Le 14 avril dernier se tenait le Rendez-vous annuel de l’Observatoire des inégalités avec pour thème : Retisser le filet social pour réduire les inégalités. Le 17 avril, l’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM) menait un atelier autour de l’importance du lien social et de l’ouverture aux autres dans les moments de grandes vulnérabilités.
Il semble difficile d’aborder la santé mentale sans parler des liens humains.
Des opioïdes nécessaires à la santé humaine
Les liens sociaux, ce ne sont pas seulement ceux créés à l’occasion de dîners entre amis. Ce sont tous les liens qui naissent au travail, à l’école, dans des groupes de soutien, etc.
Ces liens sont nombreux, essentiels, et agissent comme de véritables opiacés pour l’être humain. En ce sens que se faire accueillir par un sourire, être nommé positivement par un collègue, discuter quelques minutes avec une personne qui nous est inconnue sur le coin de la rue sont autant de comportements qui induisent une libération de dopamine et d’ocytocine, de puissantes hormones qui participent au bien-être physique et mental.
Et comme toute substance qui joue sur le système de récompense, plus on en prend, plus on en demande. Par chance, celle-ci – la connexion sociale – est bonne pour la santé.
À l’inverse, sans occasion de connexion, l’animal fondamentalement social qu’est l’humain tombe dans l’isolement. On l’aborde souvent comme une conséquence de plusieurs carences individuelles : instruction, revenus, logement, etc. En réalité, elle est autant une conséquence qu’une cause qui touche l’individu et nuit à la santé globale de la société.
L’isolement social rend malade
Individuellement, l’isolement social est comme une pièce sans porte apparente dans laquelle la santé mentale peut se dégrader en silence, jusqu’à favoriser un état psychotique.
Et pas besoin d’y être prédisposé. Une psychose peut être déclenchée par toutes sortes de gouttes d’eau qui font déborder le vase : épuisement professionnel, séparation, deuil, perte d’emploi, etc. Ces épreuves de vie peuvent emporter la santé mentale jusqu’à un épisode même momentané de psychose, cette manifestation inconsciente d’une déconnexion de la réalité vécue, décortiquée dans l’Anatomie d’une psychose.
Une fois plongée dans cet état, comment une personne isolée peut-elle s’apercevoir de l’irréalité qu’elle vit si personne autour d’elle n’est là pour lui refléter ce qui est vrai ? Et comment la personne peut-elle se faire aider ? Elle ne se rendra sûrement pas seule aux urgences psychiatriques. C’est entre autres dans ces situations que la Loi P-38 sur l’hospitalisation forcée, est utilisée. Une loi complexe, dont la modernisation ne fait pas l’unanimité dans La folie P-38.
En 2019, 23 % de la population canadienne se déclaraient isolés socialement et seuls. Ce sont 5 millions d’individus à risque de vivre une mauvaise santé en partie à cause d’un capital social insuffisant.
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