Quel lien entre Don Quichotte et la grève du communautaire? En théorie, aucun. Dans la pratique, le refus de se résigner sans lutter, au nom de l’humanisme, pour que la bienveillance survive.
Ces deux lignes peuvent sembler creuses, seront peut-être aussi vite oubliées que prononcées. Elles s’animent cependant à travers des gestes simples de résistance, posés par les artisans de l’action communautaire : chez nous, en gardant par exemple des dossiers ouverts; aux États-Unis, en évitant de consigner des informations qui pourraient mettre certains bénéficiaires des services sous la loupe de l’ICE.
De ces gestes accessibles, la bienveillance peut se frayer un chemin jusqu’aux plus vulnérables de la société, à travers le brouillamini d’un système qui en échappe plus d’un. Cette résistance porte un nom : la bienveillance radicale. Une pratique d’utilité sociale décortiquée par la journaliste Maureen Jouglain, page 24 de cette édition.
Pour d’autres, la bienveillance, qu’elle soit ou non radicale, prend forme à travers l’organisation d’une grève de service prolongée que des centaines d’organismes autonomes au Québec s’apprêtent à mener, jusqu’au 2 avril prochain. C’est le mouvement Le communautaire à boutte! (à lire à la page 12.)
Si leurs revendications sont en petit nombre – « mettre en place des mécanismes de financement plus stables, prévisibles et pluriannuels ; simplifier et rendre plus transparents les processus d’attribution ; reconnaître pleinement les organismes comme partenaires essentiels et alliés […] » –, les impacts de ces dernières sont multiples.
Et parmi eux : la rétention d’un personnel recruté, parce qu’engagé, compétent, diplômé. Un véritable défi pour les RH.
À défaut de salaires attractifs… déjà, la bienveillance
La bienveillance est au coeur même de l’existence du réseau communautaire. Elle transpire dans l’intitulé de mission, dans les actions et jusque dans les types de gouvernance. De plus en plus d’organismes misent d’ailleurs sur un style de management bienveillant. Une approche qui n’est pas juste à la mode. Elle est avant tout un véritable outil de prévention des départs.
Car s’il ne peut rivaliser avec un sentiment d’insécurité financière, un management bienveillant prévient allègrement le manque de reconnaissance, d’autonomie professionnelle, d’accompagnement, la désillusion ou encore la perte de confiance en l’organisation, top cinq des autres raisons qui poussent les travailleurs du communautaire à quitter leur emploi. Si les salaires suivaient, travailler dans le communautaire serait un summum.
La bienveillance relie les gens d’une même société et profite à leur épanouissement. Elle relie les organismes entre eux, assure la solidité du filet social, rompt avec le travail en silo et la concurrence. Elle est la colle entre l’espoir et les actions. Elle se doit d’être individuelle, collective, managériale et, surtout, systémique.
Vous venez de lire l’éditorial de l’édition du 15 mars 2026.





