Cet été, une femme dormait parfois devant un dépanneur de l’avenue Mont-Royal.

Le corps au repos et quelques affaires éparpillées à même le trottoir formaient une sorte de rétrécissement de chaussées qui poussait les passants à contourner la femme ou à piétiner, au milieu du flux de piétons, jusqu’à passer le goulot d’étranglement pour poursuivre leur chemin. On comprendra que ladite femme était à ce moment en situation d’itinérance. À côté d’elle passaient donc les gens. Dans ce flot d’ignorance, une femme s’est arrêtée et s’est accroupie à une longueur de bras du visage de l’endormie, puis a regroupé les maigres effets de la femme comme pour les protéger d’un vol.

Madame, vous m’entendez ? Madame ? Elle se répète, sans réponse. Elle regarde sa poitrine, son ventre. Le corps se soulève à un rythme régulier. La femme respire.

Rassurée, elle passa son chemin tout en se demandant comment il était possible de dormir si profondément au milieu du brouhaha estival de Montréal, allongée à même le sol. Si la situation ne tient peut-être pas qu’à une fatigue extrême, il n’est pas rare d’observer une personne en situation d’itinérance endormie de jour, sur un banc public, dans l’herbe d’un parc, etc.

À L’Itinéraire, plusieurs personnes en situation d’itinérance trouvent une sécurité nécessaire à un vrai repos au Café Monsieur Paul. Ça au-delà de la chaleur et d’une chaise. Avachis sur la table, le nez près d’un bol de gruau à peine entamé, les hommes et les femmes des premières heures d’ouverture rejouent quotidiennement la même scène d’épuisement. Celle de personnes que la situation de n’avoir aucune porte à barrer oblige à rester éveillées et alertes à la nuit longue pour éviter le vol, l’agression, ou encore les conséquences du froid.

Dans un excellent dossier sur l’insomnie forcée par la situation d’itinérance, le journaliste Simon Bolduc décortique l’impact de la rue sur le sommeil, et celui du manque de sommeil sur la réaffiliation sociale.

Et parce que les troubles du sommeil touchent une portion de la population, dont le chiffre impressionne (nous vous laissons découvrir le tout dans la deuxième partie du dossier). La journaliste Maureen Jouglain trace un portrait du sommeil, ce grand oublié malgré son impact sur nos vies.

Vous venez de lire l’éditorial du 1er octobre 2026. Pour lire l’édition intégrale, procurez-vous le numéro de L’Itinéraire auprès de votre camelot ou abonnez-vous au magazine numérique.

À propos de l'auteur

Karine Bénézet

Rédactrice en chef