J’ai toujours été fascinée par l’histoire du Québec, de Montréal et des quartiers où j’ai habité. Je suis née sur le Plateau, j’ai déménagé dans Ville-Marie, et plus tard jusqu’à aujourd’hui, dans Hochelaga. Jeune, j’adorais fêter la Saint-Jean sur le Mont-Royal et pique-niquer au parc La Fontaine. J’aime aussi me promener dans les rues de Montréal. Avant, on pouvait voir dans les ruelles les mamans étendre leur linge sur les cordes et les enfants avec leurs vélos. Ces choses font déjà partie du passé, et c’est ce qui m’a amenée à aimer, à découvrir et à apprécier les histoires comme celle qui suit.
Après avoir parlé de l’incroyable histoire du parc Maisonneuve l’année dernière dans les pages du 15 mai, j’ai récemment passé un moment avec Olivier Dufresne, directeur et historien de l’Atelier d’histoire Mercier– Hochelaga-Maisonneuve (AHMHM), pour en apprendre plus sur les fondements de la recherche sur le cancer au Canada à l’Institut du radium de Montréal. Situé de 1926 à 1967 dans l’actuelle bibliothèque Maisonneuve, l’Institut du radium, premier centre de recherche universitaire au pays, souligne cette année le centenaire de sa fondation et pour l’occasion, une exposition au Centre des mémoires montréalaises se tient jusqu’au mois de juillet. Entrevue.
Anne-Marie : Partons du début. Explique-moi avant tout l’origine de cet impressionnant bâtiment ?
Olivier Dufresne : À la base, c’était l’hôtel de ville de Maisonneuve. Il va être construit en 1912. À l’époque, il faut rappeler que Maisonneuve était une ville indépendante de Montréal. Ça va être le premier d’une série de bâtiments publics de prestige à être construits entre 1883 et 1918.
Après l’hôtel de ville, il y a eu le marché Maisonneuve, le bain Morgan, le château des frères Dufresne au coin de Sherbrooke et Pie IX, entre autres.
Et justement, Oscar Dufresne, qui a fait fortune dans l’industrie de la chaussure à Maisonneuve, à ce moment, va être conseiller municipal. Il va faire travailler son frère Marius comme architecte de la Ville. Il va concevoir les plans du marché Maisonneuve et du bain Morgan. Mais c’est un autre architecte, Cajetan L. Dufort, qui va signer les plans de l’hôtel de ville. Lorsque la ville de Maisonneuve est annexée à Montréal, le bâtiment devient vacant et ne sert plus à grand-chose.
Le docteur Ernest Gendreau est à l’origine de l’Institut du radium. Qui est cet homme précisément, au visage angélique, douteux presque (Rires.) Qui se cache derrière le docteur Gendreau ?
Ernest Gendreau est né en 1879 à Coaticook, en Estrie. Il va faire ses études au collège classique de Saint-Hyacinthe avec les jésuites. Au début du 20e siècle, les universités au Québec, surtout les universités francophones, ne sont pas très développées. Il va vouloir continuer sa formation scientifique ailleurs. Il va donc s’embarquer pour l’Europe où il va fréquenter de grands instituts du savoir. Il va aller à l’Université de Paris et à l’Université d’Angers. Il va même aller étudier à Londres, pour parfaire sa formation scientifique.
Et puis après tout ça, il va revenir au Québec. Il va enseigner les sciences dans des collèges classiques de la province.
Mais durant la Première Guerre mondiale, on le retrouve encore du côté de Paris où il termine un doctorat en sciences et se forme comme médecin.
Lorsqu’il va revenir au Québec pour de bon, il n’y a pas beaucoup de Canadiens français qui ont autant d’éducation que lui, en médecine surtout. C’est une époque où on commence à peine à mélanger la médecine et la science. On se dit, qu’avec les méthodes scientifiques, on va être capable de développer une médecine plus objective.
Puis rapidement, l’Université de Montréal qui était avant une succursale de l’Université Laval de Québec, se détache complètement et devient indépendante. On sent alors un renouveau. De nouveaux jeunes médecins, comme le docteur Ernest Gendreau, gravitent autour de la Faculté de médecine et de la Faculté de sciences. On va mandater Gendreau de mettre sur pied la Faculté des sciences de l’Université de Montréal.
Vous venez de lire un extrait de l’édition du 1er mai 2026.




