Depuis 10 ans, le Café Maison ronde est bien plus qu’un endroit où prendre un café. Situé au square Cabot, il est à la fois un lieu de travail, de rencontre, de transmission et de solidarité pour les communautés autochtones de Montréal.
Le 1er septembre dernier, le Programme Maison ronde célébrait une décennie d’existence. C’était l’occasion parfaite de souligner cet anniversaire au square Cabot – en présence de Manon Jeanotte, lieutenante-gouverneure du Québec – mais aussi de revenir sur ce qui fait la force et la particularité de ce projet, à travers le regard de Marilou Maisonneuve, directrice aux initiatives autochtones à L’Itinéraire.
De son expérience et de ses réflexions émergent 10 éléments qui permettent de mieux comprendre la Maison ronde, son rôle et ce qui s’y construit au quotidien.
1. Le cercle, un symbole d’égalité
La Maison ronde porte bien son nom : sa structure est circulaire. Mais au-delà de son architecture, le cercle a une signification qui résonne avec la philosophie du Café. Dans plusieurs cultures autochtones, il symbolise notamment l’égalité et l’interconnexion.
« Une chose qui caractérise le cercle, c’est que dans un cercle, tout le monde est égal », explique Marilou.
Au Café Maison ronde, cette idée se reflète dans l’accompagnement des participant·e·s : tout le monde est en apprentissage et peut apprendre de l’autre.

Participants du programme Maison ronde. Photo : Jean Remond.
2. La confiance donne de l’autonomie
Marilou aime observer un moment particulier au Café : celui où un·e participant·e commence à en former un·e autre. Ce geste peut sembler banal, mais il témoigne du chemin parcouru.
« Quand un participant est rendu au point d’enseigner à un autre participant, cela veut dire qu’il est assez affirmé dans son apprentissage des différentes compétences dans le café et qu’il a aussi cheminé au niveau émotionnel et psychologique pour avoir la patience et la gentillesse de vouloir faire cheminer d’autres personnes après lui », raconte Marilou.
Enseigner à son tour, c’est un signe de confiance, d’autonomie et de volonté de transmettre. Cette transmission entre pairs témoigne concrètement de l’autonomisation développée au fil du Programme Maison ronde.
3. L’empouvoirement, c’est savoir accompagner sans faire les choses à la place de l’autre
En parlant d’autonomisation, on a demandé à la directrice ce que signifie concrètement « l’empouvoirement des personnes autochtones vulnérables » au quotidien du Café. Pour Marilou, cela passe avant tout par une idée :
« L’empouvoirement signifie ne pas faire à la place de la personne, mais tout simplement l’aiguiller vers des ressources, une autre perspective, un autre point de vue, pour l’aider à faire ses propres choix. »
Autrement dit, accompagner quelqu’un ne signifie pas lui dire où aller, mais lui donner les outils nécessaires pour choisir sa prochaine direction. « Personne ne peut faire ses choix pour sa vie sauf elle-même », conclut Marilou.

Vespasienne de la Maison ronde. Photo : Charles-Antoine Marcotte.
4. 3 heures peuvent être le début de quelque chose de beaucoup plus grand
Un quart de travail de 3 heures peut sembler court. Mais pour certaines personnes, il représente bien plus qu’une expérience professionnelle.
C’est une occasion de reprendre une routine, d’être attendu quelque part, de recevoir un salaire, de travailler en équipe et de constater qu’on peut contribuer. Ces expériences peuvent changer une vie.
Entre 2025 et 2026, 84 participant·e·s ont réalisé 672 quarts de travail et participé à 305 heures d’ateliers d’employabilité et culturels à la Maison ronde. Mais derrière ces chiffres, il y a une idée encore plus importante : le travail peut devenir un point de départ plutôt qu’une destination.
5. Au square Cabot, les rôles peuvent changer
C’est ici que la notion de mixité sociale prend tout son sens. Au Café Maison ronde, certaines personnes autochtones qui fréquentent habituellement les services peuvent aussi devenir celles qui les offrent, soit derrière le comptoir, à la préparation d’un repas ou à l’accueil des clients.
« Ils peuvent maintenant être des pourvoyeurs de services, et non seulement utiliser les services », souligne Marilou.
Cette inversion des rôles permet de voir les personnes autrement et, peut-être, de se voir soi-même autrement.
6. Les plus belles réussites ne s’arrêtent pas à la porte du Café
Au fil des années, plusieurs ancien·ne·s participant·e·s ont poursuivi leur parcours dans d’autres organismes communautaires ou programmes, et travaillent aujourd’hui à leur tour auprès de la communauté autochtone de Montréal.
Pour Marilou, c’est particulièrement significatif : « Ça me fait toujours chaud au cœur de voir qu’ils redonnent à leur communauté. »
Certaines histoires commencent à la Maison ronde, mais ne s’y terminent pas. Du temps et de l’énergie investis auprès d’une seule personne peuvent, quelques années plus tard, bénéficier à toute une communauté.
7. Un café et une bannique pour désamorcer un conflit
La Maison ronde contribue activement et fréquemment à calmer l’atmosphère parfois chargée du square Cabot. Au café, l’intervention sociale ne prend pas toujours la forme d’une longue conversation. Parfois, créer un moment de pause, offrir quelque chose à manger ou simplement accueillir quelqu’un derrière un comptoir suffit.
Comme l’explique Marilou : « Lorsque nous sommes ouverts, nos intervenants peuvent agir pour désescalader les conflits, et cela passe bien souvent aussi en offrant un café et une bannique sucrée! »

