« Quand on considère l’état et le manque de logements à Manawan, on n’accepterait jamais cette situation-là ailleurs, hors des communautés autochtones. Pour nous, c’est un cas flagrant de racisme systémique », dénonce Colette Lelièvre, responsable des campagnes et des actions chez Amnistie internationale Canada.

Au sein de ces communautés, la crise du logement affecte la santé, fragilise les relations familiales et pousse certaines personnes à partir. Mais un départ ne garantit pas toujours une vie meilleure. À Montréal, faute de ressources ou de réseau, l’espoir peut rapidement laisser place à la précarité, voire à l’itinérance.

Au square Cabot, à deux pas du métro Atwater à Montréal, difficile de rester insensible face aux scènes qui se déroulent sous l’œil fuyant des passants. Quelques tentes installées ici et là, des canettes de bière forte qui jonchent le sol, une scène de ménage qui prend une tournure violente et se solde par l’arrivée de la police et une arrestation, etc. Les intervenant·e·s de L’Itinéraire et d’autres organismes effectuent leur travail de première ligne, beau temps, mauvais temps. Ici, l’itinérance n’est pas la même que dans d’autres secteurs, on retrouve davantage de personnes anglophones et autochtones que dans l’est de la ville.

D’après le Portrait de l’itinérance au Québec publié en 2022, les Autochtones représentent 12 % des personnes en situation d’itinérance à Montréal, alors qu’ils ne représentent que 0,7 % de la population de la ville. Comment expliquer cette surreprésentation des Premières Nations, Métis et Inuit dans l’itinérance urbaine ? Quelles dynamiques poussent les premiers habitants d’un pays aussi vaste et aussi riche que le Canada dans une telle précarité?

 

Crise du logement en milieu autochtone

Une partie de la réponse se trouve à plusieurs centaines, voire à plusieurs milliers de kilomètres de la métropole. Au sein des communautés autochtones, dans les réserves, mais aussi dans les communautés du Nord sévit une crise du logement méconnue et lourde de conséquences.

Paru en avril 2026, un nouveau rapport d’Amnistie internationale fait la lumière sur la situation à Manawan, une communauté atikamekw d’environ 3200 habitant·e·s située à cinq heures de route au nord de Montréal.

Les logements y sont insuffisants, surpeuplés et insalubres. Colette Lelièvre, responsable des campagnes et des actions de la branche canadienne de l’ONG, a participé à cette recherche en collaboration avec les habitant·e·s. Elle souligne les nombreuses répercussions sanitaires et psychosociales de cette situation : « Ce qu’on dénonce, c’est que tout ça entraîne des atteintes aux droits à la vie, à la sécurité, à la vie privée, à l’éducation et à la santé. »

 

Logements surpeuplés et insalubres

Il n’est pas rare de retrouver plusieurs générations, voire plusieurs familles qui se partagent le même toit. À Manawan, le nombre moyen d’occupants par logement est de huit, et certaines maisons abritent plus de 20 personnes, alerte Sipi Flamand, ancien chef de la communauté.

Jean-Paul Echaquan, un habitant, raconte à L’Itinéraire avoir dû déménager dans son camp de trappe sur le territoire pour faire de la place à son fils. « J’ai été obligé de céder ma maison pour que mon fils puisse avoir du confort avec ses quatre enfants, nous étions rendus trop nombreux. J’ai aussi des amis qui ont transformé leur salon pour en faire une chambre de plus. » La communauté de Manawan connaît par ailleurs une croissance démographique plus élevée que la moyenne canadienne, ce qui augmente les besoins de logements.

Mina Natachequan, barista au café du Centre Sanaaq, originaire de Whapmagoostui au Nunavik, raconte que les communautés du Grand Nord ne font pas exception à cette pénurie de logements.

« La liste d’attente pour obtenir un logement est si longue que certaines personnes décident de commettre des crimes pour être mises en prison et avoir un toit et à manger. C’est absurde, mais c’est plus rapide. » — Mina Natachequan, barista au café du Centre Sanaaq.

 

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À propos de l'auteur

Yann Lenzen

Journaliste société