« Pour moi, c’est ça, faire une série, c’est aller toucher l’humain, l’universel et les émotions », raconte Pascale Renaud-Hébert, la scénariste de Sur le fil, une incursion sensible et nuancée dans le quotidien d’un centre d’hébergement pour personnes en situation d’itinérance. Entrevue.
L’Itinéraire : Qu’est-ce qui représentait pour vous l’urgence de mettre en lumière les différentes facettes de l’itinérance ainsi que le travail du milieu communautaire ?
Pascale R-H. : D’abord, c’est une sorte d’hommage à ma mère. Elle est directrice générale et fondatrice d’un organisme communautaire à Saint-Eustache. L’organisme a plusieurs ressources : une pour les 12-17 ans, une pour les 18-25 ans, des chambres et appartements supervisés, un centre de jour pour personnes en situation d’itinérance, etc. Ça fait 38 ans que je vois ma mère travailler là-dedans, que j’entends ces discussions-là, que je vois aussi comment ça change, comment c’est de plus en plus complexe et urgent d’intervenir. Pour l’histoire, j’ai côtoyé les intervenant·e·s et les usager·e·s. Il y a quelque chose de tellement humain et émouvant. Pour moi, c’est ça, faire une série, c’est aller toucher l’humain, l’universel et les émotions. Et puis, ça fait vraiment longtemps que je veux faire une série qui se passe dans le communautaire. On voit souvent le réseau de la santé à la télévision, mais beaucoup moins le milieu communautaire. Aussi, parce que c’est tellement d’actualité. Avec tous les campements à Montréal, je me disais que ça serait important d’aborder ces enjeux, de déstigmatiser ces personnes. C’est tout ça mélangé ensemble qui a fait que j’ai voulu écrire cette série.
L’Itinéraire : Pouvez-vous nous parler du processus d’écriture ?
Pascale R-H. : Pour écrire la série, j’ai eu plusieurs consultants. J’avais ma mère, bien sûr, mais aussi ses trois responsables cliniques. J’ai aussi pu échanger avec Annie Archambault [ndlr : intervenante et créatrice de contenu qui a connu l’itinérance]. J’étais beaucoup en lien avec toutes ces personnes-là pour construire mes histoires et les personnages, mais aussi pour mieux comprendre l’intervention, les différentes réponses à avoir selon les situations. J’ai aussi rencontré des personnes qui s’en étaient sorties, pour saisir la pluralité d’émotions que tu peux vivre. Et surtout, j’ai voulu mieux comprendre comment tu te retrouves dans une situation comme celle-là. Finalement, ce n’est pas très difficile, c’est ça qui est le plus troublant dans tout ça. Personne n’est à l’abri de se retrouver dans une situation précaire.
L’Itinéraire : Dès le premier épisode de Sur le fil, l’accent est mis sur l’importance des mots : « itinérant » ou « en situation d’itinérance ». Pourquoi ?
Pascale R-H. : Pourquoi on dit « une personne en situation de handicap » ? C’est la même chose avec l’itinérance. Si tu parles d’une personne et que tu la définis par sa situation, tu la déshumanises. Et pour ces personnes-là, c’est un moyen de ne pas se définir uniquement à travers leur précarité. Ce sont des personnes qui ont des rêves, qui ont un passé, qui ont des amis, qui ont des aspirations, qui ont des opinions. J’ai beaucoup parlé de ça avec Annie Archambault. Quand tu es dans cette situation-là, l’affaire qui est difficile à maintenir, c’est ton estime. Si tu te définis par ta condition, c’est encore plus difficile de se voir autrement que ça et de considérer une éventuelle sortie de la rue.
L’Itinéraire : Quels questionnements espérez-vous éveiller chez les spectateurs ?
Pascale R-H. : Il y a beaucoup de préjugés sur l’itinérance dans la société, on a une vision très archaïque de ce que c’est réellement. J’espère vraiment humaniser les personnes en situation d’itinérance, les déstigmatiser. J’espère que ça va démystifier plein d’affaires, que ça va faire tomber les préjugés, et j’espère que ça va donner envie aux gens de tendre la main.
L’Itinéraire : Quelle réponse attendez-vous de la part du milieu communautaire ?
Pascale R-H. : Quand on parle du milieu communautaire, on parle des revendications, « le communautaire à boutte », et c’est très bien, mais on n’en parle pas vraiment autrement. Puis, quand on parle d’itinérance, on parle de la crise de l’itinérance et c’est tout. Je pense que c’est un milieu qui est un petit peu échaudé de la manière dont la société, les politiciens et les médias le traitent.
Très sincèrement, je pense que le milieu est prudent, et avec raison, de voir comment l’itinérance, les personnes en situation d’itinérance et les intervenant·e·s sont représenté·e·s. Je ne suis pas à l’abri de me tromper, mais j’ai travaillé vraiment fort à représenter avec justesse et avec respect ce milieu-là et toutes les personnes qui le côtoient.
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