Nourriture d’inspiration autochtone. Photo : Justine Latour.
8. Le menu est aussi une histoire collective
La participation ne se limite pas à la présence physique : les idées du collectif sont aussi au menu du Café Maison ronde. Inspiré des plats que l’on retrouve dans les pow-wow et les rassemblements traditionnels autochtones, le menu a été élaboré avec les participant·e·s, qui testent, modifient et expérimentent les recettes.
La bannique salée au bacon et au fromage en est un bon exemple. Et Marilou affirme : « Nous sommes fiers de dire que tout notre menu a été élaboré avec nos participants! »
9. Être utile, c’est aussi une forme de bien-être
« Plusieurs participants me disent que ce qu’ils apprécient avec le Café Maison ronde, c’est de pouvoir faire quelque chose d’utile durant leur semaine et de sentir qu’ils sont des personnes actives dans la société », raconte Marilou.
Le Programme Maison ronde est bien plus qu’une ligne sur un CV. C’est un sentiment d’utilité, d’accomplissement et d’appartenance. Selon Marilou, ce sentiment d’accomplissement peut aussi se répercuter dans les relations que les participant·e·s entretiennent autour d’eux.

Public au Café Maison ronde. Photo : Alexandre Duguay.
10. Au Café Maison ronde, un parcours peut déboucher sur un autre
À la Maison ronde, le cheminement ne suit pas toujours une ligne droite. Pour plusieurs participant·e·s, une étape en ouvre une autre : après le volet Initiation, certain·e·s poursuivent leur parcours dans le volet Engagement, via la mesure de soutien gouvernementale Projet de préparation à l’emploi (PPE).
Ce programme se déploie sur 26 semaines, à raison de 28 heures par semaine. Le volet Engagement répond à un besoin de réinsertion sociale et de pré-employabilité, en vue d’une transition vers le marché du travail ou d’un retour à l’école.
Cette progression rejoint une idée importante pour Marilou : « Chaque participant est le maître de sa vie et est en charge de façonner son propre parcours. Le Café Maison ronde peut être un outil dans ce parcours, mais chaque personne conserve son pouvoir sur sa propre vie. »
Comme un cercle, le parcours peut ouvrir sur un nouveau point de départ, avec quelque chose de plus : de l’expérience, des apprentissages et de nouvelles possibilités.
Un nouveau cycle à célébrer
Le 1er septembre, il y avait de quoi célébrer les 10 ans d’un programme porteur qui continue à faire ses preuves. Participant·e·s — anciens et actuels —, membres de l’équipe et partenaires se sont rassemblés au square Cabot pour souligner une décennie de partage, de mixité sociale, d’empouvoirement, d’accompagnement et de succès.
Voici quelques images et une vidéo de cette journée festive.

Danseuse et chorégraphe Mohawk Barbara Kaneratonni Diabo. Photo : Charles-Antoine Marcotte.

Auteur-compositeur-interprète innu Shauit. Photo : Charles-Antoine Marcotte.

Luc Desjardins, PDG de L’Itinéraire. Photo : Charles-Antoine Marcotte.

Manon Jeannotte, lieutenante-gouverneure du Québec. Photo : Charles-Antoine Marcotte.

Célébration des 10 ans du Café Maison ronde. Photo : Charles-Antoine Marcotte.
@litineraire🎉 On continue de célébrer les 10 ans du Café Maison ronde! Le 1er septembre dernier, le square Cabot a accueilli un événement festif pour souligner la première décennie du Programme Maison ronde. 🎥 Voici un petit récap vidéo de cette belle journée de célébration. Retrouvez aussi sur notre site web un article sur la Maison ronde, avec quelques réflexions et des photos de l’événement, sous le signe des rencontres, du partage et de la communauté. 🧡♬ som original – L’Itinéraire


