elizé. «Un enfer», confie-t-il. Après avoir perdu son travail au centre hospitalier, il se retrouve quatre mois dans la rue. «C’est arrivé radicalement. J’ai connu à ce moment-là une longue période de consommation et quand tu consommes, tu vois la vie en noir. En plus j’habitais au centre-ville et c’est pas le bon endroit pour arrêter de consommer.» C’est grâce à la prière et à la méditation que Jacques s’en est finalement sorti.

Il vit aujourd’hui dans un appartement situé sur le Plateau et consacre une grande partie de son temps à L’Itinéraire. «C’est l’fun d’écrire dedans! D’ailleurs j’ai un nouveau poème à publier,» dit-il avant d’ajuster ses petites lunettes rondes pour en lire quelques lignes. Camelot depuis une dizaine d’années, Jacques est présent sur tous les fronts. Il trouve des idées, les couche sur papier, illustre son texte avec une de ses peintures et vend le magazine! Poussé vers la peinture par un organisme de réinsertion sociale en 2009, il ne lâche plus son pinceau depuis ce temps-là. «Je fais des expositions et un jour une artiste que j’admire beaucoup m’a dit que c’était très beau!» clame-t-il avec fierté. Fort de ces encouragements, Jacques s’implique chaque jour davantage dans la création artistique.

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