À l’automne dernier, la plus ancienne compagnie de théâtre autochtone francophone, Ondinnok, célébrait ses 40 ans. Quatre décennies durant lesquelles elle n’a cessé de tracer la voie d’une décolonisation par les arts de la scène. Pour souligner cet anniversaire, L’Itinéraire a assisté à une répétition de leur nouvelle création, Tupqan | Nos territoires intérieurs, présentée au Théâtre Duceppe jusqu’au 4 avril.

Nos territoires intérieurs

Dans la salle de répétition du sous-sol de la Place des Arts, le décor est encore sobre. Sous la lumière tamisée, la troupe se rassemble pour son premier filage depuis sa tournée à Ottawa, en novembre dernier. « Soyez indulgents », glisse la metteuse en scène Soleil Launière aux personnes présentes, dont quelques journalistes, avant de se tourner vers les interprètes : « Bon enchaînement tout le monde, ayez du fun. »

Pendant 100 minutes, la pièce suit Polam dans sa quête pour restaurer la paix au sein de la communauté fictive de Whitefish. Accompagné de ses deux amies, interprétées par Alexia Vinci et Ines Talbi, il part à la recherche du wampum – un objet sacré – et ce faisant, de ses propres racines. Sur scène, sept comédiens et comédiennes se donnent la réplique en plusieurs langues autochtones et en français, mêlant théâtre, chant et danse dans une proposition entre le thriller politique et la quête de soi.

« Polam est un personnage qui a toujours vécu dans sa communauté, mais sans être nécessairement proche de sa culture, de sa spiritualité ni de tout ce que le territoire peut lui enseigner », explique son interprète principal Étienne Thibeault en entrevue. Pour lutter contre la corruption qui gangrène Whitefish, Polam décide de se présenter aux élections avec ses amies. Mais cette démarche provoque une confrontation collective qui l’oblige à replonger dans son passé et à partir à la recherche d’un membre de sa famille, disparu depuis des années après avoir volé un objet sacré.

« En tant qu’Autochtone qui n’a pas vécu dans sa communauté, la perte de culture est un sujet très vif pour moi, confie l’acteur, je m’identifie beaucoup à Polam à ce niveau-là. »

Une création collective

La pièce est une oeuvre collective à tous les niveaux. Coécrite par Dave Jenniss et Xavier Huard, et mise en scène par Soleil Launière, elle réunit trois compagnies de théâtre autochtones montréalaises : Ondinnok, Production AUEN et Menuentakuan. Le processus de création, lui aussi collectif, est demeuré en constante évolution jusqu’à la toute fin. La pièce s’inspire des cultures des différentes nations autochtones dont sont issus les artistes sur scène : Innue, Kanien’kehá : ka, Mi’gmaq, Atikamekw, Gitxsan, Wendat et Wolastoq.

Parmi les rôles façonnés au contact des interprètes, celui de Jeanne Moreau-Vollant se distingue particulièrement. Actrice innue de Pessamit tout juste sortie du cégep, elle foule pour la première fois les planches dans cette production. « Le rôle n’existait pas avant mon arrivée, raconte-t-elle. J’ai intégré le processus assez tôt et j’ai commencé à improviser à partir d’un personnage qui était mentionné, mais qui n’était pas joué. » L’un des changements les plus significatifs concerne la bispiritualité du personnage. « Ils se sont beaucoup inspirés de ma façon de l’interpréter au départ pour l’intégrer à la pièce, explique-t-elle. Notamment le fait que Willow est une personne genderqueer, comme moi. » La poésie de ce personnage se déploie pleinement sur scène.

Vous venez de lire un extrait d’article de l’édition du 15 mars 2026.

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