Après avoir plongée dans l’épineux sujet de la Loi P-38, il nous semble essentiel d’expliquer ce qu’est une psychose, cet état médical complexe où le contact avec la réalité peut se rompre temporairement. D’ailleurs, est-elle nécessairement synonyme de danger ou de violence ?
La psychose en trois questions
1. Qu’est-ce que c’est ? La psychose est un état où le rapport à la réalité se modifie. Il s’agit d’une réaction du cerveau à une situation généralement stressante qui modifie les pensées, les croyances et/ou les perceptions. Selon les personnes, cette expérience peut se manifester par de la paranoïa ou par des idées de grandeur.
2. Qu’est-ce qui peut la déclencher ? Un trouble psychotique (comme la schizophrénie ou un trouble bipolaire, par exemple), mais aussi des facteurs beaucoup plus communs : un manque sévère de sommeil, un stress intense, une crise émotionnelle, des traumatismes, ou la consommation de drogues et d’alcool. Souvent, c’est l’accumulation de plusieurs facteurs qui mène à l’épisode.
3. Combien de temps ça dure ? Une psychose peut durer de quelques heures à quelques jours. Sans intervention, elle peut aussi s’installer pendant des semaines, des mois, voire plus longtemps. Plus elle est reconnue et prise en charge tôt, plus elle a de chances de se résorber rapidement.
La psychose
Comme une tempête sur Uranus
Aux confins du système solaire, la planète Uranus gît, recouverte par une épaisse brume bleue. Sous sa surface en apparence lisse, les scientifiques observent parfois des taches sombres, des tempêtes dont les vents peuvent atteindre jusqu’à 800 km/h. « C’est comme sur Uranus. On a des grosses tempêtes dans la tête. Ça tourbillonne et parfois ça ne se voit pas », raconte un camelot du Groupe L’Itinéraire lorsqu’on lui demande quelle image il utiliserait pour décrire ses psychoses passées.
« Tout le monde peut faire une psychose », explique Tania Lecomte, psychologue et professeure au département de psychologie de l’Université de Montréal en entrevue avec L’Itinéraire. Pour elle, l’épisode psychotique correspond au cerveau qui bascule en mode survie. « Ce n’est pas réservé aux personnes qui ont une vulnérabilité génétique ou qui ont développé un trouble psychotique », insiste-t-elle.
Une poussée de fièvre
Loin de vouloir inquiéter, Tania Lecomte cherche avant tout à démystifier la psychose afin de briser la stigmatisation qui l’entoure. Pour mieux les comprendre, celle qui est aussi directrice du Réseau Canadien pour la Recherche en Schizophrénie et Psychoses propose de penser l’épisode psychotique comme une poussée de fièvre. « La fièvre peut être liée à une maladie, mais elle peut aussi être circonstancielle. Si je n’ai pas dormi depuis quatre jours, que je fais de l’insomnie et que je suis extrêmement stressée, je peux avoir une expérience psychotique ponctuelle, sans que cela devienne un trouble plus sévère. »
Que se passe-t-il alors dans la tête d’une personne en crise ? Sur le plan biologique, un dérèglement chimique opère dans le cerveau, souvent associé à un excès de dopamine. D’un point de vue psychologique, la psychose débute le plus souvent par ce que la professionnelle appelle une expérience perceptuelle inhabituelle. Entendre une voix alors qu’il n’y a personne, par exemple, remarquer ou sentir quelque chose que les autres ne perçoivent pas. La personne en proie à ces perceptions troublantes tente alors de « faire sens » de ce qu’elle vit.
« Ça m’est arrivé, confie-t-elle, je faisais beaucoup d’insomnies et, à un moment donné, j’entendais mon téléphone sonner. Il était éteint, mais je l’entendais. Comme je sais ce qu’est la psychose, je n’ai pas paniqué, je me suis dit qu’il fallait que je dorme. » Mais pour quelqu’un qui vit déjà avec des craintes, ou qui vient d’un milieu non sécuritaire, une expérience semblable peut être le début d’un cercle vicieux. « Il peut y avoir des croyances qui embarquent, la personne peut se dire : « Il y a une puce, je suis sur écoute, on me poursuit ». »
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