Le mardi 20 janvier, vers 23 h 30, les pompiers de Montréal se sont rendus sur le site de l’ancienne savonnerie Barsalou, habillés de leurs uniformes thermiques et équipés de citernes chargées d’eau. À ce moment, et comme l’a écrit sur sa page Facebook l’Association des Pompiers de Montréal, personne ne se doutait que plus d’une centaine d’entre eux allaient se relayer pour combattre le monstre de flammes qui a anéanti en 24 h un vestige de l’industrie du Centre-Sud et de la rue De Lorimier.

Ironiquement, quelques jours après ce brasier, L’Itinéraire publie un dossier consacré au métier de pompier. Un choix calculé ? Nos délais de publications ne nous le permettent pas. Ce dossier s’est dessiné en 2025 après la réception d’une lettre d’alerte rédigée par une maman inquiète et en colère des conditions de travail de son fils pompier et des tabous du métier. Et ce, peu après la sortie de L’appel du feu, de Richard Kelly.

Des histoires fractionnées

Quelques jours après le triste incendie de la savonnerie, l’Association des Pompiers de Montréal publiait sur les réseaux : « […] Le brasier a rapidement atteint une 4e alarme, nécessitant le déploiement massif de plus de 28 unités et de plus de 100 pompières et pompiers montréalais sur les lieux. Mais ces statistiques ne racontent qu’une fraction de l’histoire. »

En effet, une fraction de l’histoire…

Pour les pompiers, une autre fraction se tapit derrière les silences, les tensions, les regards absents à l’heure du souper familial. En parallèle, les traumatismes et souvenirs indélébiles se transportent d’une intervention à l’autre.

Qu’ont pensé la centaine de pompiers cette nuit-là, lance à la main, essayant de maîtriser les flammes d’un bâtiment qu’ils n’ont pas pu visiter au risque de le voir s’effondrer sur eux ? Comment savoir que personne n’était dedans au moment de l’incendie ? Comment passer au travers de ce doute ?

L’ancienne savonnerie n’était pas qu’un lieu de mémoire de l’industrie et du caractère d’un quartier. Elle était ponctuellement un refuge et un abri contre le froid pour des personnes en situation de grande précarité. Une réalité méconnue, comme l’est celle du métier de pompier, à laquelle les médias ont consacré que peu de lignes.

Les gens de la rue le savaient et ils se sont inquiétés ; les travailleur•euse•s de rue et ceux et celles qui connaissaient cette utilisation des lieux, aussi.

Pensons à regarder ce qu’on ne nous montre pas en parlant à ceux qu’on n’entend pas…

Vous venez de lire un article de l’édition du 1er février 2026.Pour contrer la crise de l'itinérance, votre don fait de la magie